28 novembre 2021
Classics

La Guerre des Boutons : Chef d’œuvre d’Yves Robert

Par Jérémy Joly

 

"La Guerre des boutons", réalisé par Yves Robert en 1962, fait son retour dans les salles obscures. Ce film aura connu un énorme succès lors de sa sortie et est devenu, au fil des décennies, un classique du cinéma français qui continue aujourd'hui d'émerveiller les petits mais aussi les plus grands. Malavida Films, en partenariat avec Gaumont, propose une version restaurée de ce long-métrage visible dans plusieurs salles de cinéma.

L'amour de la littérature

Yves Robert est un amoureux de la littérature, sa filmographie le prouve. Il adapte plusieurs œuvres de ses auteurs préférés : « L'Affaire Blaireau » d'Alphonse Allais qui deviendra "Ni vu... Ni connu", "Signé Arsène Lupin" qui s'inspire du personnage créé par Maurice Leblanc, "Les Copains" d'après le roman de Jules Romains ou, encore plus tard, "La Gloire de mon père" et "Le Château de ma mère" de Marcel Pagnol. Toutefois, un livre aura particulièrement marqué l'enfance d'Yves Robert : « La Guerre des boutons », écrit en 1912 par Louis Pergaud, un instituteur devenu écrivain. Le roman raconte les représailles entre les enfants de deux villages voisins à chaque rentrée scolaire. En plus des coups et des injures, les vaincus se voient confisqués leurs boutons, ce qui entraîne la colère des parents. Yves Robert découvre ce roman sur les bancs de l'école avant de le relire à l’adolescence : « J'avais été ébloui par La Guerre des boutons » confie-t-il à Olivier Barrot dans son portrait « Mémoires de Scènes ».

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Un projet d'adaptation difficile

Au début des années 1960, Yves Robert est un réalisateur confirmé et le succès au box-office de "Ni vu... Ni connu..." lui permet d'atteindre une certaine reconnaissance dans le milieu. Pour son cinquième long-métrage, il a le désir d'adapter « La Guerre des Boutons » en prenant une certaine liberté. L'histoire du roman se déroule à la fin du XIXème siècle. Yves Robert souhaite dépoussiérer le livre en le replaçant dans un contexte actuel. Une fois le scénario écrit, il présente le projet à des producteurs. Ces derniers ne sont pas emballés car aucune vedette ne serait présente sur l'affiche du film. Personne ne veut produire "La Guerre des Boutons". Yves Robert et son épouse Danièle Delorme décident alors de fonder leur propre maison de production, La Guéville, afin d'accéder à la liberté financière nécessaire à la réalisation du long-métrage.

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Un film sur l'enfance

« J'ai eu une enfance éblouissante de bonheur » confiait Yves Robert souriant à Olivier Barrot. Le cinéaste est né pendant l'Entre-deux-guerres à Saumur le 19 juin 1920, où il développe un amour de la nature et de la campagne. C'est sans doute par nostalgie de cette période heureuse qu'Yves Robert consacre tant d'énergie à ce projet qui lui tient à cœur. « Je voulais faire un film sur l'enfance. Je trouvais qu'il n'y avait pas de films sur ce sujet. » lance-t-il à Olivier Barrot. Lors de l'écriture du scénario, il n'hésite pas à s'inspirer des conflits avec ses camarades lorsqu'il était à l'école. L'année suivante, il met en scène "Bébert et l'Omnibus", l'histoire d'un petit garçon livré à lui-même dans Paris et qui va vivre des aventures extraordinaires. La jeunesse est un thème que l'on retrouvera plus tard dans sa carrière avec l'adaptation des romans autobiographiques de Marcel Pagnol, dans lesquels l'auteur replonge dans les souvenirs de son enfance.

Des enfants vedettes

Dans "La Guerre des Boutons", les parents sont interprétés par des visages connus du grand écran comme Michel Galabru, Jacques Dufilho ou encore Jean Richard. Cependant, les véritables célébrités du film sont les enfants. Afin de composer le casting, Yves Robert se rend dans des colonies de vacances et photographie près d'un millier d'enfants. Sur le tournage, il ne leur donne pas l'impression qu'un film se tourne, mais qu'il s'agit tout simplement d'un jeu. Cela donne un résultat saisissant, les enfants sont authentiques et s'amusent dans des décors naturels superbement filmés par Yves Robert. Plusieurs de ces comédiens amateurs resteront dans le domaine artistique. Martin Lartigue (Petit Gibus) a poursuivi sa carrière d'acteur avant de se lancer dans la peinture. Son frère François (Grand Gibus) est passé à la technique en devenant assistant opérateur, cadreur et directeur de la photographie. Daniel Janneau (La crique) est devenu réalisateur. Jean-Denis Robert, fils d'Yves, a continué en tant qu'acteur avant de passer à la réalisation. Christophe Bourseiller est devenu un acteur confirmé. Enfin, André Treton (Lebrac) a joué par la suite dans un film de Marcel Carné.

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Une réplique culte

Une scène du film "La Guerre des Boutons" vient immédiatement en mémoire lorsque l'on prononce le titre. Petit Gibus, nu comme un vers dans la forêt, est à la recherche de ses camarades et lance cette fameuse réplique : « Ah ben mon vieux, si j'aurais su, j'aurais pas venu. » Elle n'était pas présente dans le roman original, c'est une pure invention des scénaristes Yves Robert et François Boyer. Cependant, cette phrase apparaît dans la rubrique « Une heure dix avec... » de « L'Os à moelle », journal humoristique créé par Pierre Dac en 1938. L'humoriste Jacques Bodoin prononçait cette même phrase depuis 1953 dans son célèbre sketch « La table de multiplication » où Philibert, un cancre, se retrouve obligé de répondre aux questions d'un inspecteur des écoles. Jacques Bodoin avait l'intention de faire un procès aux producteurs du film mais aucune poursuite judiciaire n'a été lancée.

Un véritable succès

Le tournage terminé, Yves Robert et Danièle Delorme se lancent à la recherche d'un distributeur. En France, tout le monde refuse de sortir le film dans les salles obscures. Alors ils se dirigent vers les Américains et la Warner accepte de financer. En France, presque dix millions de spectateurs se déplacent dans les cinémas pour découvrir "La Guerre des Boutons". Le film arrive en deuxième position du box-office de l'année 1962 derrière "Le Jour le plus long" produit par Darryl F. Zanuck. Il est un énorme succès dans plusieurs pays étrangers comme le Japon où Petit Gibus est une vraie star. Le long-métrage remporte le Prix Jean-Vigo et une Victoire du cinéma français, deux récompenses importantes à l'époque. Il est à ce jour le 27ème plus gros succès du box-office français. Depuis, plusieurs autres adaptations ont vu le jour, mais "La Guerre des Boutons" a ce charme authentique qui continue d'opérer malgré les soixante ans passés.

En plus : Notre rencontre avec Petit Gibus...


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