22 septembre 2020
Classics En Une

La femme d’à côté : Ni avec toi, ni sans toi

Par Pierre Delarra

C’est toujours la même histoire, une histoire d’amour, après celle des lumières bien cachées des planches du théâtre du "Dernier Métro"; avec "La Femme d’à Côté", Truffaut nous amène vers les éclats intérieurs d’un amour banal et urbain, ceux de nos jours et de nos nuits nous appelant toujours vers cette corde raide guidée par nos envies et même s’ils sont improbables ils demeurent toujours nécessaires. Dans ce film, les personnages de Bernard (Gérard Depardieu) et Mathilde (Fanny Ardant) n’ont d’autres possibilités qu’être ensemble, ne former qu’un où l’un ne va pas sans l’autre, l’autre sans l’un.

Truffaut disait dans "La Nuit Américaine" : « Dans la vie, il n’y a pas de temps mort », non, tout et tout de suite ; l’amour est insatiable…jusqu’à plus soif. » Rappelons-nous : « L’amour fait mal, ce papier est ta peau, cette encre est mon sang ; j’appuie fort pour qu’il entre… » Oui, avec Truffaut l’amour est une nécessité absolue. François Truffaut oublie vite les amourettes de Antoine Doisnel et de ses « Salades de l’Amour* ». Mais l’amour est là et impérieux. Nous retrouvons ici la matrice de "La Peau Douce" puis du "Dernier Métro" comme de son ami de toujours Alain Resnais qui nous raconte combien l’"Amour est à mort". Oui, Bernard Coudray recouvre la bouche de Mathilde Bauchard de sa main puis de ses baisers : « J’aurais pu te parler…Nous aurions dû. ». Non aucune échappatoire est possible et il faut en finir. Tout de suite. Le hasard et la nécessité, il est hasardeux d’emménager ici dans ces nouvelles maisons mais tellement nécessaire de se retrouver hors d’eux mais enfin à deux. « Ni sans toi, ni avec toi », juste ce révolver entre nos jambes et nos têtes, enfin.

"La Femme d’à Côté" est l’avant dernier film de François Truffaut, plus profond que celui qui sera son dernier film "Vivement Dimanche !" Truffaut disait : « un film gai, un film triste, la vérité entre les deux ! » Ici c’est bien le cas. "La Femme d’à Côté" est un point-virgule de nostalgie avant qu’il ne donne une pointe d’humour et un point final à ce "Vivement Dimanche !" si funeste. Cette femme d’à côté, celle qui ne l’a jamais été, aussi fougueuse que vraie, celle que l’on n’oubliera jamais. Oui, François Truffaut, de celui qui aimait les femmes à celui qui aimait les morts, nous ne pourrons jamais vous oublier à l’instar de ces fleurs de "Domicile Conjugal", de ces fleurs bleues qui vivent par magie, celles de la vie.

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"La Femme d’à Côté" commence et se termine par un long travelling d’hélicoptère à la manière d’une fuite sans fin ; une fuite qui correspond à celle de ses protagonistes, comme une répétition qui vient et revient encore, celle de Bernard et de Mathilde. Le hasard quand bien lui prend les a fait se rencontrer pour connaître une première aventure mais le hasard n’est jamais unique et aime tant à se répéter, ils se rêverons encore, une nouvelle relation, ultime celle-ci ; dramatique, fulgurante et sans issue aucune. L’inspiration de François Truffaut dans cette banale histoire d’amour tient de l’ordre de l’introspection : sonder les battements de cœur, le scintillement des yeux, le plissement des paupières, de tout ce qui fait le non verbal des véritables émotions, celles qui ne trompent jamais ; celles qui révèlent.

Pour nous raconter cette histoire, Truffaut crée ce parfait personnage : celui de Mme Jouve (excellente Véronique Silver) véritable fil d’Ariane du jardin truffaldien, celle qui sait, celle qui dit et énonce les faits réels certes mais à sa manière, elle est le révélateur, le négatif du positif, le type du contre-type. Elle est le principe de la narration. Alors c’est Mme Jouve qui nous invite à cette cérémonie adultérine que n’aurait pas renié son ami et compère Claude Chabrol.

Le tourbillon de la vie, c’est tout Balzac qu’embrasse Truffaut, verbe après verbe, phrase après phrase, plan après plan en une trainée d’émotions si finement ajustée et pour finir pensons à cette si belle réplique : « Tu te comportes comme si tu étais un policier et moi un voleur. » Cette phrase va si bien à nos deux protagonistes, cette même phrase qui sera l’emblème du dernier des films de François Truffaut : "Vivement Dimanche". A l’instar de Jean-Louis Trintignant répliquant à Fanny Ardant : « Mais vous êtes une gourde ! » mais nous le savons que trop bien, la gourde n’est jamais là où elle semble être.

A vos sodas, pop-corn et bonne projection !

*dernier opus terminant la tétralogie de la saga Doisnel

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