26 novembre 2020
Classics

La Reine Margot : Le sang de la robe

Par Pierre Delarra

"La Reine Margot", le film de Patrice Chéreau, a pour cadre la période des Guerres de Religion qui déchirent la France entre Catholiques et Protestants au XVIème siècle. Pour apaiser les tensions, la reine catholique Catherine de Médicis (Virna Lisi) négocie le mariage de sa fille Marguerite de Valois (Isabelle Adjani), que Dumas surnomme Margot, avec le protestant Henri de Navarre, futur Henri IV (Daniel Auteuil). L’union est célébrée, mais un attentat manqué contre l’amiral Coligny (Jean-Claude Brialy), chef des protestants, déchaîne les passions meurtrières. Le 24 août 1572, influencé par ses frères, les ambitieux princes Anjou (Pascal Greggory) et Alençon (Julien Rassam), et saisit d’une frayeur irrationnelle, l’instable roi catholique Charles IX (Jean-Hugues Anglade) ordonne le « Massacre de la Saint-Barthélemy », le pays tout entier bascule dans la violence, 4000 Protestants sont tués en trois jours.

A l’intérieur de ce cadre historique, Dumas invente une idylle entre la reine Margot, membre du clan royal catholique, et un noble protestant, le comte de la Môle (Vincent Perez). Chéreau la reprend à son compte et en fait une histoire d’amour passionnée et tragique qui sera la clef de voûte de son film. Telles sont les données scénaristiques du film "La Reine Margot", réalisé par Patrice Chéreau en 1993.

Production hors norme voulue et produite par le dernier Nabab-Producteur français Claude Berri. Abandonnée et reprise à plusieurs reprises le budget de "La Reine Margot" dépasse alors les 21 millions d’euros. Patrice Chéreau a approché en amont Danielle Thompson pour l’écriture, les dialogues et le scénario ; et dès 1989 une première mouture est prête. "La Reine Margot" ne serait il pas un film de producteur ? Le casting est impressionnant, il est éclectique et international. Le film a été écrit pour Isabelle Adjani et pour compléter la tête d’affiche Daniel Auteuil sera imposé. Patrice Chéreau complètera à son tour la distribution avec ses acteurs fétiches de sa troupe des « Amandiers » de Nanterre, sa famille : Jean-Hugues Anglade, Dominique Blanc, Pascal Greggory, Vincent Perez et Bruno Todeschini.

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"La Reine Margot" est le quatrième film du réalisateur. Homme de théâtre, fils spirituel des Roger Planchon et Antoine Vitez, digne héritier de Berthold Brecht et d’Antonin Arteau, ami d’Ariane Mnouchkine il consacre entièrement sa vie aux planches en mettant en scène la fantasmagorie, l’hyper-expressivité. Se rapprochant de l’hystérie, de la transe et du corps à corps, idées forces qui le mèneront à transfigurer la vie de Margot en hystérie qui glisse comme un fleuve de lave salvatrice et ininterrompue.

Les battements de cœur de Margot sont des battements mêlés, d’un sang d’amour et d’un sang de haine. Pour son mariage Margot s’habille de blanc très vite maculé de rouge, ce rouge qui dès lors va gouverner sa vie. Plongée dans un mariage dont elle ne veut pas, d’un mari qu’elle doit aimer mais qu’elle repousse inexorablement par une étiquette forcée. Alors Margot doit s’enfuir et trouver l’autre amour, celui de sa vie, celui guidé par La Môle, l’intrépide et le courageux, celui qui ne renonce pas, celui qui veut et celui qui prend.

Nous sommes en 1572, Catherine de Médicis, la Reine Mère, aura comme choix le sang, et il doit couler, le sang des Protestants par vagues et par flots. C’est un opéra baroque, dévié par des chutes d’hémoglobines et Margot sera la diva de cette symphonie sans fin. Le noir des habits protestants se mêle au rouge des habits royaux dans le rouge sang du massacre de la Saint-Barthélemy puis vers le blanc des cadavres amoncelés dans les rues de Paris, les chairs sur les chairs, les charniers à perte de vue. Ces trois couleurs à la fois, l’habit noir encore, celui de Catherine de Médicis, la robe blanche de Margot, la chemise bleue étoilée puis rouge du Roi Charles IX mourant, transpirant le sang des conspirations de sa propre mère. Une famille liée par le sang qui ne peut rien faire d’autre que de comploter, espionner, convoiter le pouvoir afin de régner, de tisser une toile mortifère tel l’universel aragne assoiffé de toutes ses victimes.

Oui à la fin Margot n’est ni ogresse, ni complotiste pas plus que victime. Elle est une femme seule lâchée au hasard d’une compagnie de loups assoiffés juste là au beau milieu implorant une improbable raison. Mais que pouvait-elle faire d’autre ? Oui Margot aurait dû être habillée de blanc afin de traverser tous les tumultes de ses histoires celles qui pour autant sont un peu aussi les nôtres, les Blancs, Noirs et Rouges de nos histoires...

A vos sodas, pop-corn et bonne projection !

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