26 septembre 2021
Classics

Basic Instinct : Le pic et le décroisement

Par Pierre Delarra


Catherine Tramell (Sharon Stone), une romancière richissime vivant entourée d'anciens meurtriers, est soupçonnée du meurtre de son amant, la rock star Johnny Boz. Celui-ci a été assassiné à coups de pic à glace dans des circonstances similaires à celles décrites dans l'un des romans policiers qu'elle a écrits. Les romans de Catherine sont des polars qui mêlent sexe et crime et s'attardent sur l'instinct primaire (basic instinct) des gens. Nick Curran (Michael Douglas), un policier chargé de l'enquête et ayant un lourd passé judiciaire, doit faire face à cette « mante religieuse ». Celle-ci n'hésite pas à utiliser ses charmes pour arriver à ses fins.

Paul Verhoeven est un cinéaste des plus étonnants. Venu des Pays-Bas, il aura réussi à ausculter les bas-fonds de Hollywood. Au fond, peut-être faut-il être une étranger dans la cité des anges afin de bien la comprendre, les exemples sont nombreux. Hollywood ressemble à notre quartier de Belleville, les berlines et rutilantes voitures en moins. Hollywood est un mélange de couches et de strates, de comédiennes, de comédiens, de réalisatrices et metteurs en scène : une maison, et Hitchcock de dire :  « Ici je suis chez moi », « Mes studios sont ma maison ».

Cependant, revenons à "Basic Instinct" et à Sharon Stone. Fille d’une obscure petite ville de Pennsylvanie elle n’aura de grâce que de répéter, jouer encore et encore dans des petits théâtres et enfin rencontrer Arnold Schwarzenegger pour un rôle dans "Total Recall". Le sillon est d’ores et déjà creusé. Paul Verheoven est un cinéaste incongru, maniaque de surcroit, il aura ainsi réalisé des films majeurs tels "Starship Troppers", film méprisé, mais tenu pour son regard maîtrisé du petit monde de Hollywood, et "La Chair et le Sang", magnifique production qui nous rappelle que le Moyen-Age n’est pas si loin que cela et que la furie des hommes n’a aucune limite.

Comme une prédiction, Alfred Hitchcock nous annonçait : tuer est un acte pour le moins difficile, on peut tuer avec n’importe quoi. Rappelons-nous, par exemple, de la fameuse séquence du meurtre avec une gazinière (admirable Paul Newman dans "Le rideau déchiré" en 1966) alors pourquoi pas tuer avec un pic à glace ? Nonobstant ceci, nous ne pouvons ignorer cette lancinante musique dans "Basic Instinct" qui demeure un hymne au compositeur hitchcockien Bernard Herman et c’est bien cette volonté qui guide Jerry Goldsmith vers les plus hauts des plafonds et rappelons-nous sans doute les affres d’un certain "Taxi Driver". Pouvions nous rêver de mieux ? Herman et Goldsmith parcourent les rues de San Francisco, main dans la main…

"Basic Instinct" est un film qui regorge de "production values". A la production : Mario Kassar; à la photo : Yan de Bont; au maquillage (eh oui !) : Rob Bottin; et, excuser du peu, aux manettes de Canal Plus : Pierre Lescure et Alain de Greffe ! Rarement un film aura accumulé autant de talents et si le film relève finalement d’un classicisme forcé, il aura marqué les années 1990. "Basic Instinct" bénéficie d’une forte belle facture et permet à ce drame d’être un fort beau divertissement. Dans ce cadre, Paul Verhoeven court après Alfred Hitchcock et comment faire autrement lorsque celui-ci dispose d’une si belle actrice telle que Sharon Stone, qui nous rappelle tant Kim Novak dans un impressionnant et vertigineux "Sueurs Froides" ? Le contrat est bien rempli, c'est une évidence, et nous n’oublierons pas ce fameux pic à glace qui sommeille sous le lit...

Il est à noter que "Basic Instinct" ressortira dans les salles obscures dès le 16 juin sous les bons auspices des responsables de Carlotta Films dont nous ne pouvons que les féliciter pour cette démarche bienvenue.

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