29 juillet 2021
Classics

Courage fuyons : Éloge de la lâcheté

Par Jérémy Joly


En 1973 sort au cinéma le film « Salut l'artiste » qui rend hommage aux seconds rôles et aux figurants. Ce long-métrage marque le début de la collaboration d'un quatuor : l'acteur Jean Rochefort, le réalisateur Yves Robert, le scénariste Jean-Loup Dabadie et le compositeur Vladimir Cosma. Ensemble, ils vont travailler sur quatre autres films : « Un éléphant ça trompe énormément » (1976), « Nous irons tous au Paradis » (1977), « Le Bal des casse-pieds » (1991) et enfin « Courage fuyons » (1979). Ce dernier débute par une citation de Jules Renard : « N'écoutant que son courage, qui ne lui disait rien, il se garda d'intervenir. »

Affiche-Courage-fuyons

Quand Jean rencontre Catherine
Jean Rochefort interprète Martin Belhomme, un personnage dans la lignée de celui d’Étienne Dorsay dans « Un éléphant ça trompe énormément » et « Nous irons tous au Paradis ». Légèrement timide, la vue d’une jolie femme le trouble et multiplie sa maladresse. Mais Martin Belhomme, contrairement à Étienne Dorsay, est pris d’une peur maladive quasi infantile. Une porte qui claque provoque chez lui un sursaut. Cette peur le pousse vers une lâcheté extrême. Par exemple, lorsqu’il décide de quitter son épouvantable épouse, il part en pleine nuit sans même laisser un mot. Il est dépassé par les événements de mai 68 et ne prend aucune position.

Lors d’une manifestation, voulant échapper à une bagarre, il se retrouve obligé de détruire sa propre voiture. Un jour, il rencontre Eva, jouée par Catherine Deneuve. Il a le coup de foudre pour cette femme qui lui paraît être inaccessible. Sa beauté emmène Martin dans des situations comiques qu’il tente tant bien que mal de maîtriser, comme conduire une moto pour la charmer alors qu’il n’a visiblement pas son permis. La maladresse de Martin finit par être un atout de séduction et Eva tombe sous son charme. C’est malheureusement le seul film qui réunit Jean Rochefort et Catherine Deneuve qui forment un beau couple au cinéma.

Une écriture à quatre mains
Après « Un éléphant ça trompe énormément », Yves Robert et Jean-Loup Dabadie continuent d’explorer les relations amoureuses et plus particulièrement le thème de l’infidélité. Dans ces deux histoires, l’homme est toujours lâche et préfère plonger dans le mensonge et les subterfuges plutôt que de devoir affronter les disputes en disant la vérité. Après un séjour romantique à Amsterdam, Martin revient au domicile conjugal feignant une amnésie pour expliquer sa disparition.

Par amour, le personnage masculin principal est capable d’aller dans des folies aberrantes tandis que les femmes sont souvent fortes et libres. Dans « Courage fuyons », certaines scènes sont particulièrement drôles comme celle se déroulant à l’aéroport. Eva demande à Martin d’aller renauder un homme qui la regarde avec insistance. Sous le regard d’Eva, Martin s’exécute avec des gestes qui paraissent au loin menaçants, mais avec des paroles futiles comme « Vous auriez l’heure s’il vous plaît ? ».

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Les dialogues de Jean-Loup Dabadie
Dans les couloirs d’un hôtel, Jean Rochefort en peignoir et fumant une cigarette, regarde les spectateurs à travers la caméra. Sa voix reconnaissable entre mille est en off. Durant tout le film, il se livre au public, créant avec lui une intimité forte, au point de devenir pour ce personnage principal un confident. Martin Belhomme s’ouvre sur son passé, ses angoisses et ses envies. Il est donc impossible de ne pas s’attacher à ce personnage. Jean-Loup Dabadie a écrit les dialogues avec certaines répliques succulentes comme « Suis-je en train de toucher le fond, ou atteins-je mon sommet ? », « Non bien sûr nous n’étions pas les seuls, mais nous étions uniques, comme les autres » ou encore « Car on ne vit qu’une fois… et encore ! ».


La musique de Vladimir Cosma
Vladimir Cosma a composé les bandes originales de nombreux films pour le cinéma et la télévision. Il est célèbre pour les partitions des films comiques du cinéma français des années 70 et 80 comme « Les Aventures de Rabbi Jacob », « Le Grand Blond avec une chaussure noire » ou encore « L’As des as ». Vladimir Cosma a la capacité de composer des musiques aux styles variés et il le prouve dans « Courage fuyons ». Tout d’abord, il y a le thème principal à la guitare manouche, interprété par Philip Catherine. Cela colle parfaitement avec l’histoire de cet homme qui décide de sortir de sa routine pour vivre une grande aventure amoureuse.

Pour accompagner des actualités anciennes, Vladimir Cosma reprend une musique burlesque du film « Les Temps modernes » de Charlie Chaplin. Dans une scène de cabaret, Catherine Deneuve chante elle-même une chanson en anglais intitulée « Lady Amsterdam ». Jean Rochefort pousse également la chansonnette accompagnée par un piano. Enfin, dans une scène bien alcoolisée, Martin Belhomme s’évade dans un concert imaginaire purement jazz.

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Yves Robert, Catherine Deneuve et Jean Rochefort sur le tournage du film "Courage fuyons".
Le cinéma d'Yves Robert
Depuis 1961 avec « La Guerre des boutons », Yves Robert enchaîne les succès avec des comédies populaires. Après « Courage fuyons », il réalise « Le Jumeau » mettant en scène Pierre Richard qui décide de s’inventer un frère jumeau dans le but séduire deux sœurs jumelles. En 1990, un rêve datant de 1963 voit enfin le jour avec l’adaptation des romans « La Gloire de mon père » et « Le Château de ma mère ». Le décès de l’auteur Marcel Pagnol l’avait empêché de porter lui-même ses œuvres à l’écran. Intéressé par ce projet, Yves Robert avait mis du temps à acquérir les droits. L’année suivante, il met en scène « Le Bal des casse-pieds » et termine sa carrière avec « Montparnasse-Pondichéry », un petit bijou cinématographique un peu trop oublié.


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