Classics

L.627 de Bertrand Tavernier

Par Yann Vichery

"L.627" fait référence à un article du Code de santé publique qui prohibe la consommation ainsi que le trafic de stupéfiants. Le film de Bertrand Tavernier (qui sera diffusé ce soir en seconde partie de soirée sur France 2) suit une équipe de flics des « Stup » dans leurs actions, arrestations, débrouilles, échecs, filatures, états d’âmes.

L'ambition de Bertrand Tavernier était de tourner un film réaliste (presque documentaire) sur les conditions de travail d’une équipe de terrain. Il s'interdit tous les types de plan classiques de cinéma de genre et met sa caméra au plus près des acteurs pour nous faire entrer dans ce commissariat. Les scènes d'action n’en sont pas vraiment. Ici pas de poursuites ni d’échanges de balles, pas de scènes spectaculaire, juste des filatures, des planques, attentes, interrogatoires et autres arrestations rapides, le tout sans fioriture.

Tavernier porte un regard sans concession sur plusieurs couches de la société et de la « faune » parisienne mais on y sent beaucoup de tendresse cependant. "L.627" fait le constat des relations parfois ambiguës entre policiers et indics, la limite étant souvent franchie par les premiers afin de faire avancer la machine administrative et sa paperasserie. Pour obtenir des résultats, il faut être dans l’illégalité. Il s'étend aussi sur un fond social terrible lié à la consommation et au trafic de drogue, de la dépendance et de la précarité qui amène toute une « faune » à se détruire tout en tentant de survivre dans des conditions indignes d’un pays comme le notre.

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A travers le regard de Lulu, Tavernier nous montre l’état de délabrement des laissés pour compte de la France. "L.627", dans son constat réaliste, met face à elle même la souffrance des policiers de terrain et l'insuffisance des moyens dont ils disposent, des locaux vétustes et abandonnés en plein terrain vague aux véhicules inadaptés voire manquants, il y a pénurie de tout ce qui permet un travail efficace. Tout ceci amène vite au « pétage de plomb » de certains et aux « presque » bavures programmées. Tavernier porte, cependant, un regard toujours bienveillant envers ces gens placés des deux côtés de la barrière judiciaire et il s’entoure ici de tout un tas d’excellents acteurs (Didier Bezace, Jean-Paul Comart, Jean-Roger Milo, Phillippe Torreton, Claude Brosset, le héros de la série "Ardéchois Coeur Fidèle", et Francis Lax, la voix française de Paul Michael Glaser dans "Starsky & Hutch") et de solides actrices (Charlotte Kady, Lara Guirao).

"L.627" symbolise brillamment la barrière qui sépare les moyens prévus par la loi et ceux réellement mis à disposition de la police. Le constat est terrible et presque 30 ans plus tard, rien n’a vraiment changé. La police se bat toujours avec si peu de moyens et fait au mieux au gré des circonstances... Tavernier réitérera ce genre de constat dans un film tout aussi puissant sur le monde scolaire cette-fois : "Ça commence aujourd'hui".

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