2 décembre 2020
Classics

Crash : La chair et le métal

Par Pierre Delarra

"Crash" (édité ce 21 Octobre en Bluray et DVD 4k par Carlotta) peut se résumer en quelques mots, un amour indéfectible entre l’Amérique du Nord et la voiture : aller au plus vite et au plus loin. Laisser les diligences du Far West au profit des High-ways, des grandes mégapoles aux déserts les plus arides, joindre l’improbable. Impossible sont les accidents, on ne les attend jamais, mais ils arrivent sournoisement, sans prévenir.

Les voitures, les automobiles dans l’imaginaire cinématographique sont le plus généralement destinées à la destruction. Fétiche technologique de la civilisation occidentale ; de l’emblématique « Tow Tars » ("V’là la flotte") des deux géniaux Stan Laurel et Oliver Hardy, film muet de 1928 (réalisé par James Parrot), cette comédie burlesque n’aura de fin que la Ford T 1928 entièrement détruite. Tel a ainsi débuté l’amour du cinéma pour l’automobile et les exemples sont nombreux.

Que dire de la Dodge Challenger RT pilotée par Kowalsky et dirigée par le prodigieux Richard C. Sarafian dans "Point Limite Zéro", en 1971, dans la lignée directe de « Easy Rider » qui envoie par le fond la pauvre série des "Fast & Furious" de ces dernières années ; de la Deloreane de "Retour vers le futur", de l’ Ecto 01 de "SOS Fantômes" ou encore de la Ford Mustang de "Bullitt" ? Quid de "K2000" avec Michael Knight alias David Hasselhoff, de la Gran Torino de Clint Eastwood, de la Triumph de la Dolce Vita, de l’Aston Martin de 007, de la 403 de Colombo ou encore de l’autre Gran Torino Zebra Rouge de "Starsky & Hutch" et aussi et toujours des 2CV de 007 ou celle de Bourvil, celle qui « va bien moins marcher » dans "Le Corniaud" ?

Toutes ces voitures nous fascinent car, outre être un rêve, elles demeurent le symbole de la liberté et de la féminité, une liberté toute citadine comme la petite voiture rouge de Man face au big truck de "Duel" ou la folle équipée dans le désert de "Sugarland Express". Suivant tout juste Steven Spielberg d’une année, Peter Weir nous invite avec "Les Voitures qui ont mangé Paris", non pas dans le "Paris, Texas" de Wim Wenders mais le Paris made in Australia, film étrange, quasi surréaliste, théâtre d’horreur qui annonce d’autres aventures australiennes, celle de "Mad Max" et de sa superbe Falcon XB GT coupé de 1973. Et puis il y a bien sûr "Christine", l’apogée de l’histoire d’amour entre un homme (Arnold Cunimgham) et une voiture, la Plymouth Fury, film qui se termine comme une compression de Cesar Baldaccini, un petit cube tout froissé dont la radio nous rappelle qu’elle restera toujours en vie... Les « Christine » au cinéma ne meurent jamais.

crash-film-3
James (James Spader) et Catherine Ballard (Deborah Kara Unger) mènent une vie sexuelle très débridée. Suite à une grave collision avec le docteur Helen Remington (Holly Hunter), ayant entraîné la mort de son mari, James se lance dans l’exploration des rapports étranges qui lient danger, sexe et mort. Grâce à leur rencontre avec Vaughan (Elias Koteas), un étrange photographe fasciné par les accidents de la route, le couple Ballard va finir par trouver un chemin nouveau mais tortueux pour exprimer leur amour…

Il fallait dans ces histoires automobiles attendre beaucoup de David Cronenberg, au contraire des publicitaires qui vendent des voitures comme des femmes habillées de rouge. Le réalisateur répond par des voitures ternes, anthracites, grises et juste peu visibles, un hymne à l’acier, au bleu gris aux reflets improbables, celui qui coupe et tranche net, comme à des appels à une lame imaginaire d’une incongrue guillotine.

Mais revenons à la collision des voitures de James Spader et de Holly Hunter, des chocs frontaux d’où ils échappent miraculeusement. L’amour et la mort, l’amour à mort, Eros et Thanatos se conjuguent à s’y méprendre. L’amour charnel devient le fruit des tôles froissées celles qui respirent toujours et encore, un simple souffle de vie dans des intérieurs métalliques. Le sang coagule lentement aux abords des affres aiguisés et froids du métal.

Les critiques de l’époque auront vite qualifié le film de David Cronenberg de pornographie facile. A bien y regarder cette pornographie fait partie intrinsèquement de nous-mêmes, de notre état, de notre être ; et quand bien même fallait-il juger que cette relation entre un homme et une femme soit choquante, déviante et dérangeante. Aux ombres et aux sommeils de nos nuits n’avons-nous pas rêvé de telles performances érotiques ? C’est cette réalité, la plus simple qu’elle soit que nous conte David Cronenberg, une longue vie ardente et charnelle qui glisse entre nos corps à nos dépends, mais aussi à nos unions et à nos simples volontés.

crash-film-2
A PROPOS DU BLURAY ET DU DVD

PLUS DE 3 HEURES DE SUPPLÉMENTS EXCLUSIFS !*

. TIFF TALKS - RENCONTRE AVEC VIGGO MORTENSEN ET DAVID CRONENBERG (52 mn – HD) - Exclusivité Blu-ray

. LE DÉFI CRONENBERG (20 mn – HD)
Un entretien inédit avec le chef opérateur Peter Suschitzky.

. ANIMAUX MÉCANIQUES (17 mn – HD)
Un entretien inédit avec le producteur Jeremy Thomas.

. HOWARD SHORE DONNE LE LA (23 mn – HD)
Un entretien inédit avec le compositeur Howard Shore.

. SUR LES CHAPEAUX DE ROUE (27 mn – HD)
Un entretien inédit avec la directrice de casting Deirdre Bowen.

. ARCHIVES PROMOTIONNELLES
 
. ENTRETIEN AVEC DAVID CRONENBERG (6 mn)
  . ENTRETIEN AVEC J.G. BALLARD (3 mn)
  . ENTRETIEN AVEC JAMES SPADER (5 mn)
  . ENTRETIEN AVEC HOLLY HUNTER (3 mn)
  . ENTRETIEN AVEC DEBORAH KARA UNGER (5 mn)
  . ENTRETIEN AVEC ELIAS KOTEAS (3 mn)
  . LES COULISSES DU TOURNAGE (11 mn)

. COURTS-MÉTRAGES DE DAVID CRONENBERG (HD) - Exclusivité Blu-ray
  . "LE NID" (2013 – Couleurs – 10 mn)
  . "CAMÉRA" (2000 – Couleurs – 7 mn)
  . "LE SUICIDE DU DERNIER JUIF SUR TERRE DANS LE DERNIER CINÉMA SUR TERRE" (2007 – Couleurs – 4 mn)

. BANDES-ANNONCES
. BANDE-ANNONCE ORIGINALE (HD)
. BANDE-ANNONCE ORIGINALE NON CENSURÉE
. BANDE-ANNONCE 2020 (HD)

*en HD sur la version Blu-ray

Une co-édition avec L'atelier d'images

ça peut vous interesser

Shining : Dans cet hôtel, nul ne vous entend crier

Rédaction

Les Trois Jours du Condor : Espion lève-toi !

Rédaction

Braveheart : A coeur vaillant…

Rédaction