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James Bond : l'univers de l'agent 007. Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Christophe Dordain   
03-10-2012

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Un dossier conçu par Christophe Dordain et Jacques Férenzini.

Crédits photographiques : MGM Pictures / Eon Productions / Sony Pictures Releasing France.

La sortie de "Skyfall" est la 23ème aventure officielle de l'agent 007. Toujours interprétée par Daniel Graig, et cette fois avec une mise en scène qui est assurée par Sam Mendes, ce nouvel opus des exploits de l'agent 007 sortira sur les écrans français le 26 octobre 2012.

Le présent dossier que nous vous proposons, dans le prolongement des films déjà produits, s'appuie sur un fonds d'archives et de notes prises au cours de la vision des 22 films précedemment réalisés sous la bannière officielle d'Eon Pictures, et d’une visite des studios Pinewood à Londres, au début des années 90.

 

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L'UNIVERS DE L'AGENT 007

(Par Jacques Férenzini d'après son article publié dans le fanzine "Le monde de 007" en septembre 2000).

 

 

Le personnage de James Bond

La série des James Bond est, à l'origine, un produit caractéristique des années 1960. Puis, la série s'est adaptée aux autres décennies au point de constituer un cas unique dans les annales du cinéma mondial.

La première raison de cette consécration est le personnage central, un espion bien éloigné des classiques agents secrets : pas d'ombre d'idéalisme en lui; il ne passe pas son temps à raser les murailles ou à se terrer. Pas davantage de haine pour ses adversaires : ce ne sont pas des ennemis personnels quoique.... Ses amours ne sont ni éternelles (aimer Bond et mourir tel semble être le leitmotiv de plus d'une James Bond girl) ni platoniques. De toutes les façons, les femmes passent leur temps à virevolter autour de lui, et Bond les considère comme des objets de luxe qui méritent qu'on en prenne soin. Notons que la seule véritable incursion d'une romance dans "Au Service Secret de sa Majesté", dirigé par Peter Hunt, en 1969, fut sans véritable lendemain.  

James Bond est également un homme épris de tous les raffinements de l'existence, à l'image de son créateur Ian Fleming. Il aime la bonne table et les vêtements de bonne coupe. Membre d'un club britannique distingué, il ne discute jamais de politique, car ce qu'il défend est clair pour tout le monde et ne s'est jamais démenti jusqu'aux aventures les plus récentes : le monde occidental. Le double zéro qui précède son numéro de code et qui permet de l'identifier signifie qu'il est autorisé à tuer. C'est également un surhomme; il en a les qualités physiques, mais aussi l'auréole qui pare l'assassin mandaté, celui qui a droit de vie et de mort (dimension que l'on a retrouvée de façon plus que marquée avec l'interprétation de Pierce Brosnan dans les récentes aventures de 007; dimension qui a perduré avec Daniel Craig).  

A cela, il faut ajouter les merveilleux gadgets techniques dont il s'entoure : voiture blindée pourvue de phares mitrailleurs, huile qui fait déraper ses poursuivants, montre avec télécopie incorporée, etc.. On l'a vu également utiliser des sous-marins miniatures, des hélicoptères de poche et autres merveilles qui lui permettent de se tirer des situations les plus difficiles. James Bond est, en définitive, un sceptique bien élevé, qui tue sans sadisme mais aussi sans scrupules. Il est à son aise mieux que personne dans n'importe quel milieu. Quant à son idéologie, il est d'abord un épicurien pour lequel la dévotion à la technique tient lieu de métaphysique.

 

Les ennemis de 007 

Les ennemis de James Bond se confondent avec ceux de la société capitaliste. Cette incompatibilité peut se présenter de deux manières : idéologique et morale. Dans le premier cas, le mauvais est communiste, soviétique ou chinois. Dans le second cas, les personnages qui veulent la mort du représentant de sa Majesté sont à ranger dans la catégorie des fous classiques, des génies du mal visant à dominer le monde. Cette seconde tendance l'a finalement emporté avec la disparition du bloc communiste. Suprême innovation, le méchant peut être aussi une femme. Ce qui est le cas dans l'un des derniers James Bond où Sophie Marceau incarnait une fort convaincante Elektra. 

