16 octobre 2021
Classics

Henry, portrait d’un serial killer : Vomir et mourir

Par Pierre Delarra

Henry (Michael Rooker) est un tueur psychopathe qui sème sur son chemin quantité de cadavres. On n'en connaitra jamais le nombre exact. Toutefois, les services de police de Chicago pensent qu’il aurait tué au moins dix personnes. D’autres annoncent une centaine… Peut être bien plus. Henry s’est récemment installé à Chicago chez son ami Otis (Tom Towles), rencontré en prison. Ce dernier héberge également sa sœur Becky (Tracy Arnold). Elle est partie du domicile conjugal pour fuir un mari violent. La jeune femme ressent tout de suite une attirance pour Henry. Toutefois, elle ignore tout des virées sanglantes qu’il fait en cachette. Virées auxquelles Otis va bientôt participer…

Si vous aviez l’intention soit de : « mettre votre lecteur Blu-Ray/DVD à la poubelle » soit de « vomir un grand coup » alors ce film est pour vous. "Henry, Portrait d’un Serial Killer" est un ovni ! Pouvait-on, à cette époque, en 1985, en pleine phase républicaine avec Ronald Reagan au pouvoir, réaliser et diffuser un tel film ? A la limite du documentaire, de l’extra-large bashing, du fait divers, du mauvais trip aux mauvais mots ? Comme quoi, au cinéma, à faire des coups par hasard on finit par faire des merveilles.

Sur ce dernier point le réalisateur, John McNaughton, réussit son pari fou : être à la limite du documentaire-fiction. Si ce film vous fait froid dans le dos alors vous ne regarderez plus votre voisin, ou votre voisine, comme à l’accoutumée... Car le tueur, Henry, est pour le moins banal. Peut-être est-t-il près de chez vous ? A vos côtés !

Réalisé avec très peu de moyens (environ 110 000 euros) "Henry, Portrait d’un Sérial Killer" a été produit en 16mm et tourné en 28 jours. Comment ne pas penser à Martin Scorcese ? En effet, ce film a un goût de Nouvelle Vague à l’américaine : des décors réels, un tournage dans les rues de Chicago et dans les habitations des comédiens, des comédiennes et de l’équipe technique. C’est sans doute, lorsque l’on se restreint par la force des choses, que l’on acquiert de grandes idées : s’attacher, ni plus ni moins, à ses personnages. Notamment à celui d'Henry. Il est de celui qui tue comme il va chercher des cigarettes.

Le Serial Killer, c’est une longue histoire du cinéma américain. Rappelons-nous du "Hitcher" de Robert Harmon (et du pathétique Rugter Hauer en mal d’auto-stoppeur à écarteler); du "Sixième Sens" de Michael Mann (1987); du très beau, et bien mal compris, "Maniac Cop" (réalisé en 1985 par William Lustig); des "Griffes de La Nuit" de l'excellent Wes Craven.

Des psychopathes, en voici en voilà : "Vendredi 13" (et ses séquelles) de Sean S.Cummigham; le magnifique "Cruising" de William Friedkin; et comment ne pas oublier "Cop", de James B.Harris, qui transforme et subjugue le superbe James Woods. Tuer est un art du cinéma américain. Et "Henry, Portrait d’un Serial Killer" le démontre amplement !

Alors que le cinéma recommence à regarder les mauvais garçons, les gangs des malfrats, à sentir les rues qui ne respirent pas toujours les lilas et les roses, revenir vers la rue, c’est revenir vers la loi, celle du talion. Une rue et une loi que "Henry, Portrait d’un Serial Killer" vous invitera à suivre dans le cadre de cette magnifique édition proposée en Bluray par Carlotta Films, le 22 septembre...

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