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Spencer : Une princesse érigée en martyr

Par Clara Lainé


Le mariage de la princesse Diana et du prince Charles s'est terni depuis longtemps. Bien que les rumeurs de liaisons et de divorce abondent, la paix est ordonnée pour les festivités de Noël au domaine de la reine à Sandringham. Il y a à manger et à boire, à tirer et à chasser. Diana connaît le jeu. Mais, cette année, les choses seront bien différentes. le film "Spencer" est une illustration de ce qu’il aurait pu se passer pendant ces quelques jours fatidiques.

Difficile pour Pablo Larraín de proposer un film plus binaire que ne l’est "Spencer". Dans le cas présent, le parti pris du réalisateur ne fait aucun doute. Il veut susciter de l’empathie pour Diana. Cette femme que la famille royale n'aura cessé de malmener. Parce qu'elle refuse de se plier au protocole tel qu’ils l’entendent.

On ne peut parler à proprement parler de biopic pour ce long-métrage. L’action se déroule sur quelques jours et le fantastique (voire l’horreur) nous empêchent de projeter la célèbre Princesse de Galles derrière les traits de Kristen Stewart. Pourtant, la performance de cette dernière est à saluer. En dépit de ses moues boudeuses un peu trop répétées, le talent de l’actrice est un des points forts du film. Ce n’est pas le seul. L'atmosphère qui oscille entre conte de Grimm et drame shakespearien interpelle de par son esthétisme. De plus, l’intimité que Pablo Larraín créé entre le spectateur et Diana permet au rythme de ne pas trop s’essouffler.

Ainsi, le potentiel de l’ensemble est indéniable. L’idée de se concentrer sur un weekend permet au réalisateur de mettre au premier plan la psyché de sa protagoniste, bien avant l’action en elle-même. Certains thèmes bien trop tabous sont, tantôt effleurés, tantôt exposés. On pensera notamment à la boulimie, la santé mentale, la difficulté à trouver sa place, le rôle de mère, le poids des traditions, l’anticonformisme.

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Kristen Stewart et Jack Farthing - Copyright Pablo Larraín,DCM

Le tout ne manque pas d’intérêt. Mais il est dommage que le scénario manque à ce point de relief. Que les personnages soient si caricaturaux (le scénario est pourtant signé Steven Knight à qui l’on doit l’incroyable série "Peaky Blinder"). L’écuyer Grégory est purement et simplement détestable. Tout comme le prince Charles. Un poil de nuance n’aurait pas fait de mal aux séquences dans lesquels ils sont présents…

J’avoue également ne pas avoir été convaincue par le parallèle entre le destin d'Anne Boleyn (seconde épouse du roi Henri VIII d'Angleterre, décapitée car accusée à tort d'adultère et d'inceste) et le vécu de la princesse Diana. Pablo Larraín érige les deux femmes au rang de martyr. Voilà qui finit par desservir l’attachement initial qu’inspirait Kristen Stewart. A trop la persécuter, et la faire sombrer dans des délires que l’on peine à suivre, on finit presque par devenir insensible à sa douleur. Cette dernière qui constitue pourtant le cœur du film.

Enfin, je regrette que la maladie mentale de Diana Spencer ait été éclipsée par de simples accusations de « folie ». On tenait là un vrai propos. Un argument susceptible de servir non seulement la portée autobiographique de l’œuvre (chacun ayant entendu parler des névroses de Lady Di), mais aussi de permettre au réalisateur de moins s’éparpiller et de lever les stéréotypes sur ce sujet si complexe.

Bref, le film "Spencer" n’est pas une catastrophe. Loin de là. Il a le mérite de proposer une approche originale de la vie de Diana en se focalisant davantage sur son rôle de mère. Toutefois, Pablo Larrain s’est trop éparpillé. Surtout, il semble être passé à côté du vrai sujet du film. C’est d’autant plus frustrant que Kristen Stewart s’est montrée à la hauteur du rôle. L’atmosphère de la prison dorée dans laquelle elle évolue avait un vrai potentiel…

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