Les ennemis de 007 ont en outre quelques perversions à leur actif : Goldfinger a tout du sadique impuissant; Robert Shaw dans "Bons Baisers de Russie" vit avec une femme plus âgée que lui; Scaramanga dans "L'Homme au Pistolet d'Or" a trois mamelons qui ornent sa poitrine. Bref, ces pervers sont l'image inversée de Bond. Par exemple, ils rêvent de s'emparer du monde quand James Bond se prétend le champion de la liberté individuelle. Bref, les méchants représentent l'anormalité face à la norme.

 

Les femmes dans l'univers bondien 

Les femmes jouent un rôle essentiel. Elles incarnent à merveille l'inconstance et sont de purs objets de plaisir pour ceux qui ont su les conquérir en les comblant. Et voila pourquoi le beau sexe détient le record de trahisons dans cette série de films, puisque toutes finissent par abandonner l'être aimé du moment pour se donner à 007. Dans bien des cas, les méchants de service ont demandé, pour ne pas dire exigé, que leur maîtresse séduise Bond afin de le faire tomber dans le piège qu'ils lui préparent. Cependant,  les prouesses érotiques du Britannique parviennent à les faire changer de bord. Souvent elles meurent, mais elles se rachètent d'abord par quelque action héroïque. 

La galerie des actrices lancées à partir de la série des James Bond est particulièrement significative des modes au moment où le film fut tourné. Ursula Andress, Claudine Auger, Maud Adams, Lois Chiles, Carole Bouquet, Sophie Marceau incarnent à leur façon l'éternel féminin. N'oublions pas la "black" Grace Jones et l'asiatique Michelle Yeoh, ce qui, dans un univers aussi raciste que celui de Bond, tient de la réelle et récente révolution. Sauf cas particulier (Maud Adams), James Bond change de femme à chaque aventure : la bataille a lieu entre le Bien et le Mal et les femmes n'y sont que des intermédiaires plus ou moins fidèles, plus ou moins voluptueux.

 

Les mécanismes narratifs de la série 

D'abord, pas d'action en dehors d'un cadre, dicté par le scénario, qui ne soit résolument exotique, c'est à dire qui sorte le spectateur, plutôt homme-moyen, de son style de vie et de ses moyens d'existence : il faut à ce héros des hôtels de grand luxe à proximité d'une plage pour millionnaires ou bien la plus prestigieuse des stations de ski, en Suisse de préférence. 

Quant au style de la narration, il ne s'éloigne jamais d'un strict classicisme, les metteurs en scène convoqués pour l'exercice bondien étant avant tout de solides faiseurs, au sens noble du terme : Guy Hamilton, Terence Young, Lewis Gilbert, Roger Spotiswoode, Martin Campbell, Lee Tamahori ou d'anciens monteurs élevés dans le sérail bondien tels John Glen ou Peter Hunt à qui l'on doit une très nette évolution des scènes de bagarres à la fin des années 60 (selon le principe : un coup = un plan, Hunt a fait évoluer les affrontements de 007 avec ses adversaires. A ce sujet, revoyez la séquence d'ouverture de "Opération Tonnerre" ou les scènes de combat de "Au Service Secret de sa Majesté" avec le plus "cascadeur" de tous les James Bond : George Lazenby). 

Les seuls éléments de sophistication pure introduits dans la série dérivent d'un certain type d'érotisme et de violence, amplifié et comme privilégié dans le concret par ces fameux gadgets et qui nous amènent parfois dans le domaine de la science-fiction. A ce titre, "Moonraker", subissant de plein fouet la mode "Starwars", est un modèle du genre. Les gadgets ont donc singulièrement évolué. Dans les quatre premiers films de la série, pour diaboliques qu'ils soient, ils appartiennent encore au domaine du vraisemblable. Plus tard, toutes les limites de la crédibilité vont sauter et le spectateur sera invité à entrer subitement dans le domaine de l'incroyable. 

On peut donc distinguer plusieurs époques au sein de la série des James Bond, pas forcément dépendantes du changement d'interprète. La première court de 1962 à 1971, incluant les 6 opus tournés par Sean Connery et l'unique aventure brillamment assumée par George Lazenby. Dans ces sept films, tous les éléments typiques de l'univers bondien sont respectés au pied de la lettre. On utilise même le procédé Cinémascope, dès 1965, pour amplifier les exploits de 007.  

