16 décembre 2018

Tim Burton

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Nationalité : AméricainMétier : Réalisateur, ActeurDernier film : DumboCrédits photographiques : The Walt Disney Company France

L'ETRANGE CAS DU DOCTEUR TIM ET DE MISTER JACK


CE QUE LE MONDE ALLAIT DEVOIR APPRENDRE

C'était en octobre 2016 qu'arrivait dans les salles de cinéma de notre chère société démocratique, le nouveau film réalisé par Tim Burton : "Miss Peregrine et les enfants particuliers". Toute la presse spécialisée ou pas, l'avait progressivement annoncé ou pas à grands renforts de superlatifs dégoulinants, de fausse et crasse admiration. Beurk ! Cette même presse avait-elle oublié que, jadis, elle désignait Tim Burton comme le dernier des tâcherons d'Hollywood ? Comme le cinéaste qui a commis "Beetlejuice" ? "Batman" et "Mars Attacks" ? Bon, pour "La Planète des Singes" que le cinéaste a lui-même renié, on peut comprendre les réserves de certains journalistes donc...

Il faut dire que cela en fait des envieux, un cinéaste de soixante ans, qui a réussi à imposer son univers si particulier dans ce domaine tellement conservateur qu'est le cinéma. Revoyez "Sweeney Todd, le diabolique barbier de Fleet Street " avec Johnny Depp et vous comprendrez tout... Mais il est libre Burton ! Certains disent même que c'est un auteur. J'en suis. Je suis même prêt à affirmer que ce sont ces personnes qui, décriant ce cinéaste, en ont fait ce qu'il est aujourd'hui, c'est-à-dire : un maître de la monstruosité. N'est-ce pas dans cette catégorie que l'on range les marginaux ? C'est d'ailleurs une des thématiques majeures et récurrentes de l'oeuvre du réalisateur. C'est la société normalisée qui génère ses propres monstres. C'est donc à Hollywood, espace normalisé par excellence, que l'on doit la naissance de Tim Burton, et tout particulièrement aux studios Walt Disney. 


LES PREMIERES EXPERIENCES DU DOCTEUR TIM

C'est une ville de Californie, Burbank, qui vit naître, le 25 août 1958, Tim Burton. Très tôt, il présente des aptitudes pour l'art grâce à ses petits films d'animation en 8 mm. Il les développe, ensuite, par ses études à la C.I.A. Non, rassurez-vous ! Tim Burton n'était pas un membre des services secrets, mais plutôt un élève du California Institute of Art. Fort de ce bagage, il se fait la main en tant qu'animateur chez Disney (à ce sujet, revoyez "Rox et Rouky" ainsi que "Taram et le Chaudron Magique" et essayez d'y déceler la moindre trace du futur créateur de Jack Skellington...).

C'est justement ce qui va progressivement séparer Burton des contraintes de l'univers Disney : "Ni Henry (à propos d'Henry Sellick, animateur de "L'étrange Noël de Mr Jack"), ni moi-même n'étions dans notre élément chez Disney. Pour "Taram et le Chaudron Magique", j'ai fait de la création dont on ne s'est jamais servi. Ensuite, j'ai dû participer à une douzaine de projets qui finissaient par tomber à l'eau. A la longue cela devenait insupportable." C'est à partir de ce moment que l'oeuvre de Burton sera marginalisée par les décideurs. Burton en veut pour preuve son incapacité à dessiner ces renards "disneyens" à quatre pattes. On lui faisait même remarquer, que les siens avaient l'air d'avoir été écrasés par une voiture. Toutefois, il parvient à réaliser, tout seul dans son coin, deux films d'animation : "Vincent", en 1982, un hommage à l'acteur Vincent Price. Puis, "Franckenweenie", en 1984, l'histoire d'un chien écrasé et reconstitué par son petit maître (ça leur apprendra à ceux de chez Disney. Des renards écrasés, mes dessins ?! N'importe quoi !).


