Classics

Impitoyable : L’adieu de Clint au western

Par Yann Vichery

 

Le genre cinématographique trouve parfois des associations plus qu’évidentes. Le Western par exemple. John Ford (le pionnier), Howard Hawks, Sergio Leone, John Wayne… et Clint Eastwood qui nous intéresse ici avec "Impitoyable". Parce que tout un pan de sa carrière cinématographique se trouve dans "Impitoyable"...

Tourné en 1992, couronné de 4 Oscars, ce film a une importance capitale. Car il s’inscrit dans la légende eastwodienne de ce géant (dont la carrière s’étale jusqu’ici sur 56 ans quand même). Mais qui aura étonné par son talent, sa diversité et sa finesse. Avec "Impitoyable", il referme, définitivement (après 30 ans de bons et loyaux services), la page du western. Un genre qui lui aura ouvert la voie du succès.

Repéré au début des années 60 grâce à la série "Rawhide", Clint Eastwood se fait un nom grâce à son père spirituel, Sergio Leone. Ce dernier qui en fait une icône dans la trilogie du Dollars. Qu’il soit Joe, le manchot ou Blondin, celui que l’on appelle l’homme sans nom posera les bases d’un personnage qui reviendra tout le long de la carrière de Clint. Même regard. Même talent au pistolet. Même solitude. Même mission (avec des nuances bien sûr).

Son second mentor apparait sous les traits de Don Siegel qui le fera tourner à la fois en mode western ("Sierra Torride"), évasion ("L’évadé d’Alcatraz"), prisonnier ("Les Proies") et policier en créant le personnage de Harry Calahan dans "L'Inspecteur Harry"). Les diverses expériences acquises (et ses personnages interprétés) serviront à le lancer dans la réalisation, dès 1971. Ce sera "Un frisson dans la nuit".

Suivront, par intermittences, d’excellents westerns tels "L’homme des hautes plaines", "Josey Wales", "Pale Rider" et, au final, "Impitoyable". Ses films ont toujours été imprégnés des personnages interprétés sous les caméras de Leone et de Siegel. Que ce soit le cowboy ou bien le tueur à gage solitaire, sorti de nulle part, et investi d’une mission.

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Morgan Freeman et Clint Eastwood / Copyright : Warner Bros. Home Entertainment

L’histoire de "Impitoyable" (écrite à la fin des années 70 par David Webb People) aura eu le temps de germer dans l’esprit de Eastwood. C’est celle de prostituées qui embauchent des tueurs à gage pour venger l’une des leurs. Parce qu'elle a été défigurée par un client. Le Kid Schofield, convainc William Munny (Clint Eastwood) de le rejoindre. Veuf et ancien hors la loi devenu fermier, mais endetté, il accepte d’accompagner le Kid. Il s’adjoint les services de Ned Logan (Morgan Freeman), son ami de longue date.

Le personnage de Munny semble à bout de souffle, fatigué. Parce qu'il porte sur ses épaules toute une vie. Parce que Eastwood le montre tel quel, sans fioritures. Telle une légende obligée de retrouver des réflexes perdus par les ans (tenter de monter à cheval, retrouver la dextérité qui était la sienne au pistolet). Pourtant, tout l’Ouest, le vrai est présent dans "Impitoyable". En effet, Eastwood ne réinvente rien. Car il recycle les codes du Western pour faire son adieu au genre.

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Gene Hackman / Copyright : Warner Bros. Home Entertainment

La dernière partie de l’histoire se déroule dans une petite ville (Big Whiskey) dont le saloon est le lieu de la fin. L’adversaire le plus coriace de Munny est le shérif, Little Bill Dagget (magistral Gene Hackman). Ce dernier est pervers, violent et sans pitié. Ainsi, règne-t-il sans partage sur la ville. L’affrontement final préfigure comme une sorte de descente en enfer (en pleine nuit d’orage). Elle permettra à Eastwood d’assoir définitivement sa propre légende. Aussi, pourra-t-il assumer ce personnage de justicier solitaire qu’il aura trainé durant 30 ans. Un tueur assumé. Car il ne peut pas tourner le dos à ce qu’il a été dans le passé. Le voici réveillé de force par l’appât du gain et la mort de son ami Ned.

Dans ce western, Eastwood imprime le mythe en y filmant tout ce qui a fait le genre. Mais, il y apporte son propre constat ramené au monde d’aujourd’hui. La violence répond à la violence. Elle est inéluctable et inévitable. Que ce soient les passages à tabac perpétrés par le shérif. Ou bien encore les exécutions dans les montagnes et dans le saloon. Eastwood filme toutes ces scènes de front et sans fioritures (comme il le fera dans "Mémoires de nos pères" et "Lettres d’Iwo Jima").

A la fin de "Impitoyable", Eastwood tourne pour l’ultime fois la même scène déjà connue ou il s’éloigne seul, en héros. Mais laissant derrière lui une paix fragile qui ne durera pas éternellement. Il dit adieu au genre Américain par excellence sans pour autant en terminer avec la violence du monde. Car "Gran Torino" reprendra un schéma similaire...

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