Ensuite, c'est celle de Roger Moore, moment où le personnage perd de sa violence et de son sadisme pour parfois s'auto-parodier. Curieusement, les deux premiers Bond avec Moore furent tournés en format 1/85, le retour à  l'écran large se confirmant avec "L'espion qui m'aimait", en 1977. Concernant l'apport de Roger Moore au personnage, il faut constater qu'il incarne un quadragénaire débrouillard, de style nettement plus embourgeoisé que son prédécesseur. Il est vrai que, en 1985, lors de la sortie de "Dangereusement Vôtre", Moore accusait un âge de 58 ans ! Enfin, une dernière époque s'ouvre, dès 1987, avec Timothy Dalton puis Pierce Brosnan. Celle d'un retour à un Bond plus rude, plus violent mais aussi nettement plus "marketing". 

 

Conclusion

Ainsi, 49 ans après sa première apparition, l'agent 007 est toujours bien présent dans l'univers des salles obscures. Qui pour succéder à Pierce Brosnan ? Plusieurs noms avaient circulé en 2005 dont celui de Clive Owen, Pierce Brosnan ayant confirmé dès 2004 que "Meurs un Autre Jour" était sa dernière apparition sous les traits de 007.

C'est Daniel Craig qui a endossé le smoking de l'agent 007 dans "Casino Royale", une tenue bien lourde à supporter et qui a occasionné une violente polémique sur internet. Toutefois, le 22 novembre 2006 le comédien a confirmé qu'il était à la hauteur et Craig a rempilé pour une 22ème aventure, "Quantun of Solace", qui est sortie le 31 octobre 2008. Une 23ème est programmée pour 2012.

 

 

 

HISTORIQUE DE LA SERIE

(Par Christophe Dordain)

 

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La période Sean Connery

James Bond est un personnage issu de l'imaginaire de l'écrivain Ian Fleming. C'est dans le roman Casino Royale, publié en 1953, que James Bond fait son entrée dans le monde de la littérature. Fleming a écrit 12 romans et 2 nouvelles (Octopussy et The Living Daylights) mettant en vedette son héros préféré mais d'autres auteurs ont depuis continué à raconter les aventures de 007. Contrairement à la croyance populaire, le premier acteur à interpréter le rôle de James Bond n'est pas Sean Connery mais plutôt Barry Nelson. 

En effet, le 21 octobre 1954, le réseau CBS présente "Casino Royale", une version tournée pour la télévision du roman du même nom. Cependant, c'est au cinéma que James Bond se fait le plus remarquer avec "James bond contre Dr.No", en 1962, le tout premier film de la série mettant en vedette un jeune homme pratiquement inconnu du public : Sean Connery.  A ce titre, les spectateurs attentifs remarquerons que le James Bond qui figure dans le fameux plan d'ouverture n'est pas Connery. Il s'agit du seul vestige du film télévisé.  "Dr.No" est un succès international et les séquences d'action supervisées par Bob Simmons deviennent une marque de fabrique pour l'agent 007.

Par la suite, Connery reprend le rôle dans 6 autres films dont "Goldfinger" (1964), souvent considéré comme étant le meilleur de la série et certainement le modèle selon lequel tous les autres films ont été réalisés. Avant "Goldfinger", "Bons Baisers de Russie" (1963) ajoute un personnage important à la liste des réguliers : Q, l'homme aux gadgets, interprété par Desmond Llewelyn dans 18 aventures, faisant de lui l'acteur le plus régulier de toute la série. 

"Goldfinger" est un succès à l'échelle internationale.  Le film est encore aujourd'hui une référence importante du genre dont plusieurs moments demeurent inoubliables : Oddjob qui tranche la tête d'une statue de marbre avec son chapeau, la victime de Goldfinger que Bond retrouve sur son lit, couverte de peinture en or, la voiture, une Austin-Martin, aux multiples gadgets et l'attaque finale sur Fort Knox. "Goldfinger" est une production qui est véritablement entrée dans le panthéon des classiques du genre.

