Classics

La Carapate : Cavale sur fond de Mai 68

Par Jérémy Joly

Gérard Oury a créé des grands duos comiques comme de Funès/Bourvil dans "Le Corniaud" (1965) et "La Grande Vadrouille" (1966), Belmondo/Bourvil dans "Le Cerveau" (1969) ou encore de Funès/Montand dans "La Folie des Grandeurs" (1971). Avec la mort de Bourvil et le double infarctus de Louis de Funès qui l'éloigne des plateaux, Gérard Oury réfléchit à un nouveau tandem comique pour "La Carapate".

Très vite, il pense à Pierre Richard qui triomphe au cinéma depuis "Le Distrait" en 1970. Pour le second acteur, il contacte Patrick Dewaere qui refuse le rôle, doutant de sa capacité comique. Pierre Richard suggère à Gérard Oury de proposer ce rôle à Victor Lanoux. Les deux acteurs se connaissent. En 1961, ils ont fait leurs débuts dans des cabarets parisiens. Durant cinq ans, ils jouent les sketches qu'ils écrivent et sont souvent interprétés en première partie des concerts de Georges Brassens. Le sketch le plus célèbre est celui où Pierre Richard se fait gifler par Victor Lanoux. Ce dernier accepte le rôle et le duo est reformé pour la première et malheureusement unique fois au cinéma.

Nous sommes en plein mois de mai 1968. Jean-Philippe Duroc, un avocat gauchiste rend visite à son client, Martial Gaulard, condamné à mort pour meurtre. Une mutinerie éclate à la prison. Gaulard en profite pour s'échapper. La police est persuadée que Duroc a contribué à l'évasion et les deux hommes sont alors recherchés.
la-carapate-film-critiqueDix ans après les événements de mai 68, Gérard Oury décide d'évoquer ce sujet sérieux sur un ton comique. C'est l'une des compétences de ce cinéaste qui n'a pas hésité à nous faire rire sur la Seconde Guerre mondiale avec "La Grande Vadrouille" et l'intolérance avec "Les Aventures de Rabbi Jacob". Étrangement, dans le cinéma français, très peu de films ont abordé ce sujet avant "La Carapate". En 1969, c'est le cas de Jean-Pierre Mocky qui nous offre une vision pessimiste de l'après-mai 68 avec "Solo". Les barricades reconstituées pour "La Carapate" sont impressionnantes de vérité et les scènes sont tournées en dérision par l'imagination de Gérard Oury avec la complicité de sa fille, Danièle Thompson.


Dès l'évasion de Martial Goulard, "La Carapate" prend une tournure de road movie, comme un grand nombre des films de Gérard Oury. Victor Lanoux en brute évadée de prison et Pierre Richard en avocat maladroit partent pour une aventure allant de Lyon jusque Paris. Pour ce voyage improvisé, ils vont utiliser une multitude de moyens de transport : une voiture avec un siège au mécanisme improbable, un camion benne transportant du sable, une barque, une camionnette remplie de coulis de tomates, une Rolls-Royce, un vélo et une moto. Ils auraient même pu prendre le train, s'il n'y avait pas eu la grève.

Sur leur chemin, ils vont croiser une prostituée, jouée par Katia Tchenko, dont le charme va engendrer un incroyable embouteillage avec des cascades réglées par Rémy Julienne. Ils se retrouvent en plein vaudeville avec un fermier cocu, interprété par Claude Brosset. Jean-Pierre Darras et Yvonne Gaudeau jouent parfaitement le cliché d'un couple de bourgeois qui, inquiétés par les émeutes, partent planquer des billets, de l'or et des bijoux en Suisse. Le tout est caché dans une belle voiture, ce qui rappelle fortement "Le Corniaud", tout comme la scène d'un klaxon bloqué. L'avocat croisera même la route du général de Gaulle dans des conditions burlesques ! Il ne faut pas oublier Raymond Bussières qui est remarquable, avec son franc-parler, dans le rôle du père de Pierre Richard.


La musique signée Philippe-Gérard accompagne agréablement les péripéties de ce voyage et la chanson « Because It's May » par le groupe The Sunset Brothers restera dans votre tête bien après le visionnage. Les répliques sont soignées, parmi celles-ci nous pouvons citer « -Vous avez des goûts de nouveau riche. - Oh non, j'ai seulement des goûts d'ancien pauvre ». A noter également que Pierre Richard nous offre un clin d’œil étonnant à Harpo Marx, des Marc Brothers, qu'il se met à imiter.

"La Carapate" atteint un peu moins de trois millions d'entrées et devient le huitième plus gros succès du box-office français en 1978. Deux ans plus tard, Gérard Oury fait de nouveau appel à Pierre Richard pour "Le Coup du parapluie".

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