24 septembre 2021
Classics

Hurlements : La modernité du loup garou

Par Yann Vichery

Bien avant les "Gremlins", les extraterrestres de "Explorer", les jouets de "Small Soldiers" et après avoir fait attaquer un village côtier par des Piranhas, Joe Dante allait ressusciter et revisiter un mythe popularisé par Universal et la Hammer : le loup garou. Son film "Hurlements" ("The Howling" actuellement proposé par la plate-forme Amazon Prime Video France) allait d’ailleurs être mis en concurrence la même année avec "Le loup garou de Londres", réalisé par un certain John Landis (qui venait de cartonner en dirigeant pour Michael Jackson, le clip des clips, "Thriller").

 

Faire renaitre le mythe… et le moderniser

Attention ! "Hurlements" doit être remis dans le contexte de l’époque, certains le trouveront vieillot. En effet, il ne faut pas s’attendre à un rythme rapide et à une histoire dans la brume anglaise mais c’est justement la force du film ! Dante a détourné tous les clichés du genre et se permet de réinventer l’histoire des Loups-Garous et de la situer à une époque plus récente, les années 80 en l'occurrence.

Karen White, une présentatrice TV, fait une pause dans sa carrière à la suite d'un incident traumatisant avec un tueur en série. La police a pu la sauver en tuant le dangereux individu. Sur les conseils d’un docteur, elle rejoindra 'La Colonie', un centre de repos où vivent toutes sortes d'énergumènes. Ses cauchemars lui rappellent sa rencontre avec le tueur... jusqu'à ce que celui-ci réapparaisse à la pleine lune et attaque les résidents de la Colonie...

Finies les nuits de pleine lune, les Loups-Garous peuvent se transformer à souhait, de jour comme de nuit ! Cela en fait de véritables créatures qui se déplacent en meute et forment une véritable secte, ce qui est aussi assez novateur. Comme il l’a expliqué lors de ses entretiens avec Bertrand Tavernier, Dante a tenté dans son film d’illustrer les maux de la société au début des années 80 : la délinquance, la violence et les phénomènes de bandes qui se faisaient de plus en plus violents dans les grandes villes telle New York dont certains quartiers étaient de vrais coupes-gorges.

hurlements-film-2

Rendre hommage

Dans "Hurlements", Joe Dante, qui est un fan de cinéma de genre, rend hommage à un de ses maître en faisant apparaître Roger Corman qui a lancé sa carrière. Il donne aussi un rôle au fondateur de la revue Famous Monsters, Forrest Ackerman, qui apparaît dans une librairie, avec son magazine entre les mains, librairie d'ailleurs tenue par Dick Miller, acteur au générique de quasiment tous ses films.

Le grand hommage de "Hurlements" est aussi à rendre aux magiciens du cinéma : ceux qui gravent des scènes dans les mémoires collectives, les pros des maquillages et effets spéciaux. Joe Dante ne voulait pas montrer la métamorphose d'un loup-garou en utilisant des surimpressions d'images du même acteur aux divers stades du maquillage. L'équipe technique, dirigée par Rob Bottin, présenta des métamorphoses de certains éléments du corps en vitesse réelle sans coupure d’image : les mains, le visage, les oreilles... Au même moment, Rick Baker travaillait sur le film de John Landis, "Le loup garou de Londres". Rob Bottin fit appel à lui pour l'aider au niveau des transformations. Ainsi, les 2 films ont pu bénéficier du travail des maquilleurs afin de mettre en scène les 2 plus impressionnantes métamorphoses en continu de loups-garous du cinéma.

Il n'en reste pas moins que les scènes de métamorphoses sont entrées dans la légende. 40 ans ont passé et nous sommes à présent habitués à ce type d’effets devenus numériques. La surprise ne fonctionne presque plus à ce niveau là. Nos loups garous sont pourtant toujours aussi impressionnants. Le film de Joe Dante, même s’il n’effraiera plus le public aujourd’hui, qui en a vu d’autres, se laisse voir comme un bon divertissement à l’ancienne. Il nous rappelle encore à la bonne vieille époque des années 80 ou le cinéma donnait à voir des films intelligents et sacrément efficaces, conçus par des passionnés de la vieille école à l'image de Joe Dante.

PS : lisez l’excellent livre de Bill Krohn « Joe Dante et les gremlins de Hollywood » pour comprendre la position de ce réalisateur au sein du système hollywoodien.

PS 2 : un observateur attentif repèrera Christopher Stone et Margaret Impert au casting, déjà réunis quelques années auparavant dans la série "Pilotes".

ça peut vous interesser

L’Exorciste : Le démon à ma porte

Rédaction

Black Rain : Polar et yakusas

Rédaction

Impitoyable : L’adieu de Clint au western

Rédaction