Classics

Batman de Tim Burton : La référence !

Par Yann Vichery

En 1989, date de sortie ciné de ce film, je me souviens assez bien du décor. Il faut dire que j’étais au collège en 3ème. Sans compter qu'Internet n’existait pas. A la télé, on avait 5 chaines (voire Canal+ en supplément si on le voulait). C’est d'ailleurs sur Canal + qu’avaient déferlé les teasers et autre bandes-annonce du "Batman" de Tim Burton...

Il n’était pas courant de voir un film de super-héros sortir au cinéma. Certes, il y avait quand même le "Superman" de Richard Donner (dix ans plus tôt). Aussi, pour voir ce film qui battait tout les records au box-office américain, il fallait aller au cinéma. Mon père me déposa au ciné et me récupéra deux heures plus tard. J’avais pris entretemps une très grande. Tout était génial (à l’époque) dans "Batman". Et la suite serait encore plus belle.

Depuis, Christopher Nolan est passé par là. Ce dernier nous a balancé sa trilogie du Chevalier noir avec un brio évident, Zack Snyder a mis en scène le Chevalier noir (face à et aux cotés de Superman). Désormais, on attend ce que Robert Pattinson aura bien pu faire de ce héros. Bref, une question majeure se pose : « que reste-t-il des deux Batman tournés par Tim Burton plus de trois décennies après leur sortie dans les salles obscures ? »

L’histoire d’un méga-projet

Le scénario portant sur une adaptation des aventures  de Batman au cinéma remonte à 1978. Puis, le script passera de mains en mains dans les années 80 jusqu’à atterrir chez Peter Guber et Jon Peters (les pontes de la Warner à l'époque). Le duo propose des pointures pour réaliser le film (Joe Dante, auréolé du succès de "Gremlins" et Ivan Reitman de celui de "Ghostbusters"). Mais tous deux refusent. Ils dégottent alors un quasi inconnu à la coiffure en pétard. Ce dernier a déjà commis "Pee Wee big adventure. Son second film, "Beetlejuice", est un immense succès en 1988.

Voici donc Tim Burton. Un ancien transfuge de chez Disney chez qui il s’ennuyait ferme à dessiner des séquences de "Rox et Rouky". Lui qui préférait le noir, les monstres et le monde des morts. Il est emballé par le scénario. Pourtant, il désire y imprimer ses obsessions gothiques. Le réalisateur souhaite montrer le côté un peu psychotique du héros. Parce qu'il n’est pas fan de la série télévisée kitch des années 60, ni des planches de Bob Kane. Il préfère de loin les créations de Frank Miller et d’Alan Moore. Car elles sont bien plus proches de son univers.

Tim Burton insiste pour imposer ses idées dont celle qui va faire bondir les fans de la première heure. Solliciter le frêle Michael Keaton dans le costume hyper-musclé de Batman. Le studio est inondé de milliers de lettres de fans (pas de mails à l’époque). Tous rejettent le casting. Même Adam West (le Batman de la série de 1966) monte au créneau. Voilà qui aura pour effet de faire chuter l’action de la Warner.

Ce choix, pourtant très réfléchi de Burton, avait pour objectif de l’opposer à un monstre sacré du cinéma : l’exubérant Jack Nicholson dans le rôle du Joker. C’est d’ailleurs lui que Burton veut mettre au premier plan. Batman l’intéresse peu au final. Car trop lisse et peu intéressant par rapport à la folie du magnifique méchant créé par Kane. Ce dernier est aussi extraverti que Batman est introverti. Le Joker sera donc la vraie attraction du film. Celle qui fait qu’on aime le film. Au point que Batman serait presque son faire-valoir !

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Tournage du film aux studios Pinewood

Burton tourne à Londres (dans les studios Pinewood). Toutefois, il ne fait pas tout ce qu’il veut sur le tournage. Le cinéaste est épié, contrôlé dans ses moindres gestes. Les rush sont visionnées en permanence. On lui adjoint même des gagmen pour rendre le Joker plus marrant. Ou encore de tenter d’y introduire Robin, voire d’allonger les scènes de Kim Basinger (elle était à l’époque le sex symbol de "9 semaines et demi" qui s’effeuillait devant Mickey Rourke sur du Joe Cocker). C'était un gage de succès pour le film).