LES INGREDIENTS DE L'ABOMINABLE POTION

Très tôt, Tim Burton affirme ses influences. Les origines de son cinéma, on les retrouve dans l'expressionnisme allemand avec la science des ombres portées chez "M le Maudit" de Fritz Lang, en 1931. Ainsi que dans "Nosferatu" de Murnau, en 1922. Mais aussi, dans l'univers des films produits par la célèbre firme Hammer, ou dans le cinéma-bis dont le cinéaste Ed Wood fut la grande incarnation. S'ajoute à cela l'admiration qu'il porte pour les acteurs s'étant illustrés dans ce type de productions : Vincent Price, Bela Lugosi et Christopher Lee. Au premier, Burton offrira le rôle du créateur dans "Edward Aux Mains d'Argent". Le second sera incarné par Martin Landau dans "Ed Wood". Quant au troisième, on le retrouve dans "Sleepy Hollow" où il est un juge. Même les anciens crooners ont droit à leur hommage. Tom Jones doit ainsi la relance de sa carrière grâce à "Mars Attacks".

Au sujet de Tom Jones, Tim Burton affirme : "C'est un type étonnant. Il me paraît capable de tout jouer". Il déclare aussi : "Quand j'étais gosse, personne n'écoutait de la musique dans mon quartier sauf du Tom Jones." Tous les ingrédients du cocktail Burton sont ainsi réunis qui font office de vitriol pour les snobinards du 7ème Art, ou de nectar délicieux pour les amateurs de fantastique que nous sommes. 


OU LE MONSTRE SE CACHE-T-IL ?

Si Tim Burton aime la simplicité, il n'en est pas pour autant simpliste dans sa démarche. Tantôt obscur, délirant et terrifiant, le monstre des films burtoniens est là pour fustiger une société qui n'a pas voulu de lui. Il devient serial Joker ("Beetlejuice" ou "Batman"), une source de facéties ("Pee Wee's Big Adventure"), une commémoration du droit à la différence et au respect d'autrui ("Ed Wood"), ou une leçon de tolérance doublée d'une ode à la beauté, qui naît de l'étrangeté ("Edward Aux Mains d'Argent"). Le cinéaste associe, dans cette perspective, les lieux à ces héros. Il en fait des refuges qui les séparent du monde pour mieux les rassurer. Cependant, ces lieux auront pour fonction concomitante de les renforcer dans leur statut de marginal, d'exclu de la société : la chambre de Pee Wee, le grenier des Maitland, la cave de Batman, le château d'Edward, l'antre du Pingouin, la tour de Max Schrek, le bunker du Président des Etats-Unis dans "Mars Attacks".

La violation de l'intimité de ce lieu débouche souvent sur une tragédie : Edward y tue Jim, le Pingouin meurt dans son antre accompagné d'une haie d'honneur. Toutefois, une petite exception vient démentir cette règle : Ed Wood ne cherche pas le réconfort dans un lieu mais dans des pulls angora. Néanmoins, le principe demeure identique : on apprécie les catégories qui classifient les bons et les méchants. Or, l'auteur Burton se refuse à cette simplification sommaire des personnages, clé de voûte d'un pan entier du cinéma hollywoodien. Son cinéma se veut complexe, intégrant plusieurs niveaux de lecture.

C'est une constante depuis le début de sa carrière. Tim Burton semble vouloir dire à travers ses héros que nul n'est responsable de ses monstruosités. Pour chacun d'entre eux, une forme d'innocence accompagne leur anormalité. Aspect que l'on retrouve notamment chez le personnage de Batman. Bruce Wayne a assisté à l'assassinat de ses parents. Le Joker a perdu sa femme et son enfant et s'est fait horriblement défigurer en tombant dans un bain de produits chimiques (à ce sujet, il vous faut lire la bande dessinée Souriez de Brian Holland et Alan Moore). Le Pingouin est abandonné, en bas âge, dans les égouts de la ville. Cette innocence peut sembler évidente chez Pee Wee. Elle l'est moins chez Edward qui joue plus sur le registre de la naïveté, moins également d'Ed Wood qui aborde le cinéma tel un enfant rêveur. Quant aux martiens, ils sont perçus comme des gosses incorrigibles, sauf par une grand-mère. Bruce Wayne, lui, est chouchouté par Alfred. Selina Kyle vit dans une maison de poupée et le Pingouin se déplace dans les égouts au moyen d'un canard géant.

