23 octobre 2020
Amazon Prime Video

Forte : Mince Farce

Par Mickaël Vrignaud

Victime collatérale du coronavirus, la comédie "Forte", écrite par l’humoriste Melha Bedia et réalisée par Katia Lewkovicz arrive sur Amazon Prime. Au menu : des punchlines marrantes (beaucoup) du pole dance (un peu) dans une comédie one-woman-show souvent drôle mais qui pêche souvent, la faute à un scénario inégal et des seconds rôles décevants.

Nour est grosse. Nour aime le foot. Nour jure sans arrêt, se gave de pizzas et de tajines, bonnet éternellement vissé sur la tête ; pour faire clair : Nour n’attire personne. Un jour, elle décide que c’en est trop, qu’elle aussi a le droit d’être une femme, ce qui tombe bien puisqu’un cours de pole dance vient d’élire domicile dans la salle de sport dont elle est responsable.

Telle est la base du film "Forte", comédie de-son-temps, générationnelle et convenue sur l’acceptation de soi et la féminité, tenant entièrement sur les épaules de son actrice principale, sœur de Ramzy et étoile montante du stand-up. Le problème – et c’est souvent le problème que rencontrent ces films faits sur mesure – c’est que la dynamique d’un film n’est pas celle d’un spectacle d’une heure et quart et que les gimmicks que l’on peut trouver savoureux sur une humoriste, si talentueuse soit-elle, se retrouvent rapidement dilués sous un dispositif « cinéma », à savoir la présence de seconds rôles, d’un décor, d’une histoire. Là où "Forte" se prend les pieds dans le tapis c’est qu’à aucun moment le personnage ne se laisse aller dans le récit, n’accepte son destin de cinéma. Melha Bedia insiste, tire la couverture et ses bougonnements deviennent vite lassants et répétitifs.

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Melha Bedia et Valérie Lemercier - Copyright Céline Nieszawer
L’effet pervers de tout ça, c’est que les seconds rôles deviennent des faire-valoir, des passeurs de plats, partagés en deux groupes : ceux qui n’ont aucun intérêt (Alison Wheeler en copine allumeuse, Bastien Ughetto en hétéro curieux) et ceux qui sont sur-écrits. En tête une Valérie Lemercier étiquetée « appareil à punchlines » dont toutes les répliques boursouflées sentent l’écriture trop satisfaite d’avoir au casting un grand nom de la comédie et un Jonathan Cohen dont la présence à l’écran, prometteuse pendant trois minutes, se résume à un pauvre quiproquo trop idiot pour être vrai. Surnage quand même, dans tout ça, la présence d’un Ramzy sobre et drôlissime en barmen parano biberonné aux numéros de Zone Interdite ; on note également Oussama Kheddam, abonné au rôle de petit ami rustre, qui déclame une des déclarations "d’amour" les plus drôles que l’on ait vues depuis longtemps.

Et le pole-dance dans tout ça ? Quasiment rien. Deux ou trois scènes d’entraînement vite expédiées et un show final décevant au possible, proche du foutage de gueule. Il y a, à tous les niveaux, un problème d’écriture sur ce film, la pauvreté des situations (la maman-nympho campée par Alison Wheeler trouve le chemin de la responsabilité en avouant à son plan-cul qu’elle a un enfant…c’est affligeant). Par ailleurs le propos demeure profondément vaseux : l’acceptation de son corps à condition qu’il soit planqué dans un survêtement Adidas. On a fait mieux. On aurait sûrement pu faire mieux d’ailleurs. Parce qu’on rit dans ce film, mais on aurait pu rire plus, beaucoup plus.

Ah oui, sinon, il y a Adèle Exarchopoulos en vendeuse Séphora. Et c’est à peu près tout...

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