Les deux films suivant perpétuent les aventures de l'agent 007 avec autant de succès. "Opération Tonnerre" (1965) se distingue par la présence de l'actrice française Claudine Auger. Le rythme du film est soutenu et s'appuie sur des séquences sous-marines dirigées par Ricou Browning. Quant à "On ne Vit que Deux Fois" (1967), il profite d'une distribution internationale, de décors grandioses signés Ken Adam rappelant l'expressionnisme allemand, de lieux exotiques et d'une ouverture choc (la mort de James Bond) pour faire remonter l'intérêt de la série. 

La même année 1967, une production parallèle, la première du genre, intitulée "Casino Royale", est présentée, mettant en vedette David Niven, Peter Selles, Orson Welles et Woody Allen. Ce film n'est rien d'autre qu'une satire des films de la série officielle et ne peut être considéré comme faisant partie des films de James Bond. Contrairement à "Austin Powers" (Roach, 1997) et ses suites, l'humour de "Casino Royale" est de très bon goût. La mise en scène est supervisée par John Huston, Val Guest et Robert Parrish. Souvent diffusé en France, notamment au moment des fêtes de fin d'année, "Casino Royale" est un bijou kitsch qui se termine par une séquence de bagarre parmi les plus destructrices de toute l'histoire du cinéma avec une apparition de notre Belmondo national en prime !

 

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Suite à la production de "On ne Vit que Deux Fois", Connery se retire a priori définitivement et George Lazenby le remplace dans le film le plus curieux de la série : "Au Service Secret de sa Majesté" (1969).  Dans cet épisode, James Bond se marie. Le soir même de son mariage, sa bien-aimée est brutalement assassinée par Blofeld, l'ennemi juré de Bond. Le ton de ce film, l'absence de Connery, l'histoire un peu longue malgré des séquences d'action efficaces avec une implication physique de Lazenby, ont fait de ce film un flop monumental.  Une scène, la poursuite en ski, supervisée par le cascadeur Willy Bogner, vaut la peine d'être vue et dépasse de loin, en efficacité et en brio, la séquence d'ouverture de "Dangereusement Vôtre" pourtant filmée 16 ans plus tard !

Afin de redonner du lustre à l'agent 007, Connery est convaincu par les producteurs de revenir au rôle qui l'a rendu célèbre dans "Les diamants sont éternels" en 1971 et ce au grand dam de Roger Moore, pourtant déjà retenu dans la short-list en 1962 et qui se lancera, en attendant, dans le tournage de la série "Amicalement Vôtre". Avec ce dernier film officiel de Sean Connery, la série se métamorphose lentement vers un style beaucoup plus détendu. Le décor de Las Vegas, les personnages caricaturaux et les situations rocambolesques du film ont préparé la voie pour le prochain 007. Malgré le succès du film, Connery quitte de nouveau ce rôle devenu encombrant et Roger Moore devient James Bond en 1973. 

 

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Les années Roger Moore

Contrairement à Lazenby, Moore a réussi à dompter le personnage de 007 et le public accepte ce nouveau Bond dans 7 films consécutifs. Le premier film de Moore, "Vivre et Laissez Mourir" est plutôt sombre mais présente plusieurs cascades époustouflantes impliquant des crocodiles, des bateaux à haute vitesse et un autobus à deux étages. La mise en scène est confiée à Guy Hamilton et, de façon surprenante, il emploie le format 1/85 au lieu du classique Cinémascope utilisé depuis "Opération Tonnerre". Jane Seymour est la James Bond Girl de circonstance qui est "dévoilée" à l'écran dans son premier rôle, celui de Solitaire.

Viendra ensuite "L'homme au Pistolet d'Or" (1974) qui reprend dans sa séquence d'ouverture le concept d'un Bond précédent : celui d'un assassin professionnel qui se prépare à traquer 007 (voir "Bons baisers de Rusie"). Malgré les répétitions, ce deuxième film de Moore rend aussi très clair les différences qui le séparent de Connery dans le ton et dans les personnages pratiquement tirés de la bande-dessinée dont le Sheriff sudiste Pepper qui reprend son rôle de "Vivre et Laissez Mourir". On peut également observer l'influence des films de karaté dans la conception des scènes d'action.