Cette innocence est par ailleurs un gage d'authenticité qu'il sera bien stupide de cacher même si c'est pour plaire, comme Jack, en revêtant le costume du Père Noël, pour se fondre dans la normalité. Ou, quand Edward apparaît habillé en citoyen modèle. Ou bien, quand Wayne se présente déguisé en artiste, pour séduire Vicky Vale. Même le Pingouin veut jouer les maires de Gotham City. Cependant, ils vont tous au devant de grandes désillusions quand tombe le masque. A la manière des frères Grimm, le cinéma de Tim Burton est empreint de la même poésie du macabre, d'un sens similaire de l'humour dans la tragédie.

"Je ne suis pas un bon conteur d'histoire. Pour moi, les images doivent comporter des éléments de sens, constituer un texte à leur manière. J'aime aussi éveiller l'imagination. Quand je vais voir un film, j'aime y trouver un peu d'espace pour méditer." Par cet aveu, le réalisateur admet qu'il a bien conscience de ses faiblesses. Il est vrai que le reproche qu'on pourrait lui faire est de ne pas présenter des intrigues riches, mais des histoires qui sont autant de prétextes à servir son imaginaire. Ceci peut expliquer le manque de rythme de ses films. Cependant, on ne va pas voir un film de Tim Burton en espérant y trouver une succession de fusillades et de cascades enveloppées dans un suspens insoutenable.

L'admiration qui est vouée au cinéaste est plutôt le fruit de son souci de l'esthétisme, de ses qualités visuelles et de l'atmosphère si particulière qui se dégage de ses oeuvres. Loin d'être un esclave de la technique, Tim Burton aime recréer notre monde avec ses propres atouts, qui ne sont pas nécessairement ceux d'un Orson Welles ou d'un John Carpenter. Nous savons que, pour Tim Burton, la mise en scène prend le pas sur la technique pure. Il faudra donc employer des comédiens à la hauteur. Burton se soucie plus de sa direction d'acteurs que du maquillage des effets spéciaux ou que de la conception des décors. Les brillants techniciens qui l'entourent le font à sa place. Ceci n'est pourtant pas incompatible avec des mouvements de caméra culottés. Il suffit de revoir la majeure partie des génériques de Tim Burton pour constater qu'ils commencent par un long travelling. Les plus spectaculaires étant ceux de "Batman" et de "Beetlejuice".

Maintenant, dans cet univers, il faut des protagonistes, donc des acteurs. Nous avons pu remarquer que, pour Tim Burton, la mise en scène prend le pas sur la technique pure. Il lui faudra des acteurs à la hauteur de la tâche. Le bon comédien est indispensable au film de Burton tant les personnages sont au centre de son oeuvre. Que serait "Beetlejuice" et "Batman" sans les prestations du brillantissime Michael Keaton ? Que serait le Joker sans l'apport déterminant de Jack Nicholson ? Tim Burton n'hésite pas à laisser ses acteurs s'exprimer. Ce qui gâchera bien de la pellicule à cause des rires de Burton provoqué par les facéties de ses interprètes. 


PRENEZ-EN BONNE NOTE !

Un oeil attentif porté aux génériques respectifs des films de Burton et vous constaterez que, systématiquement, à la composition de la partition musicale, on y retrouve les noms de musiciens constamment associés à la démarche créatrice de Burton. Aux couples célèbres Alfred Hitchcock/Bernard Hermann, Steven Spielberg/John Williams, Joe Dante/Jerry Goldsmith, sans oublier celui qui fait tout par lui-même, John Carpenter, on peut, désormais, ajouter le tandem Tim Burton/Danny Elfman, le génial compositeur de la série "Les Contes de la Crypte" ou du dessin animé "Les Simpson". La première bande originale de Danny Elfman, c'est "Forbidden Zone", filmé par son frère, Richard Elfman, en 1980. C'est par le biais de cette première partition que Paul Reubens, le futur Pee Wee, va découvrir le talent du musicien et en parler à Burton.

C'est une collaboration dès plus fructueuse qui va alors commencer entre les deux hommes. Tous deux partagent les mêmes goûts pour le macabre, le lyrisme et les films d'épouvante. Sur la piste sonore, cela donne des thèmes aussi inoubliables que celui de "Batman", de "Beetlejuice", les choeurs fantomatiques de "Edward Aux Mains d'Argent", la folie furieuse de "Mars Attacks". Mais, au sommet de ces morceaux d'anthologie, se trouvent les B.O. de "Batman, le Défi" et de "L'Etrange Noël de Mr Jack", d'une richesse incroyable, d'une virtuosité à couper le souffle. Danny Elfman composera également la musique de "Family Dog", un épisode de la série "Histoires Fantastiques" produite par Steven Spielberg.

