29 juillet 2021
Classics

Impitoyable : L’adieu de Clint au western

Par Yann Vichery

Le genre cinématographique trouve parfois des associations plus qu’évidentes. Le Western par exemple : John Ford (le pionnier), Howard Hawks, Sergio Leone, John Wayne… et Clint Eastwood qui nous intéresse ici avec "Impitoyable" (proposé dans une nouvelle édition 4K Ultra HD Blu-ray par Warner Bros. ce 7 juillet). Tout un pan de sa carrière cinématographique se trouve dans "Impitoyable". Tourné en 1992, couronné de 4 Oscars, ce film, d’une importance capitale, l’inscrit dans la légende tant ce géant (dont la carrière s’étale jusqu’ici sur 56 ans quand même) aura étonné par son talent, sa diversité et sa finesse. Avec "Impitoyable", il referme, définitivement, après 30 ans de bons et loyaux services, la page du western qui lui aura ouvert la voie du succès.

Repéré au début des années 60 grâce à la série "Rawhide", Clint Eastwood se fait un nom grâce à son père spirituel, Sergio Leone qui en fait une icône dans la trilogie du Dollars. Qu’il soit Joe, le manchot ou Blondin, celui que l’on appelle l’homme sans nom posera les bases d’un personnage qui reviendra tout le long de la carrière de Clint. Même regard, même talent au pistolet, même solitude, même mission (avec des nuances bien sûr).

Son second mentor apparait sous les traits de Don Siegel qui le fera tourner à la fois en mode western ("Sierra Torride"), évasion ("L’évadé d’Alcatraz"), prisonnier ("Les Proies") et policier en créant le personnage de Harry Calahan dans "L'Inspecteur Harry"). Les diverses expériences acquises (et ses personnages interprétés) serviront à le lancer dans la réalisation, dès 1971, avec "Un frisson dans la nuit" que suivront, par intermittences, d’excellents westerns tels "L’homme des hautes plaines", "Josey Wales", "Pale Rider" et, au final, "Impitoyable". Ses films ont toujours été imprégnés des personnages interprétés sous les caméras de Leone et de Siegel. Le cowboy, tueur à gage solitaire sorti de nulle part et investi d’une mission.

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Morgan Freeman et Clint Eastwood / Copyright : Warner Bros. Home Entertainment

L’histoire de "Impitoyable", écrite à la fin des années 70 par David Webb People, a eu le temps de germer dans l’esprit de Eastwood. C’est celle de prostituées qui embauchent des tueurs à gage pour venger l’une des leurs, défigurée par un client. Le Kid Schofield, convainc William Munny (Clint Eastwood) de le rejoindre. Veuf et ancien hors la loi devenu fermier mais endetté, il accepte d’accompagner le Kid et s’adjoint les services de Ned Logan (Morgan Freeman), son ami de longue date.

Le personnage de Munny semble à bout de souffle, fatigué, il porte sur ses épaules toute une vie et Eastwood le montre tel quel, sans fioritures, comme une légende obligée de retrouver des réflexes perdus par les ans (tenter de monter à cheval, retrouver la dextérité qui était la sienne au pistolet). Et, pourtant, tout l’Ouest, le vrai est présent dans "Impitoyable". Eastwood ne réinvente rien. Il recycle les codes du Western pour faire son adieu au genre.

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Gene Hackman / Copyright : Warner Bros. Home Entertainment

La dernière partie de l’histoire se déroule dans une petite ville (Big Whiskey) dont le saloon est le lieu de la fin. L’adversaire le plus coriace de Munny est le shérif, Little Bill Dagget (magistral Gene Hackman), pervers, violent, sans pitié et qui règne sans partage sur la ville. L’affrontement final préfiguré comme une sorte de descente en enfer (en pleine nuit d’orage) permettra à Eastwood d’assoir définitivement sa propre légende en assumant ce personnage de justicier solitaire qu’il aura trainé durant 30 ans, tueur assumé ne pouvant tourner le dos à ce qu’il a été dans le passé, réveillé de force par l’appât du gain et la mort de son ami Ned.

Dans ce western, Eastwood imprime le mythe en y filmant tout ce qui a fait le genre, mais y apporte, cependant, son propre constat, ramené au monde d’aujourd’hui : la violence répond à la violence. Elle est inéluctable et inévitable. Que ce soient les passages à tabac perpétrés par le shérif, les exécutions dans les montagnes et dans le saloon, Eastwood filme ces scènes de front et sans fioritures (comme il le fera dans "Mémoires de nos pères" et "Lettres d’Iwo Jima").

A la fin de "Impitoyable", Eastwood tourne pour l’ultime fois la même scène déjà connue ou il s’éloigne seul, laissant derrière lui une paix fragile qui ne durera pas éternellement. Il dit adieu au genre Américain par excellence sans pour autant en terminer avec la violence du monde puisque "Gran Torino" reprendra un schéma similaire...

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