24 octobre 2020
Classics

La Poursuite Impitoyable : Arthur Penn est grand

Par Yann Vichery

Au casting, Marlon Brando, Robert Redford, Jane Fonda, Angie Dickinson, Robert Duvall, Richard Bradford, Edward Fox, etc. Bref du 4 étoiles ! Derrière la caméra, Arthur Penn, déjà auteur du "Gaucher" et de "Miracle en Alabama" (et futur réalisateur de "Bonnie et Clyde"), "La Poursuite Impitoyable" (actuellement disponible en replay sur Arte) est un grand film sur les dérives humaines aux Etats-Unis qui est (et restera) toujours d’actualité.

L’histoire débute par l’évasion de Bobby Reeves (Redford tout jeune) et de son complice qui l’abandonne après avoir tué un automobiliste et que tout fera accuser Reeves. Ce dernier décide de se rendre dans sa ville natale pour y retrouver sa compagne. Son évasion va provoquer dans cette petite ville l’envie de lynchage de toute une partie des habitants. Au milieu de cette excitation on trouve un shérif épris de justice (Brando).

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Les travers de la société américaine

"La Poursuite Impitoyable" est une véritable claque même si le titre français est trompeur : ici pas vraiment de poursuite mais plutôt une tension « impitoyable » pour le shérif Calder et l’évadé Brown, tous deux pris dans une tourmente de violence et d’envie de vengeance qui grandit autour d’eux. Redford joue un évadé pour lequel on prend presque fait et cause, même si on n’en sait pas trop sur lui et les vraies raisons du lynchage espéré de la part des habitants qui semble presque surréalistes.

"La Poursuite Impitoyable" s’étend plutôt sur tout un tas de personnages, citoyens de cette petite ville ou tous s’ennuient fermement. Y sont décrit des vies tristes, minables de gens qui semblent avoir envie de se venger de leur quotidien par le lynchage. En façade, ils présentent bien, sont mariés, ont, pour certains, de bonnes situations financières, mais Arthur Penn, en creusant, y met en évidence des mal êtres qui explosent lors des soirées et des scènes finales.

Le royaume de la décadence

On peut dire que le réalisateur ne prend pas de gants pour mettre en scène la décadence de ces gens lors des soirées : femmes alcoolisées se ridiculisant en public, dansant telles des furies en manque de sexe, hommes mimant une scène de tuerie, voitures dérivant bruyamment dans les rues de la ville, prises de têtes en public et indices traduisant de nombreux adultères parmi les fêtards (Angie Dickinson dira d’ailleurs très justement que « s’il fallait tuer tout les gens qui trompent leur mari ou leur femme, il ne resterait plus personne dans la ville »). Toutes et tous sont ridiculisé(e)s par la caméra. Seul le shérif Calder semble vouloir faire ce qu’il peut pour mettre un semblant d’ordre dans la ville tout en restant bien lucide sur sa quasi incapacité à le faire (Marlon Brando encore de grande classe dans son rôle).

Lorsque la fête est terminée et que certains personnages sont bien excités, leur vraie nature se révèle. Et le film montre le côté sombre de la société américaine : haine de l’autre, racisme ambiant (le mot nègre employé sans complaisance), violences incontrôlées (passage à tabac du shérif, gifles sur les femmes, feux allumés dans la casse de voitures), utilisation gratuite et inconsidérée des armes. Tout est hors contrôle, les citoyens, sans réflexion aucune, veulent en découdre sans penser aux conséquences possibles qui s’avéreront tragiques.

Arthur Penn dépeint, avec beaucoup de force et de puissance, cet état d’esprit de folie meurtrière qui entoure la ville. Comme une vue de fin du monde ou l’humain devient inhumain et où la tension est palpable à chaque image. La critique de la société américaine et de ses maux est d’une virulence rare, surtout pour un film datant de 1966. "La Poursuite Impitoyable" était annonciateur d’un futur qui s’avérera bien réel et dont les travers se voient encore aujourd’hui dans les émeutes qui secouent notamment le Sud du pays contre les bavures policières...

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