22 septembre 2020
Classics

Garde à vue : Brillant face-à-face

Par Jérémy Joly

Claude Miller commence sa carrière en tant qu'assistant réalisateur de Marcel Carné, Michel Deville et Jean-Luc Godard avant d'être directeur de production des films de François Truffaut. Après quelques courts-métrages, il réalise en 1976 son premier long, « La Meilleure Façon de marcher », réunissant Patrick Dewaere et Patrick Bouchitey en moniteurs dans une colonie de vacances. L'année suivante, sort dans les salles obscures « Dites-lui que je l'aime », une histoire d'amour avec Gérard Depardieu et Miou-Miou. Le premier est un succès tandis que le second connaît un échec.

Durant quatre ans, Claude Miller va avoir des difficultés à réaliser un nouveau film, des projets sont avortés et d'autres n'aboutissent pas, faute de financement. Il se tourne alors vers la publicité. En 1981, il réalise « Garde à vue », d'après le roman « A table ! » de John Wainwight, avec en têtes d'affiche Lino Ventura et Michel Serrault, qui se rencontrent pour la première fois à l'écran.


Ce film commence sur la musique de Georges Delerue, avec pour instrument un orgue de barbarie qui rappelle joyeusement les fêtes foraines. Une date indique que « Garde à vue » se déroule un soir de la Saint-Sylvestre. Alors que cette période de l'année est censée être festive, le spectateur se retrouve dans un commissariat, enfermé dans une petite pièce lugubre pour être le témoin d'une audition policière. Les murs sinistres et la lumière des néons installent une ambiance glaçante. Et pour rien n'arranger, dehors, il pleut à verse. L'affaire est sordide, puisqu'il qu'il s'agit de l'assassinat et le viol de deux petites filles.

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Lino Ventura est l'inspecteur Gallien. Avec sa mâchoire crispée et son regard sombre, il interroge Jérôme Martinaud, un notaire joué par Michel Serrault. Ce dernier est un acteur comique qui a été immortalisé par le rôle de Zaza Napoli dans la pièce « La Cage aux folles », aux côtés de son comparse Jean Poiret. Voulant se défaire de cet image d'acteur comique, il incarne en 1975 un étrangleur maniaque dans « L'Ibis rouge » de Jean-Pierre Mocky. Dans « Garde à vue », Michel Serrault a la capacité de montrer la palette de son talent. Il est de temps en temps drôle, parfois émouvant, mais toujours inquiétant. Lino Ventura et Michel Serrault ont tous les deux un style différent et pourtant le duo est remarquable.

D'abord simple témoin, puis suspecté d'être le meurtrier, Jérôme Martinaud est placé en garde à vue. Durant tout le film, le ton ressemble à des montagnes russes, il monte et redescend sans cesse, donnant un rythme extraordinaire. L'inspecteur prend le dessus, pense qu'il va réussir à faire craquer le suspect, et finalement, le notaire s'en sort avec une pirouette. L'interrogatoire arrive difficilement à se conclure.

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Jérôme Martinaud est un personnage mystérieux. Sous son beau costume de notable respecté et son nœud papillon se cache un homme avec des pratiques sexuelles « déviantes ». Pour l'inspecteur Gallien, le doute n'est plus possible, ce suspect idéal est le meurtrier. « Garde à vue » revient sur un thème que Claude Miller avait déjà traité dans son premier film : l'intolérance sexuelle. Cette enquête passionnante vous mènera à un final inattendu.

Guy Marchand joue admirablement l'inspecteur Belmont. Devant sa machine à écrire, il fait des remarques déplacées, ce qui agace son collège et prend des initiatives maladroits. Romy Schneider a un petit rôle, celui de la femme du notaire, qui va apporter un témoignage accablant, rendant coupable son mari. La grâce et le talent de Romy Schneider vient embellir ce rôle peu présent dans le film. Elsa Lunghini, future chanteuse, apparaît pour la première fois au cinéma, dans le rôle d'une petite fille dont le charme touche Jérôme Martinaud.

La réalisation de Claude Miller est brillante. Il n'est pas simple de filmer un huis-clos tout en réussissant à ne pas décrocher les spectateurs. Claude Miller arrive à utiliser tout l'espace de cette petite pièce et nous offre des gros plans magnifiques sur les visages de Lino Ventura et de Michel Serrault. Les flash-back, comme la découverte des corps des fillettes, sont saisissantes.


Les dialogues sont signés Michel Audiard. Touché par un drame personnel quelques années plus tôt, sa tristesse l'amène vers une tonalité plus sombre dans son œuvre, ce qui se ressent beaucoup dans « Garde à vue ». Lino Ventura prononce cette réplique « On ne tue pas une femme qui aime les fleurs. » ou encore celle-ci : « Les Français aiment bien écrire à la police. Qu'est-ce que vous voulez que j'y fasse ? ». Dans un huis-clos, les dialogues ont une grande importance puisqu'ils ont une grande place. Michel Audiard offre aux acteurs des répliques qui leur correspondent. Son travail est impressionnant. A aucun moment les dialogues ne ressemblent à du bavardage. Chaque phrase prononcée est essentielle au récit. A travers ses dialogues, Michel Audiard apporte une profondeur certaine aux personnages.

« Garde à vue » sort sur les écrans le 23 septembre 1981. Il connaît un succès avec plus de deux millions d'entrées au box-office. Le film remportera quatre Césars : meilleur scénario, meilleur acteur pour Michel Serrault, meilleur second rôle masculin pour Guy Marchand et meilleur montage.

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