Classics

Docteur Folamour de Stanley Kubrick

Par Christophe Dordain

 

Proposé en multi-rediffusions sur TCM en ce mois de mars, "Docteur Folamour", réalisé par Stanley Kubrick", est devenu au fil du temps un témoignage cinglant et hilarant de la paranoïa suscitée par la guerre froide et la tension constante entre américains et soviétiques dans un contexte de permanente course aux armements. Porté par un Peter Sellers aux multiples facettes, "Docteur Folamour" est un authentique chef d'oeuvre et le terme n'est point galvaudé ici.

Un bombardier américain, chargé de bombes nucléaires, file vers l'URSS. Le major King Kong s'en va accomplir la mission la plus décisive de toute sa carrière. C'est le général Jack Ripper, un extrémiste farouchement persuadé que les Russes empoisonnent l'eau potable des Etats-Unis, qui a pris l'initiative de cette mission que plus rien ne peut arrêter. Prévenu, le président Muffley est obligé de se servir du téléphone rouge pour avertir son alter ego soviétique de la catastrophe. Malgré toutes les consignes et les discussions, un des avions lâche sa bombe. Le docteur Folamour, chef des armements, explique que les rescapés vont devoir vivre sous terre...

Une angoissante et burlesque parabole sur le monde moderne, la folie de l'atome et la peur d'un holocauste nucléaire, tel est l'argument majeur de "Docteur Folamour", sorti en France en avril 1964, soit un an et demi après la fin de la crise de Cuba qui avait amené le monde au bord du gouffre. Réalisé par Stanley Kubrick, ce dernier déclarait au sujet de "Docteur Folamour" avoir eu l'idée en entendant le président Kennedy dire que "la guerre atomique, cette que l'on déclenche uniquement en pressant sur un bouton, a mille fois plus de chance d'avoir lieu à la suite d'une erreur ou d'un geste de folie, que de se déclarer sur l'ordre effectif des responsables."

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Quel sacré bazar que met en scène le génial Kubrick dans "Docteur Folamour" ! Jugez-plutôt : un ancien savant nazi, un ambassadeur soviétique adepte de l'espionnage, un général appelé Jack D. Ripper (bonjour Jack l'éventreur !), un pilote nommé King Kong, etc. Edifiant, non ? Et quelle distribution artistique ! Sterling Hayden est Ripper, Slim Pickens (hilarant au possible est King Kong), George C. Scott, Keenan Wynn et, au sommet de tous, l'extraordinaire Peter Sellers, ce génie mondial du cinéma comique, qui incarne ici le fameux Docteur Folamour.

Le film de Kubrick s'incrit donc dans un double contexte à la fois géopolitique et cinématographique : géopolitique par l'évidente référence à l'après-crise de Cuba qui a débouché sur une nécessaire période de détente entre américains et soviétiques (qui durera jusqu'en 1977), mais sans pour autant occulter le danger d'un conflit nucléaire (que l'instauration du Téléphone rouge en juin 1963 ne savait éventuellement empêcher); cinématographique ensuite car, comme à son habitude, le cinéma américain s'était saisi de l'actualité la plus brûlante pour nourrir ses scénarii...

Ainsi, Sidney Lumet, avec brio, réalisa-t-il "Point Limite" (avec Henry Fonda, Dan O'Herlihy et Walter Mathau, film qui ne sortira qu'en octobre 1964 suite à un différent juridique avec Kubrick puisque les deux films furent produits en même temps) dans lequel le président des USA devait accepter de détruire New York après que Moscou eut été anéantie suite à une erreur humaine et ainsi limiter une escalade fatale pour l'humanité. Bref, une conclusion peu optimiste, et c'est un euphémisme, conclusion que l'on retrouve aussi à la fin de "Docteur Folamour" même si le rire y domine nettement comme un ultime moyen de se protéger de la folie des hommes...

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