Classics

La Dernière Chasse : Déclin d’une nation

Par Yann Vichery

"La Dernière Chasse" a été réalisé en 1957 par Richard Brooks, un honnête artisan d’Hollywood qui n’a jamais eu sa caméra ni son franc parlé dans sa poche pour dépeindre quelques aspects peu reluisants de la société américaine. Qu’on en juge plutôt : "Graine de Violence" (1955) qui montrait des étudiants blousons noirs sur des campus, "Elmer Gantry le charlatan" (1960) qui mettait en avant un prédicateur religieux fourvoyé, "La Chatte sur un Toit Brûlant" (1958) qui filmait des drames familiaux, "De Sang Froid" (1967) qui suivait la cavale de deux assassins. Place maintenant à "La Dernière Chasse", qui n’est peut-être pas le plus connu des films de Brooks, mais dont le réquisitoire est certainement l’un des plus forts de sa carrière.

"La Dernière Chasse" suit deux anciens compagnons de guerre que tout semble opposer, faisant équipe dans une campagne de chasse aux bisons. Charley (interprété par Robert Taylor), cruel, sadique et raciste qui s'oppose à Sandy (interprété par Stewart Granger), humain et sensible. Tandis que le second prend de plus en plus conscience que tuer des animaux équivaut à conduire les Indiens à la famine, le premier massacre sans pitié, allant même jusqu’au meurtre d’une famille indienne. Leurs divergences de vues finissent par se cristalliser notamment à la suite de l'apparition d'un bison blanc, animal sacré pour les indiens, et dont la peau vaut beaucoup plus cher que celle des bisons ordinaires.

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Robert Taylor

L’abattage massif des bisons à la fin des années 1800 avait été toléré par les gouverneurs des états (ici le Dakota) afin de limiter le surpeuplement. En 30 ans, la population globale passa de 60 millions à 3000 individus. Les deux séquences terribles que l’on voit dans le film sont de vrais abattages filmés par Brooks. A travers ces tueries, c’est le génocide d’un peuple pionnier que montre le réalisateur puisque les tribus indiennes étaient dépendantes de ces bisons pour la viande, les vêtements et les os.

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Stewart Granger

Brooks prend fait et cause pour ces indiens. Ils apparaissent toujours dignes et combattifs comme le jeune Jimmy O’Brien et la jeune indienne capturée par Charley dont le rôle complexe fait aussi apparaitre le thème rare à l’époque de l’asservissement sexuel. Les deux personnages principaux du film sont telles les deux faces de l’Amérique : d’un coté Charley, négatif de par son envie de conquête du territoire et d’appât du gain ou le racisme et la violence sont utilisés pour avancer (thème repris dans "La Porte du Paradis" de Michael Cimino ou "Le Convoi Sauvage" de Richard Sarafian) et Sandy qui incarne le coté positif par le respect de l’autre et de la prise de conscience de ses actes. Brooks en fait, malgré tout, un héros faible de par son inaction face à Charley.

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Richard Brooks et Stewart Granger sur le tournage du film

"La Dernière Chasse" dresse un constat amère puisqu’on sait ce qu’il est advenu des indiens d’Amérique mais son film a permis à d’autres réalisateurs de s’emparer du sujet pour leur rendre hommage ("Danse avec les loups" de Kevin Costner, "Soldat Bleu" de Ralph Nelson, "Little Big Man" d'Arthur Penn). Enfin, pour l'anecdote, la légende dit même que la scène finale aurait inspiré Stanley Kubrick lorsqu’il tourna "Shining" à la fin des années 70...

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