16 juillet 2020
Classics

Cent mille dollars au soleil : Un western moderne

Par Jérémy Joly

En 1964, Henri Verneuil réalise « Cent mille dollars au soleil », l'adaptation d'un roman de Claude Veillot intitulé « Nous n'irons pas en Nigeria ». Quatre ans après le polar « Classe tous risques » de Claude Sautet, ce film marque les retrouvailles entre Lino Ventura et Jean-Paul Belmondo. Henri Verneuil a alors triomphé au cinéma avec plusieurs grands succès tels des films avec Fernandel (« Le Boulanger de Valorgue », « La Vache et le Prisonnier » ...), avec Jean Gabin (« Le Président ») ou encore avec les duos de deux générations, devenus cultes Gabin/Belmondo (« Un singe en hiver ») et Gabin/Delon (« Mélodie en sous-sol »).

Aux portes du désert, Castigliano dirige une entreprise de transports routiers. Hans a pour mission de conduire un chargement clandestin de cent mille dollars au cœur de l'Afrique. Mais l'apprenant, Rocco élimine le chauffeur, vole son véhicule et s'enfuit. Catigliano promet une forte récompense à Marec s'il récupère le camion. Une folle poursuite commence...

« Cent mille dollars au soleil » est un western moderne. Les camions ont remplacé les chevaux, le whisky est devenu de la bière et les grands canyons américains ont laissé place au désert africain. Nous retrouvons dans l'histoire un classique du western : deux hommes s'affrontent afin de récupérer un trésor. De plus, c'est un monde d'hommes où la femme est très peu présente, dans « Cent mille dollars au soleil », Andréa Parisy vient mettre un peu de charme féminin.

Ce film est un road-movie où les scènes de poursuite en camion sont toujours aussi spectaculaires, même après soixante ans. Il est difficile de ne pas associer ces scènes au chef d’œuvre « Le Salaire de la peur » d'Henri-Georges Clouzot sorti dix ans auparavant. La beauté des paysages désertiques est mise en valeur par la caméra d'Henri Verneuil. Bien sûr, comme tout western, cela se termine par un duel. Lino Ventura, ancien catcheur et Jean-Paul Belmondo ancien boxeur, s'affrontent dans une bagarre très drôle.



Bernard Blier, dans un rôle secondaire mais remarquable, est hilarant en chauffeur qui est obsédé par deux choses : les camions et les femmes. Il arrive toujours au bon moment pour venir dépanner le camion conduit par le personnage de Lino Ventura, dont il n'arrête pas de se moquer. Une scène de cuite dans un bar, bien qu'elle ne soit pas aussi culte que celle des « Tontons Flingueurs » l'année précédente, est tout de même mémorable.

Les dialogues de Michel Audiard sont une délicieuse mélodie pour les oreilles. Il avait cette capacité d'écrire pour des acteurs précis. C'est un régal d'entendre par exemple Belmondo dire « Dans la vie on partage toujours la merde, jamais le pognon. » ou Ventura : « Alors écoute-moi bien Rocco, voilà ce que je te propose : tu m'attends à Salem et on discute. On se fout sur la gueule ou on se met d'accord, mais dans les deux cas on économise du temps et de la fatigue ».



La superbe musique de Georges Delerue est digne d'un western. Il est connu pour avoir composé de très belles bandes originales comme celle du film « Le Mépris » de Jean-Luc Godard, une musique plutôt mélancolique. Mais il est aussi doué pour des musiques plus comiques et il le prouve dans « Cent mille dollars au soleil ». Le camion de Bernard Blier débarque de nulle part et vient secourir Lino Ventura plusieurs fois, créant un gag de répétition. La musique de Georges Delerue vient accentuer ce gag avec un thème léger. Ce qui fait que l'on sait tout de suite qu'il s'agit du camion de Bernard Blier, le sauveur qui n'hésitera pas à se moquer de la situation dans laquelle est empêtrée Lino Ventura.

« Cent mille dollars au soleil » remporte un énorme succès dans les salles avec trois millions et demi d'entrées au box-office. Henri Verneuil réalise par la suite avec Jean-Paul Belmodno les films « Week-end à Zuydcoot », « Le Casse », « Peur sur la ville », « Le Corps de mon ennemi », « Les Morfalous » et avec Lino Ventura le film « Le Clan des Siciliens ».

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