16 octobre 2021
Classics

Black Rain : Polar et yakusas

Par Yann Vichery

En 1989, Ridley Scott a déjà tout vécu : impressionnant dès son premier long métrage, en 1977, "Les Duellistes", il acquiert un vrai statut grâce à "Alien". Attendu au tournant, il tourne "Blade Runner", en 1981, qui mettra quelques années avant de devenir l’un des monstres de la SF (à sa sortie, le film est un échec). Il fait ensuite (presque) débuter Tom Cruise dans "Legend", en style Heroic-Fantasy pas si mal (inoubliable Tim « Darkness » Curry), puis réalise l’oubliable "Traquée".

La carrière de Scott oscillera désormais, jusqu’à aujourd’hui, entre le bon ("Gladiator", "American Gangster", "Seul sur Mars") et le moins bon ("Exodus : Gods and Kings", "Alien : Covenant") et elle fait encore débat aujourd'hui sur son statut (ou non) d’auteur. Alors, que dire de "Black Rain", 5ème film de Ridley Scott, sorti en 1989, et disponible en Bluray ce 7 juillet (dans une édition proposée par ESC Distribution pour Paramount Pictures avec un visuel final d'une facture bien trop modeste, il faut le souligner) ?


"Black Rain" se découvre justement dès son affiche originale, superbe : une silhouette noire avançant dans un décor d’usine entouré de brouillard. Voilà qui rappelle furieusement "Blade Runner" à première vue. Et ce n’est pas pour rien d’ailleurs puisque Ridley Scott (pur produit de la pub) est plus un créateur de formes qu’un simple réalisateur. Il aime explorer (tout comme son frère, le regretté Tony Scott) de nouvelles approches cinématographiques. "Black Rain" est donc un « super Ridley » avec des personnages bétons, une histoire prenante et un style visuel à couper le souffle assez rare dans le monde du polar des années 8O.

Michael Douglas y incarne un flic coriace originaire de New York, traqué par la police des polices pour des suspicions de corruption. Il neutralise Sato, un chef yakuza, et se voit confier, avec son coéquipier (Andy Garcia), la tâche de l’escorter au Japon pour le remettre à la police locale. Sato s’échappera et, guidé par un inspecteur japonais (Ken Takakura), ils devront partir à sa recherche afin de le neutraliser.

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Andy Garcia et Michael Douglas

L’intrigue est simple et connue, mais Ridley Scott en tire un film magistral en tout point. Il embarque sa production à Osaka, ville industrielle japonaise du futur par excellence, et la filmera avec talent comme dans "Blade Runner" dont on retrouve sans trucages, les décors à néons, les ruelles humides de la nuit et la vie grouillante de gens, vivant sans dessus dessous. Certains plans resteront : un camion qui déboule derrière Michael Douglas en pleine poursuite, l’attente dans les rizières, les plans de motos lors de l’attaque dans les rues désertes.

D’un polar simple, Scott développe une métaphore sur la fraternité et la rédemption à travers des personnages très travaillés. Celui de Michael Douglas est présenté comme un casse-cou impliqué dans une histoire de corruption. Ses méthodes de dur à cuir lui permettront de venir à bout du caïd moderne et, tel Rick Deckard, on le voit déambuler dans les rues d’Osaka, à la poursuite de Sato. Il sera accompagné, dans l’enquête, de son double positif, un flic intègre très à cheval sur les principes de loyauté et de respect, Matsumoto, incarné avec classe par Ken Takakura.

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Ken Takakura

L’enjeu de l’enquête et du film est donc de permettre au personnage de Michael Douglas, par l’intermédiaire de Matsumoto et de ses principes de vie, de se laver de la corruption afin d’acquérir une nouvelle « identité » digne des codes des samouraïs vu dans le cinéma de Kurosawa par exemple. On pourra aussi penser au film "Yakuza", réalisé par Sydney Pollack, en 1975, dont Ken Takakura constitue une sorte de point d'union.

"Black Rain" peut au final se voir comme une version réaliste de "Blade Runner", un film qui questionne sur le sens du devoir, de la loyauté envers des principes bien établis et tourné avec l’efficacité d’un polar noir. Ridley Scott en fait un voyage initiatique d’une grande beauté graphique, peuplé de personnages fascinants qui nous entrainent en enfer malgré la rédemption finale.

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