Les deux hommes se complètent donc à merveille. Elfman semble avoir le don de retranscrire musicalement les intentions du cinéaste, amplifiant le film par un travail toujours plus précis. Au point que, Elfman s'investira totalement dans "L'Etrange Noël de Mr Jack", guidant la majeure partie de la trame scénaristique par des chansons, doublant la voix de Jack et de plusieurs autres personnages, et, enfin, en le co-produisant.

Après une période de brouille, pour des motifs inconnus, Burton se tournera vers Howard Shore pour illustrer "Ed Wood". Ceci débouche sur un travail plus que satisfaisant, où l'on retrouve tout de même les percussions chères à Elfman. Toutefois, cette distance prise entre les deux hommes sera de courte durée, puisque les deux hommes se réunirent à nouveau sous la bannière du monumental "Mars Attacks". Depuis, leur collaboration s'est poursuivie pour "Sleepy Hollow" ainsi que pour "Big Fish" et "Sweeney Todd, le diabolique barbier de Fleet Street" notamment. 


LE JARDIN SECRET DU Dr TIM

Tim Burton a mené à plusieurs des incursions dans le petit monde de l'écran cathodique. Il a réalisé "The Jar", un épisode de la série TV "Alfred Hitchcock Présente", version années 1980, dont le scénario fut rédigé par Mickael Mc Dowell (l'auteur brillant du script du film "Beetlejuice"). Il a par ailleurs dirigé "Family Dog" pour la série "Histoires Fantastiques", que nous avons évoqué précédemment. Particularité de cet épisode sous forme de dessin animé : la vie d'une famille infernale nous est racontée du point de vue du chien, véritable martyr. Ce segment fut jugé suffisamment réussi pour susciter la création d'une série télévisée, dont Burton sera le producteur exécutif. Il en sera de même pour la série "Beetlejuice".

Enfin, les petits curieux pourront apercevoir Tim Burton jouer un petit rôle dans le film "Singles", signé Cameron Crowe. Néanmoins, l'une des fonctions les plus importantes de Tim Burton, hormis la mise en scène, est celle de producteur. Pour ses propres films, en partenariat avec Denise Di Novi, pour "Edward Aux Mains d'Argent", "Batman, le Défi", "L'étrange Noël de Mr Jack", "Ed Wood" et "Mars Attacks", où il collabore avec un homme issu de la famille Carpenter, Larry Franco. Il reprend également ce poste pour des oeuvres dont il n'est pas le réalisateur. Citons "Cabin Boy" d'Adam Resnick, "James et la Pêche Géante" d'Henry Sellick ou, et c'est beaucoup plus discutable, "Batman Forever" de Joel Schumacher.

Enfin, il serait regrettable d'oublier que le travail de Burton ne se cantonne pas au cinéma. Il est, en effet, un dessinateur dont les propres croquis ont guidé l'élaboration des costumes et des décors de certains de ses films. Il est également conteur et a publié un recueil intitulé La triste fin du petit enfant Huître et autres histoires, où il s'exprime, sans détour. Le dessin y côtoie les textes, tous plus touchants les uns que les autres.

Nous voilà parvenus au terme de cette longue évocation de la carrière du bon Dr Tim. Place prochainement à "Dumbo" qui sortira en février prochain.

Denis Ounissi

Filmographie :
1985 - Pee-wee big adventure

1988 - Beetlejuice

1988 - Batman

1990 - Edward aux mains d'argent

1991 - Batman, le défi

1994 - Ed Wood

1996 - Mars Attacks

1999 - Sleepy Hollow 

2000 - La Planète des Singes 

2003 - Big Fish 

2004 - Charlie et la chocolaterie

2004 - Les Noces Funèbres

2007 - Sweeney Todd, le diabolique barbier de Fleet Street

2009 - Alice au pays des merveilles

2012 - Dark Shadows

2012 - Frankenweenie

2014 - Big Eyes

2016 - Miss Peregrine et les enfants particuliers

2019 - Dumbo

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