Classics

Casque d’or de Jacques Becker

Par Pierre Delarra

Sorti en 1952, "Casque d’Or" est une tragédie de la belle époque guidée par la mélancolie. Le film raconte l’histoire vraie d’Amélie Elie, une prostituée surnommée « Casque d’Or » à la chevelure blonde irradiante. Celle d’un amour impossible marqué par le destin que portent Simone Signoret et Serge Reggiani. Le récit résulte des divergences au sein du clan « les Apaches », nom donné par la façon de se coiffer des « hommes » du milieu de l’époque. S’opposent alors Leca (Claude Dauphin) et Manda (Serge Reggiani), de cette rencontre naît une sombre affaire de dignité révélée par la belle fille de joie nommée « Casque d’Or ».

Cette affaire fait la une de la presse d’alors « Ce sont là des mœurs d’Apaches, du Far West, indignes de notre civilisation. Pendant une demi-heure, en plein Paris, deux bandes rivales se sont battues pour une fille des fortifs, une blonde au haut chignon, coiffé à la chien ! » dixit le journaliste du « Petit Journal ». Les deux hommes seront jugés et condamnés aux travaux forcés et au bagne. Jacques Becker modifiera cette issue par le meurtre de Leca par Manda. Ce dernier sera alors condamné à mort par décapitation sous les yeux éperdus de « Casque D’Or ».

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Jacques Becker est un élève turbulent qui préfère découvrir les films muets sur les Grands Boulevards plutôt que d’aller au lycée. Adolescent, Il fait connaissance de son ainé Jean Renoir par l’intermédiaire de la famille Cézanne ! Jean Renoir fera de lui son assistant sur "La Nuit du Carrefour" collaboration riche de nombreux films à venir resserrant les liens affectifs entre les deux réalisateurs.

Dès lors les films de Jacques Becker se focalisent très vite vers la gente féminine avec les films "Antoine et Antoinette" (1947), "Rendez-vous de Juillet" (1949), "Edouard et Caroline" (1960), "Rue de l’Estrapade" (1952), "Casque d’Or " (1952) ou "Touchez pas au Grisbi" en 1963. Lors de ces années, il est l’un des cinéaste digne représentant du « cinéma de qualité à la française », cette idée d’un cinéma de convention et de studio. Paradoxalement il trouvera grâce aux yeux des « Cahiers du Cinéma » des Truffaut, Rivette ou Chabrol, les jeunes loups de la naissante Nouvelle Vague.

"Casque d'Or" connait un échec commercial, le public jugeant comme une bleuette cette histoire d’amour. Il se tournera alors vers un registre plus sombre et psychologiquement plus personnel avec son dernier film "Le Trou" récit captivant et minutieux d’une évasion ratée inspirée de faits réels. Le réalisateur meurt soudainement pendant le tournage, le film sera alors célébré par la critique mais boudé par le public. Jacques Becker, avec treize films, de 1937 à 1960, marque indéniablement le cinéma français. 

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"Casque D’Or" réunit, outre un casting des plus prestigieux, deux techniciens hors pairs : Jean d’Eaubonne tout d’abord, il en est le chef-décorateur. Son incroyable carrière s’étend sur plus de cent films ; il a notamment travaillé avec Jean Cocteau, Max Ophuls, Christian Jacques, Georges Lautner sans oublier ses amis américain : Nicolas Ray, Richard Fleischer, Vincente Minnelli ou Stanley Donnen.

Et que dire de Marguerite Renoir la cheffe monteuse, compagne de Jean Renoir durant les années trente. Incroyable couple de la mythique "Partie de Campagne" qui annonce la naissance et les désillusions du Front Populaire de 1936. Véritable fer de lance du Parti Communiste Français accompagné de son mari Jean Renoir et de Maurice Thorez ! A son actif plus de 55 films, la majeure partie des films de Jean Renoir de 1929, "Le Bled", à 1939, "La Règle du Jeu". A partir de 1940 elle devient la cheffe monteuse de la presque totalité des films de Jacques Becker puis dans les années 50 elle travaillera également avec Luis Bunel et puis régulièrement avec Jean Pierre Mocky.

Les règles annoncées de Jacques Becker appellent celles de Jean Renoir, on quitte le conformisme par l’imprévisibilité du hasard de la rencontre, du hasard de la nécessité pour le trou de l’imprévu du caractère social. Manda et Marie, deux personnages qui appartiennent à deux mondes différents vont être attirés l’un par l’autre et créés par là même le drame et la tragédie. Du réalisme social né l’émergence poétique du sentiment amoureux. « Menuise, menuise » tombe alors comme un couperet qui amène les deux amants vers un amour expressément impossible.

Et n'oubliez pas ! Pendant les réclames « A vos chocorèves, esquimaux et bonne projection » !

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