Tim Burton se bat alors tel un beau diable. Il parvient à imposer quelques idées aux prix de nombreuses concessions. Sa vision on la retrouve pour beaucoup dans le visuel gothique du film. Il est très bien aidé par le grand décorateur, Anton Furst, qui lui matérialise, à coup de millions de dollars, des décors quasi expressionnistes. Tous sont tiré des buildings de New-York. Tout en hauteur, noirceur et humidité. Ils sont le reflet de la psyché des personnages du film. A l'image du manoir de Bruce Wayne et de la BatCave.

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Kim Basinger

La sortie du film est préparée à coup de produits dérivés. Un coup marketing copié à partir des "Star Wars" de George Lucas. Figurines qu’on trouve aujourd’hui à prix fou dans les ComicCon (albums-photos, portes-clés, cartes ou babioles qu’on découvrait dans les paquets de céréales, affichages sur les bus, tout était fait pour tenter de sauver le film de l’échec annoncé). Et là ! Le miracle ! Comme seul Hollywood sait en produire. Quelques jours après sa sortie, le film engrange 100 millions de dollars ! Le film devient le plus grand succès de la Warner. La Batmania déferle sur la planète. Quoique, en France, l'accueil sera plus que mitigé.

Que retenir du premier Batman ?

Moi, lors de ma séance ciné… Waouh ! La Batmobile est carrément géniale. Le Batwing (qui vole dans les faux décors en carton pâte) est sacrément impressionnant. Le Joker qui détruit les oeuvres d’un musée sur une musique de Prince... Elle est top cette BO ! Et la Batdance du clip ? J’adore. Jack Nicholson est un sacré Joker (il aura l’Oscar c’est certain. Et bien non ! ). Bref, "Batman", le film est un must du genre.

A la vue d’autres films de Tim Burton, on analyse bien dans ce film ce qui l'attire. Opposer le monde assez terne des vivants à celui des morts; des méchants à celui des personnages originaux. Un monde beaucoup plus séduisant, joyeux, fou et coloré que celui, normé des BD et qui est la règle. Les scènes du Joker, et de ses sbires déguisés en clowns, sont toutes empreintes de folie, de couleurs. Jusqu’aux costumes de Jack Nicholson.

L’univers de Batman, et de ses habitants (Gotham City), est noir et terne. Même la mort du Joker finira dans le rire. Le film s’intéresse peu à Batman. Sa personnalité n’est même pas développée. Tout reste intériorisé dans l’interprétation assez monolithique de Michael Keaton. A vrai dire, Tim Burton n’aura jamais vraiment apprécié son film. Il n’a eu que peu de marge de manoeuvre pour mettre à l’écran ses obsessions. Les producteurs étant trop frileux pour confier le financement à un débutant. Pourtant, le méga-succès planétaire du film allait pourtant lui permettre de prendre une belle revanche.

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Jack Nicholson
Le défi de Tim Burton

Sollicité par la Warner pour une suite attendue, Tim Burton n’est pas trop chaud… Sauf s’il en est le producteur. Voilà qui lui donnerait une liberté créatrice. Celle qui lui a tant fait défaut sur le premier opus. Il faut que la suite dépasse en tout points le film de 1989 et les scénaristes voient grands : Catwoman, le Pingouin et Max Shreck face à Batman. Tim Burton décide enfin de s’intéresser au personnage de Batman. D’entrer plus encore dans sa psyché en détaillant enfin son côté obscur, solitaire et schizophrénique. Le but est de le montrer aussi désorienté que les méchants qu’il affronte.

Le casting est de grande qualité. Michelle Pfeiffer campera une Selina « Catwoman » Kyle sexy et féministe au possible, toute de cuir vêtue. Danny DeVito était le seul choix de Burton dans le rôle de Oswald Cobblepot. Parce que le seul « capable de rendre acceptable l’épouvantable ». Christopher Walken campant, à travers son curieux regard, un vrai méchant.

