25 octobre 2020
Classics

A bout de souffle : Pour l’éternité

Par Dorothée Durand

Dans le cadre du Festival Lumière 2020, du 10 au 18 octobre 2020, voici l’occasion bienvenue de revenir sur un grand classique du cinéma français, avec "A bout de souffle" de Jean Luc Godard, d’après une idée de François Truffaut. En parcourant un journal François Truffaut aura lu un fait d’hiver avec un meurtre qui attira son attention. Suite à cela il soumet le projet à Godard d’en faire un long-métrage. Le jeune réalisateur lancera alors la carrière de Jean-Paul Belmondo, inconnu du grand public jusque-là, et de Jean Senberg, qui deviendra avec sa partenaire une icône de la nouvelle vague. Observons que "A bout de souffle" sera interdit au moins de 18 ans lors de sa sortie dans les salles obscures en Février 1960.

La première séquence s’ouvre sur une route de campagne au cours de laquelle nous découvrons le personnage de Michel, un jeune voyou, au volant d’une voiture volée. Il continue son périple et, au cours d’un contrôle des forces de l’ordre, il abat froidement l’un d’entre eux. A son arrivée à Paris, il retrouve l’une de ses anciennes conquêtes, une américaine qui se prénomme Patricia. Michel essayera par tous les moyens de raviver la flamme avec elle mais en vain. La jeune étudiante américaine reste indifférente à son charme. Elle préfère profiter de Paris et de ses environs. Alors qu'elle apprend qu’elle est enceinte de lui ce dernier est rattrapé par son passé. Recherché par la police, son portrait est diffusé dans tous les journaux. Commence alors une chasse à l’homme dans Paris et une cavale haletante ou l’étau se resserre autour de Michel et dont l’issue lui sera fatale.

"A bout de souffle" est le premier succès du réalisateur. Il y impose un nouveau style et fausse tous les schémas classiques de l’industrie du cinéma avec une nouvelle manière de tourner innovante et déroutante (marque de fabrique de la Nouvelle vague) : caméra à l’épaule, scènes tournées en extérieur avec une lumière naturelle. Jean Luc Godard nous offre de superbe vues de Paris et décrit toute une époque, un voyage à travers le temps dans un Paris tumultueux. Pour se faire, Godard choisit de confier le rôle principal à Belmondo. Il l’avait dirigé précédemment dans "Charlotte et son Jules", un court-métrage d’une vingtaine de minute dans le cadre duquel le réalisateur lui-même doublait la voix de Belmondo. Ce dernier excelle dans le rôle de ce voyou sans limite et sans remord. Avec son physique si particulier, il apporte un nouveau souffle au personnage de Michel, une version assez moderne à laquelle les jeunes rebelles de l’époque se sont identifiés. Celui-ci déclarera, lors d’une interview pour la promotion du film, qu’il était assez étonné de l’impact de son rôle sur les jeunes générations. Belmondo sera ainsi comparé (peut-être à tort) à Marlon Brandon.

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Jean Seberg

Jean Seberg, tout simplement sublime avec sa fraicheur et son innocence, incarne une certaine beauté et représente une forme de libération de la femme des années 60. Les plans rapprochés de Jean-Luc Godard mettent en valeur Jean-Paul Belmondo et Jean Seberg à chaque moment-clé du film ce qui permet de captiver le spectateur. Notons que le style vestimentaire de Belmondo est un clin d’œil au comédien Humphrey Bogart et au film de gangsters.

La mise en scène de Godard est unique. L’expression des visages et les plans rapprochés sur les regards de nos jeunes interprètes ainsi que des scènes sans dialogue donnent une force certaine au film. Lors de sa sortie "A bout de souffle" remportera un grand succès et recevra plusieurs nominations dont l’Ours d’argent en 1960. Jean Luc Godard aura définitivement imposé son style, s’ensuivent d’autres succès pour le réalisateur dans les années 60 tel que "Pierrot le Fou". "A bout de souffle" demeure une référence pour toutes les générations confondues (la scène du baiser appuyé entre Jean Seberg et Jean-Paul Belmondo rappelle l’un des grands classiques d’Hitchcock : "Les Enchainés") et Godard y exprime tout son art et sa créativité avec cette oeuvre tournée en noir blanc. "A bout de souffle", ce chef d’œuvre du cinéma français est à revoir sans modération !

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