6 décembre 2021
Classics

La Quatrième Dimension : Les héros sont endormis

Par Pierre Delarra

Une route déserte, au beau milieu de la nuit. Dans une voiture, un auto-stoppeur et le conducteur qui l'a pris en charge. Tous deux chantent gaiement en chœur la chanson The Midnight Special de Creedence Clearwater Revival. Une chanson que joue la cassette sur l'autoradio lorsque la bande-magnétique se coince. Elle finit même par se briser dans le mécanisme de celui-ci. Les deux automobilistes, désappointés, décident alors de jouer à deviner les noms de séries télévisées qu'ils adorent. Ils en fredonnent tour à tour les indicatifs...

Après avoir évoqué avec enthousiasme "La Quatrième Dimension" (et les frissons que leur donnaient certains épisodes), le mystérieux passager demande au conducteur s'il aurait vraiment envie de claquer des dents. Ce dernier répondant par l'affirmative, il lui propose de lui montrer quelque chose. Tout en insistant pour qu'il s'arrête sur le bas-côté au préalable...

Le film, "La Quatrième Dimension", est une adaptation de la série à succès de Rod Serling. Un programme produit entre 1959 et 1964. Chaque épisode était introduit de la façon suivante : « Nous sommes transportés dans une autre dimension. Une dimension faite non seulement de paysages et de sons, mais aussi d’esprits. Un voyage dans une contrée sans fin dont les frontières sont notre imagination. Un voyage au bout de ténèbres où il n’y a qu’une destination : la quatrième dimension... » Ce générique, agréablement illustré de cette petite musique lancinante, et qui est resté dans nos mémoires. Aidés de cette accroche, nous retombions sur nos oreillers. Aux confins de nos rêves et aux seuils de nos cauchemars d’enfants. Et si cela devenait nos réalités ? Pourquoi pas ?

Réalisé en 1983, entre "E.T." et "Indiana Jones et le Temple Perdu", Steven Spielberg rejoint ses trois acolytes : Joe Dante, John Landis et George Miller pour concocter un film-hommage à Rod Serling. 158 épisodes ! excusez du peu ! Il y avait de la matière. Si cette adaptation n’est pas une franche réussite, elle demeure néanmoins une belle volonté par-delà le regret face au résultat final. Celui d’être un peu passé à côté de la cible. C’est un peu comme attendre toute la journée en regardant ses cadeaux de Noël. Puis, à leur ouverture, d’être un peu déçu. Les vœux s’envolent comme les mirages s’étiolent et leurs images aussi !

Comme dit précédemment nous étions en attente. Comment les quatre Wonder-Boys de Hollywood pouvaient-ils finalement se tromper avec un tel film ? Toutefois, comme nous disait François Truffaut : « On se donne autant de mal à faire un mauvais film qu’un bon ! » Une sagesse bien surprenante, quoique, de la part de celui qui a raté la moitié de ses films et réussi l’autre…

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John Lightgow dans "Cauchemar à 20 000 pieds"

Que reste-il de ces quatre épisodes ? Sans doute le meilleur, "Cauchemar à 20 000 pieds" que réalise George Miller. Voir John Valentine scrutant, lors d’un mémorable orage, par le hublot de sa fenêtre, une étrange créature, en l'occurrence un « Gremlin » (il s’agit d’un diablotin ou d’une étrange créature dont Joe Dante se souviendra bien plus tard pour la production de "Gremlins").

Donc notre « Gremlin » est agrippé à l’un des réacteurs de l’appareil (on ne peut que penser à "Docteur Folamour" de Stanley Kubrick, dont le héros est juché sur une bombe nucléaire). Bien sûr ce « Gremlin » est une chimère qui fait de nos rêves un constant aller-retour entre le réel et l’irréel. Ici le match est gagné pour cet épisode. Rod Serling doit alors être le plus heureux des hommes. Et nous pouvons paraphraser sans ambages Boris Vian qui nous rappelait : « Cette histoire est vraie puisque je l’ai inventée. »

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