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Michelle Pfeiffer
Le défi va plus loin

Le film est beaucoup plus maitrisé dans le scénario que le premier. En effet, le Joker apparait presque fade comparé à ceux de cette suite. Parce que le Pingouin et Catwoman ont la faveur de Burton. Car ils sont des humains rejetés, trahis. Parce qu'ils sont les « méchants » par défauts. Parce qu'ils sont les déchets de Gotham et que tous deux attendent leur heure pour prendre leur revanche sur leur destinée.

Leurs scènes respectives sont magnifiques en tout points. Celle du pré-générique du cousin d'Oswald, accompagnée de la musique de Danny Elfman. Ou bien encore celle de la renaissance de Selina Kyle (morte-vivante parmi les chats). Celle du Pingouin dans les égouts de Gotham entouré de ses sbires (des animatronics et de vrais pingouins armés).

Bref, tout participe à faire du film un sommet de moments d’anthologie. Avant tout, les personnages vivent tous une descente aux enfers dans un Gotham en pleine période de Noël. En fin de compte, la psychologie de Batman le pousse-t-il presque à se rapprocher de Catwoman ! Au point de devenir à son tout un anti-héros.

Cette suite apparait plus moderne et moins « BDisée » que son prédécesseur. A première vue, les images de Burton tiennent mieux la route. Aussi, le plaisir n’en est-il que plus grand. Pourtant, à la sortie du film, les spectateurs sont désarçonnés par ce qu’ils découvrent. Eux qui s’attendaient à de l’action non-stop se retrouvent à décrypter la psyché et la folie de personnages. Quant à l’accueil des critiques, il est plus que tiède. Le film ne remporte que 40 % de ce qu’avait remporté son prédécesseur. Cependant, Tim Burton s’en moque ! Il a réussi son défi. Parce que cette suite lui ressemble dans ses obsessions.

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Danny DeVito
Que reste-t-il des deux films de Tim Burton ?

Comme évoqué précédemment, Christopher Nolan est passé par là avec sa trilogie consacrée à "The Dark Knight". A l'évidence, la comparaison est inévitable. Mais est-elle pertinente ? Parce que Christopher Nolan aura eu plus de temps (3 films) pour exposer sa vision de Batman. Mais aussi encore plus de moyens pour réaliser ses films. C'est pourquoi, aujourd’hui (mais cela n’engage que moi), la version de Nolan tient-elle plus la route que celle de Tim Burton. Toutefois, en prolongeant, dans sa globalité, l'ambition du second.

Le spectateur de 2022 trouvera surement un peu kitch et théâtral l’original de 1989. Le Joker de Heath Ledger a bien plus de charisme et de folie que celui de Nicholson. Christopher Nolan tient compte d’une certaine réalité que balaie Tim Burton dans sa vision de Gotham City. Les méchants de Nolan veulent conquérir le monde. Ceux de Burton veulent se venger d’une ville. On pourrait de même rajouter le travail de Zack Snyder sur le personnage. Tout comme son intégration dans l’univers des DC Comics.

Ceux qui apprécient le diptyque de Burton le regardent plus comme une époque passée et révolue. Celle des VHS qu’on allait louer le week-end lors des sorties en vidéo-club. Celle des magazines de fan de cinéma (Mad Movie, Starfix) qu’on lisait et qu’on découpait pour en conserver les reportages et photos qu’on collait dans nos cahier. Celle des posters qu’on affichait dans nos chambres. Comme une douce nostalgie, n'est-ce pas ?

Et voici The Batman en 2022

Le "Batman" de Matt Reeves, qui est sorti le 2 mars dernier, semble être d’une noirceur absolue. Telle une mise en abime d’un héros devenant un anti-héros (déjà à l’oeuvre dans "Batman : Le défi", il faut le souligner). Il effacera surement un peu plus les deux films qui font l’objet de cet article. Toutefois, ce que ne retireront jamais les films qui ont suivi l’oeuvre de Burton, c’est qu’ils resteront à jamais les premiers à avoir démocratisé Batman après Superman. Ils auront eu l’audace de faire renaitre le personnage. De lui donner un visage plus noir que la série originale des années 60. Et çà, c'est important !

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