25 octobre 2020
Classics

Beau-Père : Dangereuse sous tous rapports

Par Dorothée Durand

Le 16 septembre 1981 sortait "Beau-père", deuxième film adapté d’un roman par Bertrand Blier. Le premier étant "Les Valseuses". "Beau-père" avait été présenté au Festival de Cannes en Mai 1981. C’est la troisième collaboration de Patrick Dewaere avec Blier, celui-ci l’ayant dirigé deux ans plus tôt dans "Préparez vos mouchoirs". Sophie Marceau avait été pressentie pour le rôle de Marion, mais le déclina au dernier moment. C’est donc la jeune comédienne Ariel Besse qui jouera Marion et ce sera sa première apparition à l’écran.

"Beau-père" débute sur un monologue où nous découvrons le personnage de Rémi, pianiste mélancolique, fauché (incarné par Patrick Dewaere). Celui-ci fait le bilan de sa vie. Il la partage alors sa vie avec la mère de Marion (Nicole Garcia), une femme lassée de sa relation de couple. La mère de Marion meurt soudainement dans un accident de voiture. La jeune adolescente fait face à un père démissionnaire (Maurice Ronet) qui n’assume pas ses responsabilités parentales. Elle choisit de vivre sous le même toit que son beau-père qui l’a élevée et choyée et pour qui elle éprouve une forte attirance. La jeune Marion, avec toute sa fragilité et sa pureté d’adolescente, tente maladroitement de séduire son beau-père en le complimentant sur sa personne. Elle souhaiterait devenir à ses yeux une vraie femme...

S’installe alors, entre nos deux protagonistes, un jeu de séduction par lequel la jeune fille espère faire céder l’homme qu’elle convoite depuis son enfance. Rémi, tout d’abord réticent aux avances inattendue de Marion, réaffirme sa place d’adulte, puis de beau-père à maintes reprises sans obtenir l’effet escompté. Il se sent désemparé. La jeune femme entend bien parvenir à ses fins. Remi, déboussolé et lui-même perdu, se refuse à Marion puis finit par céder à ses avances. Ce sont là les prémices timides d’une grande histoire d’amour entre ces deux êtres.

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"Beau-père" appartient de fait à une catégorie de film plus que sensible. Lors de sa sortie il fut interdit aux moins de 13 ans. L’affiche racoleuse de l’époque avait notamment fait polémique. Cependant, ce long-métrage remporte un certain succès grâce à l’interprétation magistrale de Patrick Dewaere et à la scène d’ouverture où le comédien prononce son monologue sur fond d'une musique composée par Philippe Sarde. Patrick Dewaere est touchant dans ce rôle de paumé qu’il incarne avec brio sans pour autant tomber dans le mélodrame. Quant à la justesse du jeu de la jeune Arielle Besse, elle est étonnante voire déconcertante.

C’est un des derniers grands succès du comédien, dans la lignée de ses films précédents "Un mauvais fils", "Série noire" et "Hôtel des Amériques". Patrick Dewaere nous offre avec "Beau-père" une de ses plus belles interprétations. Le réalisateur Bertrand Blier écrivit ce rôle spécialement pour lui. Ce fut malheureusement l’une de ses dernières apparitions puisqu’il se donnera la mort 10 mois plus tard. Maurice Ronet est, lui aussi, tout aussi admirable dans ce rôle de père absent dans la vie de sa fille Marion.

Le sujet principal du film est traité avec beaucoup de pudeur par le réalisateur. Presque 40 ans après sa sortie, "Beau-père" demeure l’un des chefs d’œuvre de Bertrand Blier et avant tout un classique du cinéma français. Un scénario original pour un film rare et pur, comme on n’en fait plus aujourd'hui...

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