Classics

Germinal : Vibrant hommage !

Par Yann Vichery

Réalisé en 1993 par celui qui était considéré à l'époque comme le nabab du cinéma français, Claude Berri, seul capable de porter un projet financier aussi titanesque que l’adaptation du chef d’oeuvre de Emile Zola « Germinal », il est impossible de commencer par autre chose que ce que l’on voit à l’écran : le budget (pour l’époque) le plus cher du cinéma français, 165 millions de francs, 8000 figurants choisis parmi les anciens mineurs, leurs enfants et leurs petits enfants, et un casting 4  étoiles. Au final, que reste-t’il de "Germinal" aujourd'hui ?

Le roman de Zola est devenu un symbole de la lutte ouvrière et Berri l’a retranscrit sur écran sous la forme d'une fresque sociale d’une grande puissance visuelle. Ce qui rend le film inoubliable c’est avant tout la reconstitution des lieux du drame de Zola, tout y est somptueux de réalisme, de crasse, de pauvreté et d’histoire. Les mines de charbon ont été reconstruites dans les moindres détails et la caméra s’inscrit en témoin dans ces nombreuses scènes de descentes, de forages où les mineurs, à la force des bras et à la sueur des fronts, creusaient sans cesse pour remonter ce fameux or noir pour quelques francs, bien souvent au péril de leurs vies. Les scènes ressemblent parfois à des tableaux de maître, sombres, désespérés et éclairées à la bougie des lampes des mineurs.

La grande force de "Germinal" est de rendre hommage à ces mineurs de fond et voir les visages des figurants dont certains sont réellement descendus dès l’âge de 14 ans dans les mines du Pas-de-Calais prend tout son sens dans la démarche de mémoire de Claude Berri, celui d’en faire des témoins d’une époque pas si lointaine (cet hommage prend sens pour moi qui écoutait mon grand père, Joseph, ancien mineur, me raconter ses propres descentes dans les fosses de Bruay). "Germinal" aura permis de mettre en avant un héritage régional historique qui a été depuis restauré au point de l’inscrire au patrimoine de l’UNESCO : les mines de Lewarde ou la cité des électriciens de Bruay (d’anciens corons de mineurs).

La description du quotidien est d’ailleurs la meilleure réussite de "Germinal" (les fêtes du dimanche, les scènes de préparation et de travail ainsi que la dure vie sociale des familles de corons). Pour cette fresque du monde ouvrier de presque 3 heures, le cinéaste a filmé sans artifices les acteurs afin d'aller à l'essentiel. Son intention était de placer le spectateur au plus près de la misère sociale telle que Zola l'avait écrite. Claude Berri s’appuie sur des comédiens de grand talent : Renaud qui campe Étienne Lantier, mineur syndicaliste, qui se bat pour l'amélioration des conditions de vie des ouvriers des mines. Un rôle taillé sur mesure pour le chanteur engagé.  À ses côtés, Gérard Depardieu est Maheu, un mineur plus résigné, mais qui, excédé par ses conditions de vie, finit par adhérer aux idées de Lantier. Les deux protagonistes portent le film sur leurs épaules, avec à leurs côtés des comédiens magnifiques de justesse, comme Jean Carmet, Jean-Roger Milo, Laurent Terzieff, Miou-Miou qui trouve ici un de ses rôles les plus puissants.

"Germinal" trouve ses racines dans la lutte de classes qui a toujours opposé ouvriers et patronat et qui n’a cessé d’être actuelle au fil du temps : on y parle licenciements, de grèves et d'exploitation. Cette partie du film n’échappe pas à l’académisme des situations. Cependant, les interventions lors des diners bourgeois paraissent un peu caricaturales et ces longues discussions alourdissent parfois le rythme du film. Quant à la fin, hautement dramatique, elle remet malheureusement les pendules à l’heure… Tout peut changer, mais rien ne change.

Finalement, il reste au bout de ces 3 heures de grand spectacle, un poème lyrique d’une grande puissance, des personnages rentrés dans l’histoire de la littérature et dont l’interprétation et le jeu font les grands films et débouchent avec "Germinal" sur un vibrant hommage au peuple du Nord.