Comme ce fut le cas pour son prédécesseur, le troisième film de Moore, "L'Espion qui m'Aimait" (1977), est à la fois l'un des meilleurs de sa série et le modèle à suivre pour les prochains.  Une voiture qui se transforme en sous-marin, des poursuites extraordinaires, des décors naturels merveilleux incluant rien de moins que les pyramides d'Egypte et la présentation du vilain aux dents d'acier, Jaws, sont quelques-uns des points forts de cette aventure. Pour la production de cette nouvelle aventure, on construit même un studio spécifique baptisé 007 au sein des studios Pinewood situés dans la banlieue de Londres.

Le film suivant, "Moonraker" (1979), est produit rapidement pour profiter du succès de Star Wars et fait preuve d'un manque flagrant de jugement de la part des producteurs de la série. James Bond dans l'espace s'avère être une idée contestable. Le scénario est un peu lent par contre les effets visuels conçus par Derek Meddings sont réussis et l'antagonisme entre 007 et Michael Lonsdale est digne d'intérêt. 

"Rien que pour vos yeux" (1981), "Octopussy" (1983) et "Dangereusement Vôtre" (1985), tous trois réalisés par John Glen, concluent la carrière de Moore dans le rôle de James Bond avec succès. Carole Bouquet, Maud Adams (dans son deuxième Bond après "L'homme au Pistolet d'Or"), Christopher Walken et Grace Jones sont de la partie dans ces derniers films de Moore qui marient parfaitement humour, action et suspense. L'ouverture de "Rien que pour vos yeux", une chasse en hélicoptère, permet à Bond de venger la mort de sa femme auprès de son ennemi juré, Ernst Stavro Blofeld, une scène qui lie les trois époques différentes de l'histoire de 007. Ces trois derniers films s'inscrivent parmi les plus divertissants de la série. Ils imposent également des poursuites en voiture mises en scène par Rémy Julienne. Toutefois, Roger Moore se fait vieux (il a 58 ans en 1985) et le temps est venu pour lui de passer la main.

En 1983, alors que Roger Moore était entre deux films de la série, Sean Connery reprend le rôle de James Bond pour une ultime fois dans "Jamais Plus Jamais", seul film de la série produit par un autre studio que United Artists. Malgré l'absence des acteurs secondaires réguliers, de la musique et du plan d'ouverture traditionnels, "Jamais Plus Jamais" est tout de même considéré comme un film de James Bond à part entière, le dernier de Sean Connery. Avec une distribution qui inclut Klaus Maria Brandauer, Max von Sydow, Barbara Carrera, Kim Basinger et Rowan Atkinson (Mister Bean), et une réalisation brillamment assumée par Irwin Kerschner, le résultat final est probant.

 

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La parenthèse Timothy Dalton

L'époque de Roger Moore se termine en 1987 lorsque Timothy Dalton présente son James Bond dans "Tuer n'est pas jouer". Dalton transforme l'agent 007 du surhomme au sourire facile de Roger Moore en un homme sérieux, dévoué à son travail et ses amis mais imparfait et sentimental. L'idée en soi n'est pas mauvaise mais la culture américaine des années 1990 n'est pas prête à un tel changement et la série filmique la plus populaire de l'histoire a bien failli ne jamais s'en remettre. 

"Tuer n'est pas jouer" est le meilleur des deux films de Dalton et présente une ouverture solide suivie d'une intrigue originale (Bond refuse de tuer un assassin parce que celle-ci est une femme) qui se conclue par une séquence aérienne véritablement spectaculaire. Malheureusement, le second opus n'est pas à la hauteur.  "Permis de Tuer" (1989) (originalement intitulé Licence Revoked) est une reprise de Yojimbo (1961), un classique du cinéma japonais d'Akira Kurosawa.

En effet, "Permis de Tuer" s'inscrit parmi les moins bons films de la série, souffrant de longueurs importantes, d'un antagoniste ordinaire (un vendeur de drogues incarné par Robert Davi) et de bien peu d'action. Malgré les succès financiers et critiques de ces deux films, le public n'accepta pas complètement Dalton qui interprète un Bond plus froid et sérieux. Six années seront nécessaires pour relancer la carrière de James Bond dans les salles obscures.

