Classics

Cobra : You’re a Disease and I’m the Cure

Par Pierre Tognetti

Dans les années 80, aux Etats-Unis, on est encore très loin des ravages du Covid-19, mais c’est déjà un peu le bordel ! La preuve par les Chiffres, avec, en intro, ce terrifiant constat envoyé façon Enquête exclusive : "il y a un cambriolage toutes les 11 secondes, un vol à main armé toutes les 65 secondes, une agression toutes les 25 secondes, un meurtre toutes les 24 minutes et 250 viols par jour". Le décor est planté et n’invite ni à l’optimisme, ni à braver le couvre-feu. Bon, il est vrai que c’était aux states et, dans les années 80, une époque où les cousins Golan et Globus avaient toujours une solution expéditive quand il s’agissait de résoudre ce type de problème. Ça tombait plutôt bien, car c’est la Cannon qui produisit ce film !

« - il faut gagner un peu de temps si nous voulons maîtriser la situation. - Qui la maîtrisera ? - appelle Cobra ! »


Alors qu’un détraqué a pris les clients d’un super marché en otages, surgit soudain plein gaz, au volant de sa Mercury 1950 customisée, le lieutenant Cobretti, Cobra pour les intimes. « Il ne ressemble pas à tous ces m'as-tu-vu en cravate. En fait il a un style un peu rétro mais pour coincer tous ces maniaques il est champion. » Le style effectivement un peu vintage de ce super flic, en plus de sa caisse subtilement immatriculée « Awsom 50 » (« 50 génial », ce que j’aimerais m’écrire sur le front !), c’est un Levis moulant, Colt 1911 a la ceinture, chemise noire, veste trois quart, Rayban sur le nez et allumette au coin des lèvres.

D’accord, cette chronique a recours au placement de produits, mais je vous promets de partager une partie des royalties si les marques m’en versent, et si Trump ne détourne pas le virement !  En attendant, Cobra c’est Sylvester Stallone, devenu dans les 80’s un véritable label de l’action movie (je vous l’ai promis ! Si Trump…) et avec son poto Arnold Schwarzenegger, il règne en maitre sur le box-office. C’est un Sly ultra iconisé qui sort de son bolide, dans une caractérisation volontairement à la limite de la caricature, mis en scène par un George Pan Cosmatos qui connait bien son étalon pour l’avoir déjà dirigé un an plus tôt en super vétéran ("Rambo : First blood part II"). Et il va faire le ménage, avant de remplir une autre mission plus périlleuse.

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Pour notre plus grand plaisir d’amateur de Bisserie old school, le grec ne va pas faire dans la dentelle (ce n’est pas vraiment leur spécialité), même s’il fait appel à la suédoise Brigitte Nielsen. Si, en plus d’être la femme de Stallone à la ville, c’est une mannequin, on n’est quand même pas venu pour se taper un défilé de haute couture (ce n’est pas vraiment ma spécialité) ! Il y aura bien une séance de shooting sexy-pop, mais juste histoire de nous faire profiter opportunément des formes plantureuses de la belle blonde (qui, par contre, sont plutôt sa spécialité). Toutefois, pour le reste du métrage, on baigne dans le pur film d’exploitation « Cannonesque ».

La première partie prend un surprenant mais savoureux virage en mode slasher movie avec ces meurtres perpétrés par un gang d’activistes d’extrême-droite aux méthodes ultra violentes (doux pléonasme !). L’occasion de nous livrer une des meilleures scènes du film, ma préférée, avec cette traque très « Halloweenesque » au cours de laquelle le tueur prend l’allure d’un boogeyman au format XXL. Ce psychopathe de service c’est Brian Thompson, beau mastard d’un mètre quatre-vingt-dix, la mâchoire carrée et le corps bodybuildé : le parfait physique de l’emploi !

En se lançant avec sa meute de frappadingues à la recherche de la belle, qui a été témoin d’un de leurs meurtres, il est mal tombé car Pan Cosmatos va ressortir des placards toutes les panoplies de super-héros de Sly. Celle de Rocky pour décrocher quelques châtaignes et des répliques plein de vacuité, comme avec son acolyte Gonzalez et sa drague poussive : « - vous avez une bouée de sauvetage ? – Pourquoi ? - Ben vos frites vont se noyer (dans le ketchup !) ». Mais également celle de Rambo préparant méticuleusement son arsenal de guerre avant d’envoyer des kilos de pruneaux depuis son pick-up sur une horde de bikers à leurs trousses.

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Cobra joue au bodyguard et les cousins, rois du B-Movies, nous pondent une de leurs plus sympathiques pellicules grâce à une mise en scène très rythmée, sans temps mort. Un spectacle de tôles froissées, de roues voilées, d’explosions, de gunfights, de bastons, de sueur et de sang, jusqu’au final et son "brûlant" affrontement. George Pan Cosmatos utilise astucieusement l’image glamour du couple Stallone/ Nielsen, les deux tourtereaux n’hésitant pas du coup à en faire des tonnes.

Malgré son échec commercial, le public commençant à moins mordre à l’hameçon des recettes du genre, "Cobra" a toujours tenu, depuis sa découverte au cinoche à sa sortie, une place de choix dans mes nostalgiques descentes « adjust your tracking ». D’autant, qu’après cet énième visionnage, j’ai encore pu noter quelques savoureux détails comme cette flagrante similitude avec le "Terminator" de Cameron, à commencer par l’attitude mutique et robotisé du slasher night. Son incontestable ressemblance avec Big Arnold, juste quelques kilos de muscles en moins, les plans d’un Los Angeles interlope, la course-poursuite en voiture, la scène dans la fonderie avec le méchant carbonisé, etc. Des références plus ou moins furtives et/ou involontaires (j’ai du mal à y croire quand même !), mais qui finalement ne retirent en rien le plaisir de revoir un de ses films d’actions old school bien décérébré.

Bref, le genre de divertissement idéal dans la période que nous traversons. Et puis, de toute façon, avant c’était le boxon mais « c’est ici que la loi s’arrête et que moi… j’interviens ! » T’es vraiment trop fort Cobra ! Mais t’aurais pas plutôt un vaccin ?

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