Classics

Fitzcarraldo : La folie selon Werner et Kinski

Par Yann Vichery

"Fitzcarraldo" est un film de Werner Herzog, sorti en 1982 est proposé en replay tout l’été sur Arte. Comment parler de ce film qui m’a marqué, dès sa découverte, il y a bien longtemps (dans une galaxie lointaine… heu non plutôt sur ma télé dans ma chambre alors que j’étais encore lycéen). Ce film est vraiment à découvrir tant il reste méconnu alors que tout les superlatifs manquent sur cette oeuvre (parlons de chef d’œuvre plutôt) qui mérite la postérité.

"Fitzcarraldo" film conte l’histoire d’un industriel (Klaus Kinski) passionné de musique classique et dont le rêve le plus fou est de construire un opéra en pleine forêt amazonienne. Pour financer sa construction, il achète une concession d’arbres à caoutchouc a exploiter, qu’il doit rejoindre par bateau. Cette remontée de l’Amazone deviendra son cauchemar lorsqu’il devra transporter son embarcation à travers la forêt vierge pour rejoindre la concession, inaccessible par les eaux, à cause des rapides.

Aguirre - Fitzcarraldo : mêmes combats

Avant "Fitzcarraldo", Werner Herzog avait déjà réalisé un film jumeau : "Aguirre la colère de Dieu". Ces 2 films sont indissociables tant ils se ressemblent : mêmes lieux de tournages (la forêt Amazonienne), même acteur (Klaus Kinski), même poursuite d’un rêve qui deviendra folie, même voyage à travers la jungle, même combat contre les éléments naturels. Ces 2 films, c’est l’"Apocalypse Now" d'Herzog. Des tournages homériques en plein enfer vert, des conditions et des dangers à rendre fous acteurs et cameramen (pluies torrentielles, animaux sauvages attaquant les techniciens, maladies tropicales diverses).

Werner Herzog se filme littéralement à travers le personnage de Klaus Kinski qui le représente pour mettre en scène la folie de ce réalisateur hors norme. Voir Klaus Kinski hurler sur les indiens c’est imaginer Werner Herzog hurler ses ordres de tournages aux techniciens et figurants.

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Klaus Kinski

"Fitzcarraldo" est en fait le making of du tournage et de ses accidents à répétitions. La scène de l’ascension du bateau le long de la montagne ne comporte d’ailleurs aucun trucage. L'opération fut extrêmement périlleuse pour les figurants et l'équipe technique qui risquaient de se faire écraser à tout instant. La scène des rapides fût tout aussi périlleuse. Le bateau dérivait totalement et fût même abandonné sur place à la fin… il s’y trouve encore. Jason Robards, qui avait commencé le tournage, tomba malade et quitta le film complètement fou avant d’être remplacé par Kinski. Mick Jagger (des Rolling Stones) devait lui aussi jouer un rôle, qui fût supprimé finalement, à cause du retard pris par le tournage et du ras-le-bol du rocker.

Les relations furent aussi houleuses entre Herzog et Kinski, et on connait le côté sanguin de ce dernier dont les colères sont restées dans les annales de la télé. Et, pourtant, Werner Herzog qui aimait à détester Kinski n’aurait pas pu aller au terme de ses 2 tournages sans son aide car si Herzog est entêté, Kinski l’est aussi, et même plus. La légende dit même que les figurants indiens avaient proposés à Herzog de sacrifier Kinski pour apaiser ses propres colères.

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Claudia Cardinale et Klaus Kinski
La beauté de la folie

Visuellement, "Fitzcarraldo" impressionne par son ampleur et sa démesure presque documentaire. La caméra nous emmène loin de tout, traversant la plus grande foret de la planète, magnifiant le vert des arbres impénétrables et le fleuve Amazone si calme et si rapide parfois. L’histoire est emmenée par cette musique classique que diffuse Kinski et qui avertit des péripéties de l’expédition.

Klaus Kinski porte littéralement le film sur ses épaules par son talent et son grain de folie, ses regards perdus au loin alors qu’il scrute autour de lui (il semble parfois filmé à son insu), sa silhouette frêle dans son costume blanc face à la montagne qu’il doit gravir lui donnent à la fois une impression de puissance et l’impression d’être écrasé par le lieu qu’il doit traverser. On dit souvent qu’aucun acteur n’est irremplaçable sur un tournage, Kinski semble être une exception pour ce film tant IL EST Brian Sweeney Fitzgerald.

Dans cet enfer, il y a une femme, l’amie de Fitzgerald, tout de blanc vêtue, elle irradie l’écran sous la beauté de Claudia Cardinale. Son rôle est loin d’être écrasé par la prestation de Kinski et elle est bien présente tout le long du film pour soutenir la folie et la persévérance de Kinski.

Éloge de la folie d’un réalisateur pour le 7ème art, éloge de la folie d’un personnage qui voulait réaliser un rêve, ce film hante longtemps nos mémoires avec parfois l’impression d’avoir été l’un de ces indiens hissant le bateau le long des pentes d’une montagne en plein cœur de l’Amazonie.

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