Classics

Carnage : Vendredi braises

Par Pierre Tognetti

Rassurez-vous, "Carnage" (sorti en France le 28 Avril 1980), le titre de cette réalisation n’est pas une macabre allégorie en rapport avec notre actualité, mon second degré ayant ses limites que les gestes barrières m’imposent. Tout juste pourriez-vous entrevoir un petit clin d’œil malicieux vers ceux qui nous traitent de vieux passéistes dès qu’il s’agit de dépoussiérer de la VHS. Je n’avais pas vingt aux temps bénies des magnétoscopes, mais je ne m’aventurerai pas pour autant à faire vibrer ma glande nostalgique en mode « c’était mieux avant ». Non, pas mon truc.

Pourtant ce qui est certain, c’est qu’à cette époque on bougeait nos culs de nos canapés pour courir (oui, on courait !) chez le loueur du coin, ou l’on échangeait de vive voix nos points de vues à propos de nos visionnages passés avant de repartir avec un ou plusieurs autre(s) boitier(s) sous le bras. En ces temps lointains, nous communiquions avec nos propres langages (et accents), plus ou moins persuasifs, mais c’était d’hommes à hommes, voire à femmes. Je dis ça, je ne dis rien…encore moins que c’était mieux avant. Même sans masques…    
  
Pour revenir à "Carnage", remontons pour cela au tout début de ces fameuses eighties, qui sont aux amoureux du cinéma Bis ce que le streaming et la communication non verbale sont au vingt-et-unième 21 siècle (deuxième léger clignement de paupière). Dans cette décennie incroyablement féconde, la probabilité de croiser dans ton vidéoclub un pote te tendant une K7  tout en mimant des scènes avec de grandes gestes très explicites (le pote des 80’s était très explicite- troisième clignement de paupière) pour partager son enthousiasme, était aussi probable que de recevoir un simple smiley en guise de réponse à celui à qui tu envoies un sms post visionnage.

Les titres les plus mimés tournaient le plus souvent autour d’histoires mettant en scène un « psycho killer », nom de baptême du « sérial killer » en ces temps lointains. Moins sexy, j’en conviens, tout comme celui du magnétoscope, ou de son ancêtre Betamax, véritable barbarisme lexical accolé au glamour d’un lecteur Blu-ray ou d’une connexion ADSL. Surtout si je vous rajoutai que, comble de l’inélégance, on ne glissait pas délicatement une galette dans la fente, ni ne naviguions avec sur l’interface de nos chaines satellites, mais qu’on enfournait brutalement la boite rectangle dans un appareil a l’esthétique grossière, et très bruyant. Et ces ancêtres du visionnage at home étaient tellement maltraités par nos gestes d’ado surexcités, qu’ils leurs arrivaient de grincer parfois jusqu’à l’incendie.

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En parlant de feu (notez la subtilité de la transition) c’est justement par les flammes que sera châtié le gardien de ce camp d’été. Un « Carnage » qui surfe sur la mouvance de la « Friday thirtesploitation » intronisée un an plus tôt par le métrage de Sean S. Cunningham dont il va s’avérer un parfait ersatz, pour ne pas dire un magnfique pompage. On ne peut pas vraiment dire que son réalisateur Tony Maylan va prendre des gants, même ignifugés, pour l’histoire de ce meurtrier revanchard. La formule reste la même que dans l’histoire de ce gamin noyé a Crystal lake, juste que du côté de l’élément du châtiment c’est donc le feu qui remplace l’eau. Un pauvre gars employé dans un camp de vacances, va se faire saisir (tourne et retourne…) pendant son sommeil, victime d’une blague potache par les ados. Après cinq ans d’hospitalisation, au service des grands brûlés (vous vous doutiez bien que ce n’était pas pour une coloscopie !) le gars revient pour se venger.

Comme pour son modèle, la formule déjà simpliste est dupliquée, avec par contre un plus grand nombre de protagonistes, histoire de livrer beaucoup plus de meurtres, et donc d’hémoglobine. En ces temps prolifiques du cinéma d’exploitation on ne peut pas dire que les scénaristes brillaient par leur inventivité. Les œuvres séminales n’étant pas toujours des sommets d’écriture, je vous laisse en imaginer les décalques, le modèle "Vendredi 13" n’échappant pas à ce postulat.