 

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Pierce Brosnan ou le retour aux sources

C'est en 1995 que James Bond fait un retour en force avec l'acteur qui a fait depuis déjà longtemps l'unanimité comme successeur à Connery et Moore : Pierce Brosnan. A ce jour, Brosnan a interprété James Bond dans quatre films : "Goldeneye" (1995), "Demain ne Meurt Jamais" (1997), "Le Monde ne Suffit pas" (1999) et "Meurs un Autre Jour" (2002). Après une pause de six ans, le futur de la série reposait fermement sur les épaules de Brosnan et de son premier film. 

"Goldeneye" (le nom de la résidence Fleming) est une réussite importante et Brosnan adopte très vite le rôle de l'agent 007. Les amateurs voient en lui le mariage parfait du panache de Connery et du savoir-faire de Moore mais Brosnan y ajoute aussi du sien et le Bond d'une nouvelle génération voit le jour. Un regret cependant réside dans l'emploi de la musique d'Eric Serra pour illustrer les exploits bondiens. Un seul mot pour la qualifier : castastrophique ! Heureusement, les producteurs réagiront ensuite en embauchant David Arnold pour une partition bien plus convainquante.

"Demain ne meurt jamais" est un très bon film dans la série des Bond. Jonathan Pryce et Teri Hatcher ajoutent considérablement à l'attrait du film mais c'est sans aucun doute Michelle Yeoh, dans le rôle de l'espionne chinoise Wai Lin, qui élève ce chapitre au-dessus des autres. Cette fois, Bond a rencontré son égal et les scènes d'action du film, une poursuite en moto, une chasse en avion, une attaque de sous-marin et une poursuite en voitures dans un parking sont tous inoubliables.

Son troisième film, "Le Monde ne Suffit pas" a parachevé la transformation de Bond entamée avec Timothy Dalton mais adroitement menée par Brosnan. James Bond demeure un héros capable de péripéties extraordinaires mais jamais sans conséquences. Dans la séquence d'ouverture du film (la meilleure de l'ère Brosnan), James subit une blessure à l'épaule qui lui causera des ennuis tout le film. La distribution internationale de ce chapitre incluant Sophie Marceau, Robert Carlyle, Denise Richards et Maria Grazia Cucinotta fait de ce film un autre succès important. Ainsi, avec son charme et son charisme, Brosnan s'est définitivement imposé mais annonçait tout de même en 2004 que "Meurs Un Autre Jour" était sa quatrième et dernière prestation.

 

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Et maintenant Daniel Craig

Voici les deux avis que nous avons publiés à l'époque de la sortie de "Casino Royale" en novembre 2006 :

1°)AVIS

Le retour du roi.

Pour beaucoup de fans, trouver un remplaçant à un interprète de James Bond, c’est un peu comme vouloir remplacer la croix du Christ par un pentacle. Y’a des trucs qu’on ne change pas facilement, même 40 ans plus tard. Et quand on entend parler d’un blond aux yeux bleus et au visage buriné pour remplacer le traditionnel brun ténébreux flegmatique dans le rôle titre, c’est un mythe qui s’effondre avant même la première ligne de scénario. Daniel Craig défraie la chronique dès sa nomination dans le rôle du célèbrissime commodore, au point d’avoir un site/pétition contre lui alors que Martin Campbell n’a même pas encore commandé le smoking de l’espion. Pas gagné d’avance, surtout que le-dit réalisateur s’attaque à un pseudo-remake qu’il veut remanier à la sauce film-noir musclé. Horreur et damnation.

Histoire d’en rajouter une couche et énerver encore plus les amateurs de pudding, on va même lui mettre une frenchie (d’origine) à ses côtés et un danois -au nom de frenchie dans le film- en face (Mads Mikkelsen dans le rôle du « Chiffre »). On frôle l’insulte, surtout quand le film original s’offrait un brelan d’as au casting (Peter Sellers, Ursula Andress, Orson Welles). Alors, hérésie que ce nouveau « Casino Royale » ? Que Nenni. Le générique à lui seul suffirait presque à nous faire retourner la veste, tant le jeu sur les couleurs (dans les deux sens du terme) respecte le cahier des charges de la série. Plaqué sur la voix de Chris Cornell (ex-Soundgarden, Audioslave), le trip s’amorce. Et dès qu’on met un pied dans l’action pure, c’est avec une course-poursuite nivelée avec comme lièvre Sébastien Foucan (un adepte du parkour, ou free-run) et comme lévrier un Daniel Craig survitaminé. On savait le réalisateur amateur d’action en hauteur et/ou en échaffaudages depuis ses « Zorro » et autres « Vertical limit », mais on ne s’attendait pas à en avoir autant en l’espace de quelques minutes.

