26 février 2021
Classics

Cartouche : Bébel se déchaîne

Par Christophe Dordain

Bagarreur mais charmeur et avec un grand cœur, Cartouche vole la paye du régiment où il avait été enrôlé avec La Douceur et La Taupe, et, accompagnés de la charmante Vénus, ils arrivent à Paris où ils vont prendre le contrôle de la bande de Malichot. Ils détroussent les riches et les puissants avec une certaine bonne humeur, jusqu'à ce que Cartouche tombe amoureux de la femme du Lieutenant général de police, ce qui va lui faire prendre des risques de plus en plus grands... Un jour, lors d'une embuscade, Vénus se sacrifie pour sauver Cartouche et, après son enterrement, il décide avec sa bande de la venger...

Bandit populaire à l'époque de la Régence, Cartouche aura connu une légende quasi posthume et c'est en s'appuyant sur cette légende, quelque peu embellie il est vrai, que les auteurs du film ont brodé ces passionnantes aventures interprétées par un Belmondo alors à l'aube de sa carrière de cascadeur pour le plus grand bonheur du public. Sous ces dehors de bandit de grand chemin, Cartouche peut-être vu comme une sorte d'anarchiste d'avant l'heure, une curieuse réminiscence du personnage joué par Belmondo dans "A bout de souffle" quelques années auparavant. Homme sans morale, vivant au jour le jour, voltigeant de femme en femme, Cartouche peut également faire penser au Fanfan-la-Tulipe version Gérard Philippe.

Pour dynamiser ce film, qui ne manque pas de changements de ton et de rythme, alternant étonnamment entre comédie et romantisme parfois noir (la séquence de la bataille, clou du film, est d'une étonnante brutalité pour l'époque quoique tempérée par des pointes d'humour bienvenues), il fallait de solides scènes d'action et de convoquer, pour les mettre en images, avec efficacité et élégance, la crème des plus fins bretteurs du cinéma français de l'époque : Claude Carliez et sa formidable bande de cascadeurs dont Raoul Billerey, Henri Guéguan, Rico Lopez, Billy Callaway et Antoine Baud pour n'en citer que quelques uns.

cartouche-film-2
Et que serait un film avec Belmondo sans l'apport significatif de qui l'entoure ? Claudia Cardinale, Jean Rochefort, Jess Hahn, Marcel Dalio, Noël Rocquevert (tiens ! Fanfan-la-Tulipe...) et tant d'autres tiennent la dragée haute au jeune Belmondo et son impertinence. Toutes et tous profitent d'une mise en scène colorée et tonique d'un Philippe de Broca dont le travail final arrive presque au niveau d'un Michael Curtiz de la grande époque (celle d'Errol Flynn et d'Olivia de Havilland).

Soin apportée à l'image (avec le concours de Christian Matras à la photographie), récit mené avec une maîtrise confirmée, séquences d'action souvent amusantes et très bien chorégraphiées et, at last but not least, une partition musicale signée Georges Delerue ! A ce sujet, Philippe de Broca connaîtra mille difficultés pour pour imposer le compositeur : "j’ai dû batailler ferme contre Mnouchkine. J’ai fini par avoir gain de cause, à l’usure. Delerue a merveilleusement réussi la partition de "Cartouche" et, à partir de là, Mnouchkine n’a plus juré que par lui. »

Ouvrant un cycle de trois films que Belmondo et De Broca tourneront ensemble dans les années 60 (avec "L'homme de Rio" et "Les tribulations d'un chinois en Chine", "Cartouche" est-il devenu un classique qui aura su résister aux ravages du temps ? A l'évidence oui ! "Cartouche" est à voir et/ou à revoir en ce mois de décembre sur Ciné + Famiz.

ça peut vous interesser

Don Medford : Biographie

Rédaction

Lupin : Loupé !

Rédaction

Bernard L. Kowalski : Biographie

Rédaction