Classics

Blade Runner : L’âme humaine dans une machine

Par Pierre Delarra

« Do androïds Dream of Electric Sheep », alias "Blade Runner" (que l'on peut voir et/ou revoir actuellement sur Netflix). Tel est le titre original du roman de Philip K.Dick, à la fois énigmatique, prophétique et irrévérencieux.

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Un policier, enquêteur à la recherche des âmes humaines confronté à la douleur des machines ; Rick Deckard est un pisteur, celui qui cherche sans jamais abandonner ; c’est un flic qui est de bonne foi, aussi ferme qu’inflexible il doit retirer les clones humanoïdes de sa cité. Surpris par cette recherche il se confronte à son propre double, lui-même ; aussi humanoïde que machine. Deckard, involontairement passionné par sa quête, devient mutique face à cette nouvelle réalité. Cet Homme-Machine est alors enclin aux doutes, ce sentiment coupable de la plus grande des mélancolies, de la solitude qui frôle toujours la mort sans y parvenir, toujours juste à côté.

C’est bien là cette vision proche de Charles Beaudelaire, cet état de Spleen mais aussi et surtout d’un idéal malencontreux. C’est bien cette idée qui guide Rick Deckard dans un renoncement sans cesse renouvelé, un moment stoppé par l’amour de Rachel, elle aussi issue du démiurge Eldon Tyrell, maître du tout, de tous ; aveuglé par lui-même. L’idée est bien là, un traquenard de policier enivré par cette pluie qui ne pourra jamais cesser sauf peut être interrompue par le vol d’une colombe imaginaire.

L’autre imaginaire, celui de Roy Batty qui imagine sa propre conscience et devient par là tout aussi humain ; ces réplicants veulent eux aussi se souvenir et avoir des soubresauts de mémoires afin de bannir ce que l’on appelle alors implants. La vérité est sans nulle doute celle d’avoir ses propres rêves à l’instar de Rachel qui rêve d’elle-même en petite fille s’étonnant qu’une araignée puisse la piquer.


« Tous ces moments se perdront dans l’oubli comme les larmes dans la pluie. », « Il est temps de mourir » nous apprend Roy, le plus méchant, celui qui a été fait pour donner la mort et qui à la fin renonce à cette funeste destinée pour laisser vie à Deckard. "Blade Runner" est un hymne à la vie et à la conscience, le Cogito de nos âmes, alors seront nous un jour plus humains que les humains, peut être… Ridley Scott et ses scénaristes abordent fort bien notre vie et notre être intérieur : l’empathie et la compassion comme une certitude au profit du spectateur. Les anges déchus des « Off Worlds » nous promettent et nous gardent des plus grands précipices humains.

Deckard (magistralement interprété par Harrison Ford) est Philippe Marlow, il trouve une nouvelle question à celle qui ne peut résoudre, sa propre conscience, ce jeu de question répondra toujours à un autre telle des poupées gigognes tirées vers l’infini. L’origami, la Licorne chère à Ridley Scott, celui de Gaff ; prend alors toute sa résonance et sa raison. Le Blade Runner aura enfin trouvé sa proie, lui-même et qui sait jusqu’en 2049. Mais oublions tout ceci. Nous sommes en 2019 et, une fois n’est pas coutume, il pleut.

A vos sodas, pop-corn et bonne projection !

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