Lorsque l’ensemble se calme, Craig-Bond panse ses multiples plaies et hématomes et part en convalescence quelque minutes. On n’aura jamais vu un Bond aussi physiquement malmené, et surtout un Bond impulsif comme un jeune loup, irréfléchi, et odieusement froid. Craig commence donc sa carrière au service de sa majesté sur une agréable impression, malgré ses pectoraux proéminents et sa gueule de je-m’en-fous-je-fais-ce-que-je-veux, reléguant le Ethan Hunt des « Mission Impossible » au rang d’un Spy Kid en pleine poussée de croissance. Déjà un bon point. Deuxième bon point : la volonté d’écarter toute ressemblance avec ses prédécesseurs dans ses gestes, et expressions. On décèle un peu de Roger Moore par-ci (dans l’action), un peu de Brosnan par-là (dans ses répliques à M), mais jamais on ne se demandera ce qui a pu décider Barbara Broccoli et Martin Campbell à choisir l’acteur parmi les autres prétendants. Une part d’audace sûrement, mais une vision nouvelle du personnage qu’on redescend de son piedestal à coup de corde de marin (une scène éprouvante pour les spectateurs mâles) et à qui on octroie un matricule « 00 » comme pour se le débarrasser de sa mauvaise attitude.

Côté scénario, le film emprunte une trame des plus actuelles en associant terrorisme international et boursicotage dans lequel « Le Chiffre » joue le chef d’orchestre. Simpliste mais néanmoins efficace avec ses retournements à base de trahison (ah, le monde des espions …), on retrouve même de vieilles connaissances dans les personnages, et les spectateurs les plus aguerris ne manqueront pas les références aux précédents films (surtout « au service secret de sa majesté », « dangereusement vôtre », « Dr No » et « bons baisers de Russie »), que ces soit par le biais des scènes et de leur localisation, ou quelques éléments plus ou moins discrets (tiens…une Aston Martin 1964… une référence au S.P.E.C.T.R.E. …)

Parce qu’il en faut, et que tout film en possède, « Casino Royale » n’est pas exempt de défauts. La part est donnée aux destructions de masse, à un rythme ultra soutenu qui revoie souvent au cinéma Michael Bay dans toute sa démesure. La série a déjà souffert de cette orientation par le passé, on peut donc rester indulgent et inclure cela en annexe de la bible 007 désormais. Autre petit détail qui peut déranger nombre de non-initiés : une scène de près de 15 minutes, cruciale, dans laquelle les protagonistes s’affrontent autour d’une table de poker. Ceux qui ne connaissent ni le principe du jeu, ni les règles du Texas Hold’em auront le droit à leur pause-pipi/achat popcorn à cet instant précis (les autres jubileront sur le dernier tour).

Fini aussi les gadgets trop high-tech et le passage dans le labo de Q, détails qui vont sans nul doute enrager les puristes (un Bond sans gadget, c’est un Han Solo sans Faucon Millenium). Enfin, si tous les acteurs s’en sortent admirablement (Mikkelsen et Dench restent pourtant trop discrets, le premier cassant l’image mégalo des précedents bad-guys de la série, la seconde jouant les mères-poules), la déception vient d’Eva Green. Même avec un physique des plus intéressants et une « affectation » qui évite tout réel débordement (« James Bond Girl » pourrait se limiter à «rester belle, un peu méchante, mais surtout se taire »), la fille de Marlène Jobert a encore des kilomètres de bobine à parcourir avant de trouver des expressions faciales crédibles, mesurées et modérées (sa dernière scène ressemble un concours de grimaces). De part la particularité de son rôle ici, cela devait d’autant plus être calibré. Et dire qu’elle a décliné le rôle d’Elizabeth Short dans le dernier DePalma (« Le Dahlia Noir ») pour celui-ci… Dommage.

