Classics

La Horde Sauvage : La fin d’un monde

Par Yann Vichery

Lorsqu’on cite le nom de Sam Peckinpah, et sa filmographie est longue de 14 films, le premier qui vienne à l'esprit est sans conteste "La Horde Sauvage" (proposé en Mars sur TCM Cinéma) et bien souvent y est également associée une image qui accompagne l’affiche sur laquelle, sous un soleil crépusculaire, on y voit des personnages, de dos, armes aux poings, se dirigeant vers l’enfer et la fin.

Ce film, le quatrième seulement de Sam Peckinpah, date de 1969. L’action de La Horde Sauvage se déroule en 1913 et raconte l’épopée sanglante d’une bande de hors-la-loi, entre le Texas et le Mexique en proie à la révolution. Bien que la grande violence du film ait suscité une onde de choc dans la presse de l'époque, celle-ci est globalement séduite par son lyrisme et sa beauté (malgré tout, certains rejetteront avec véhémence le film) et "La Horde Sauvage" est bien souvent considéré tel un jalon du western, ce genre cinématographique américain par excellence.

La mort d'un certain romantisme, d’une ligne de conduite de nombreux chef d’oeuvres américains, une violence directe et sans fioritures à mille lieux du western traditionnel porté (avec grand talent voire génie) par John Ford, Howard Hawks, Anthony Mann, Delmer Davis, Raoul Walsh, etc., voila ce qui nous attend. Dès les premières minutes, on est saisi par la dimension visuelle de "La Horde Sauvage" : la bande de Pike Bishop arrive à San Rafael pour voler la paye des employés du chemin de fer. Monté en parallèle, des gamins s’occupent à voir un scorpion se faire bouffer par des fourmis, métaphore de la mort annoncée des principaux protagonistes et de l'arrivée d'une nouvelle ère qui ne veut plus d'eux. La conquête de l’Ouest est terminée des lustres et la guerre mondiale est imminente...

Constamment équilibré entre un réalisme crasseux et une fascination pour la violence, mise en scène par des effets visuels (les ralentis qui deviendront une marque de fabrique de Peckinpah) et des mouvements épiques, le film déploie un lyrisme sauvage dans la description des morts brutales et sanglantes des personnages. Cette vision de la violence contribue à détruire une certaine mythologie de l’Ouest dans laquelle les morts ne sont jamais montrées avec autant de détails, ce qui renouvelait en profondeur le genre traditionnel du western.

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Peckinpah s’est fait aussi un spécialiste en son temps du montage très « cut » qui lui a été reproché à l’époque (sans parler de ses ennuis avec la censure). Cependant, rien n’est gratuit. Certains se sont plaint de son manque de cohérence dans les plans et ses temps rallongés comme les chutes ultra-découpées lors des fusillades. Il s’en est d’ailleurs expliqué : une fusillade tournant au bain de sang s'apparente davantage au chaos dans lequel les repères visuels sont souvent mis à mal. Cette mise en image réaliste et minutieuse, pour un public habitué à voir un coup de feu et son point d'impact sur la cible vivante dans deux plans séparés, figurait parmi ses règles de conduite.

Un autre parti pris de Peckinpah qui fait de ce film un objet moderne, c’est l’absence totale de ce qui faisait le western d’antan : les bons d’un coté (John Wayne, Gary Cooper, James Stewart et j’en passe), les méchants de l’autre (les indiens, les repris de justice, les tueurs solitaires…) et l’affrontement final attendu. Ce n’est plus l’imagerie connue de l’Ouest, mais une fresque sauvage, un chant tragique et funèbre sur des hommes bons et mauvais à la fois, sans foi ni loi. Ces hors-la-loi qui forment la horde sauvage sont des héros d’un temps révolu. Tous, depuis leur chef, Pike Bishop (William Holden), ses frères d’armes (Ernest Borgnine, Ben Johnson) et Deke Thornton (Robert Ryan), leur ancien complice, aujourd’hui à la tête d’une bande de chasseurs de primes, sont des âmes solitaires et leurs interprétations ont fait de ce film une oeuvre mythique de par un casting parfait de « gueules de cinéma » taillés pour le western.

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Pour en finir avec cette « légende de l’Ouest », Peckinpah ressentait le besoin de tout exploser pour faire disparaitre ses anti-héros dans un ultime bain de sang, qui s’avérera être sans doute la bataille la plus impressionnante de l’histoire du western, affrontement apocalyptique qui ferme le film de la même façon qu’il l’avait ouvert. Le spectateur termine ses 2H30 de spectacle comme Robert Ryan, assis, épuisé. Avec la lancinante impression d’avoir assisté à la mort du western traditionnel.

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