Dès l’intro de "Carnage", on est donc confrontés à des codes visuels se voulant parfaitement et rapidement identifiables, histoire de ne pas se tromper avec un "Gorge profonde" ou "Un sexe qui parle", autre genre très en vogue a cette période. Et la suite ne va pas amener grand-chose de bien nouveau au film de Cunningham a part une variation du côté de l’arme du tueur, et des meurtres nettement plus démonstratifs, mais avec encore ce bon vieux Tom Savini (mais jeune a cette époque) aux effets spéciaux, en guise de parfait fil (très) rouge.

N’allez pas pour autant penser que "Carnage" soit, au contraire d’une grande partie de la mouvance actuelle de l’horror movie, chiant et soporifique (énième clignement). Bien que le réal passe plus de la moitié de son métrage à suivre les pérégrinations classiques des ados, qui comme vous pourriez vous en doutez trouvent leur principal centre d’intérêt dans la fornication, et que cette partie s’avère rapidement redondante pour ne pas dire particulièrement ennuyeuse. C’est au moins l’occasion de passer par l’obligatoire case nudie’s, et d’admirer quelques jolies naïades dans leur plus simple appareil.

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Car dans la formule Bis c’était des seins (à minima) et des meurtres, si possible bien sanguinolents (les meurtres !). Et on peut dire que si c’est un peu soft pour le premier point, on va en avoir pour notre argent pour le deuxième. Savini va réaliser des prouesses visuelles et nous proposer une série de doigts et de bras sectionnés, de gorges ouvertes (et profondément…), d’empalement au sécateur, le tout surpassant haut le moignon ce que l’on avait pu voir jusqu’alors. Et le sang va gicler abondamment sous les coups brutaux d’un psycho killer (on ne disait toujours pas « serial killer », même à ce moment du papier…) dont on ne connaît pas vraiment grand-chose, et qu’au fond on se fout aussi royalement de savoir pour quelle raisons les ados lui ont fait cette blague, par définition l’ado étant de toutes les façons (et a toutes les époques) très con (note d’une ancien ado).  Il s’est fait  cramer, mais comme c’est un dur à cuire (…), il revient hanter le site, et seules comptent les malversations de sa campagne vengeresse.

La rapidité et la violence de ses attaques dans "Carnage" vont s’avérer d’autant plus jouissives qu’elles surviennent brutalement alors que l’on commençait à regarder notre Seiko a quartz (pas sexy non plus ça…), l’ennuie nous guettant de plus en plus fortement à voir batifoler ces ados à la caractérisation très poussive avec le bellâtre, le sportif, l’intello etc. Et tous aussi naïfs, que cupides, qu’a l’intérêt très subsidiaire. Les meurtres sont bien plus nombreux que dans "Vendredi 13", et prendront fin dans l’antre du tueur, une mine dissimulée derrière un mur de tôle. Un épilogue particulièrement réussi visuellement, très hardcore et surtout interdisant toute possibilité de suite, que ce "Carnage" n’aura d’ailleurs pas.

Les acteurs, à l’exception de Jason Alexander ("Mosquito Coast" avec Harrison Ford, "L'Échelle de Jacob", "L'Amour extra-large") ou à un degré (bien) moindre Leah Ayres ("Bloodsport", "The Player"), ne feront pas une grande carrière, pas plus que Tony Maylam derrière la caméra. Mais son histoire de tueur en série revanchard reste un très bel exemplaire de ce qu’on pouvait voir de typique dans les 80’s ; et même presque quarante ans plus tard le truc fonctionne encore très bien (ce que vous pouvez vérifier grâce a quelques récentes rééditions re mastérisées), en grand partie grâce à l’ingéniosité de Tom Savini, qui deviendra un des maîtres des effets spéciaux old school, le roi du latex, matériau habituellement réservé à d’autres fins. Bien que, quand on voit la tronche du tueur…

A découvrir absolument, histoire de vous donner un bel exemplaire de ce à quoi ressemblait, a cette époque, la production en mode psycho killer (…toujours pas), sans passer par la case outrageusement passéiste. Et comme nous n’avons aucune chance de se croiser au vidéo-club du coin, (transformé depuis en supérette), pour vous « mimer les scènes avec de grandes gestes très explicites », vous pouvez toujours me signifier votre ressenti depuis votre PC, avec un petit pouce bleu sous cette chronique. Et pensez à bien vous laver les mains après. Et oui, ce n’était peut-être pas mieux avant, mais ça contaminait moins (ultime mais majestueux battement de paupières !)...

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