Verdict final : « Casino Royale » remet Big Ben à l’heure. Exit les joujous, les brushings inaltérables, le rire, et bonjour la violence, la hargne, et la testostérone dans le cocktail au Martini. Craig is Bond, Campbell is a good director. L’honneur est sauf.

Julien Leconte

 

2°)AVIS

Le nouveau Bond est arrivé.

Il ne faut pas longtemps pour comprendre que Casino royale comptera plus que les autres. Deuxième plan : dans la pénombre, dans un recoin, assis dans un fauteuil, James Bond interpelle un de ceux que l’on appelle « les méchants ». L’homme se frotte les mains, James Bond vient juste d’obtenir son permis de tuer, il n’osera pas dégainer et le flinguer. Flash-back soudain : un homme se fait rouer de coups puis exécuter dans des toilettes par un James Bond débraillé, suant, suintant la haine. Retour dans le bureau : le méchant reçoit une balle dans la tête. Pas l’ombre d’un remords sur le visage de James Bond. Puisque les règles sont faites pour être contournées, "Casino Royale" casse la sacro-sainte linéarité du récit, transforme le flegme du célèbre agent britannique en une violence contenue qui, une fois libérée, fait trembler les murs d’une ambassade à Madagascar.

Le 21e volet de la saga 007 est le premier portrait psychologique véritablement abouti du personnage Bond. Pendant près de 2h30, Martin Campbell, déjà réalisateur de "Goldeneye", époque Pierce Brosnan, profite de chaque instant pour laisser le bouillonnant caractère de Bond s’exprimer. Il hurle face à la douleur, il laisse s’exprimer, dans son regard, une froideur effrayante, un désir de vengeance, il pleure, il tremble, il ouvre son cœur, il ploie, il manque de mourir. Oui ! Bond fait tout cela.

Après une vingtaine d’épisodes sur le même ton, dans le même moule, la surprise est énorme, elle secoue le spectateur, l’interroge sur sa fascination pour 007. Pourquoi aimer quelqu’un qui dézingue à tout va ? Est-ce le même Bond qui me faisait rêver 10 ou 30 ans auparavant ? Oui et non. Car "Casino Royale" met en scène la première mission d’un agent inexpérimenté, tout juste sacré 00. Il n’a pas encore affronté le Docteur No, pas encore vu Ursula Andress sortir de l’eau en bikini. On comprend mieux les failles, le costume qui semble trop large pour le nouveau Bond. En voyant qu’il précédait, dans la chronologie des Bond, Sean Connery et consort, Daniel Craig a dû souffler : tout était à inventer chez 007, tout était à construire, son rapport avec les femmes, avec sa hiérarchie (M. fidèle au poste). Alors qu’il soit blond, qu’importe !

Ce n’est pas la première règle que viole le film de Martin Campbell. Sans être un amateur de « rupture », lui et ses scénaristes (dont Paul Haggis, réalisateur de "Collision" et scénariste de Clint Eastwood) trouvent la parfaite alchimie entre rénovation et démolition. "Casino Royale" souffle un vent d’air frais sur le genre sans laisser de côté l’exotisme des endroits rencontrés (Ouganda, Montenegro, sans oublier le traditionnel Bahamas) et surtout sans oublier les scènes d’actions époustouflantes. Malgré une course-poursuite d’un bon quart d’heure, d’un chantier jusqu’à une ambassade de Madagascar, la scène centrale, l’affrontement entre « le » méchant (un affreux banquier du nom de Le Chiffre, en français dans le texte) et Bond se passe autour d’une scène de poker dans le « Casino royale », au Monténégro. Du suspense, bien sûr, mais surtout une esthétique autour de jetons jetés nonchalamment sur le tapis de jeu, de regards lancés à la sauvette, de cartes à peine dévoilées pour le spectateur.

Et puis, il y a cette fin, prodigieuse, frappante par son tranchant, son aridité, comme si le mot fin signifiait le point de départ des aventures de 007. Avec Daniel Craig en tête d’affiche, on rempilerait bien pour encore quelques heures de Bond, … James Bond.

Matthieu Deprieck

 

LA CRITIQUE DE "QUANTUM OF SOLACE" :

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EN ATTENDANT "SKYFALL"...

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Dernière mise à jour : ( 03-10-2012 )
 
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