Classics

Last Action Hero : Le royaume de l’auto-dérision

Par Yann Vichery

"Last Action Hero" devait être un des blockbusters de l’année 1993, la dernière bombe de John Mc Tiernan. Imaginez ! Le réalisateur de "Piège de Cristal" et de "Predator" mettant en scène Arnold Schwarzenegger ! Deux rois de l’action de nouveau réunis dans un film d’action dont le succès et les millions de dollars amassés au passage étaient quasiment assurés. Et, puis non ! Des critiques assassines, un public pas au rendez vous et l’échec improbable.

Pourtant, "Last Action Hero" ne mérite nullement son statut de film maudit, car qu’est ce qu’il est jouissif et plaisant (je l’avais vu 2 fois lors de sa sortie ciné, c’est pour dire), à croire que les critiques de l’époque n’avaient rien compris à ce qu‘ils avaient vu. Désormais, John McTiernan peut au moins se réjouir du statut « culte » de son film (et carrément d’une grande partie de sa filmographie ceci dit en passant).

Un bref retour sur l'intrigue de "Last Action Hero" : l’histoire d’un ado féru de cinéma, qui se retrouve propulsé dans son film préféré grâce un ticket magique dans lequel Arnold Schwarzenegger incarne Jack Slater et Charles Dance le méchant de l’histoire...

last-action-hero-3

Pourquoi un tel échec ?

McTiernan avait une toute autre idée en tête que de livrer un simple film d’action de plus. Après avoir défini les nouveaux codes de l’action repris maintes et maintes fois depuis, ce qui l’intéressait était de démonter et de mettre à jour toutes les ficelles du genre, de s’en moquer. Et ça, la critique ne lui pardonnera pas. Au passage, il semblerait qu’une version remontée par les soins du réalisateur soit dans les cartons depuis des années (abandonnée depuis son passage malencontreux de prison). Toutefois, cela fait partie d’une arlésienne à en faire baver les fans pendant des générations...

McTiernan a toujours admis n’avoir pas eu le temps de faire le film comme il le voulait, pressé qu’il a été par le studio de sortir le film afin de contrer un certain "Jurassic Park" dont le succès semblait lui aussi assuré. Le studio Colombia avait pourtant mis les bouchés doubles en affichant le film sur le fuselage de la fusée de la NASA avançant ainsi que ce serait « la première fois dans l'histoire de la publicité qu'un véhicule spatial est utilisé ». Malheureusement, le décollage de l'engin spatial n'a eu lieu que deux ans après la sortie du film et a explosé en vol (un signe prémonitoire avec le recul ?).

last-action-hero-1

Un traitement novateur

"Last Action Hero" se veut avant tout avant tout un hommage, un patchwork faisant plusieurs références au 7ème art. De nombreux films sont ainsi évoqués ("Hamlet", "Amadeus", "Le Septième Sceau", "Les Looney Tunes") mais également des acteurs tel Humphrey Bogart qui y apparait carrément en N/B.. Parmi les nombreuses scènes qui font référence aux oeuvres mentionnées précédemment, citons, pour le plaisir, la sortie du commissariat de Sharon Stone (comme si elle venait de subir le célèbre interrogatoire de "Basic Instinct"), celle de Robert Patrick (habillé en policier T-1000) ou la référence visuelle à "E.T."

Citons également, pêle-mêle, quelques autres exemples : au tout début, quand l'Eventreur est sur le toit de l'école, le lieutenant Dekker, fait une référence à une « épouvantable nuit pour un Noël », en l'occurrence celle de "Piège de Cristal"; lorsque la maison de Frank explose, le vieux policier s'exclame : « à deux jours de la retraite ! », clin d’oeil à Danny Glover dans "L'Arme Fatale". On peut d'ailleurs entendre brièvement le thème musical du film, composé par Michael Kamen (également à l'oeuvre sur "Last Action Hero"); quand Danny insiste pour que Jack vérifie si Benedict est bien mort, il lui rappelle que, dans Piège de Cristal", le pendu qu'on croyait mort revient à la fin; enfin quand Danny raconte à Slater que l'ami de ce dernier, John Persévère, a tué Mozart (en référence à "Amadeus", de Milos Forman, dans lequel F. Murray Abraham, incarne Antonio Salieri).

last-action-hero-4

Un concept original

Avec un McTiernan critiquant gentiment le genre cinématographique dans lequel il a réussi, et par l'entremise d'un scénario que l'on doit à Shane Black, et qui est qui est d'une rare intelligence, "Last Action Hero" est véritablement novateur. En effet, les deux personnages principaux vivent dans des mondes différents. Danny, qui est un peu notre double, de fan de cinéma de genre, se trouve dans le New-York réel, tandis que Jack Slater vit dans un Los Angeles très caricatural puisque c’est un univers créé de toutes pièces pour une saga de longs-métrages au nom du personnage. Tout y est déformé et le héros (comme tout héros de film d’action) est imbattable. Là où cela devient intéressant, c’est que le Slater, propulsé grâce au ticket magique dans le monde réel, n’est pas conscient de son nouveau statut. C’est sa réalité avec ses propres règles. Pourtant, au-delà des apparences, la vie du personnage ne s’arrête pas qu’à des scènes de films. Il possède ses propres problèmes, ses propres limites. Et ces deux mondes vont se mélanger pour nous donner des scènes vraiment très drôles.

Insiston notamment sur l’autodérision de Schwarzenegger, se moquant de lui même, de son statut d’icône du film d’action et de sa capacité à placer sa chaîne de restaurants Planet Hollywood... Ainsi, tout est exagéré dans son interprétation : charmeur et cabotin en diable, impitoyable pour ses adversaires. Son allure est assez marquée, un cigare à la bouche, jean, bottes en croco, tee-shirt rouge et veste en cuir ! Le méchant, lui, est interprété par un Charles Dance tout aussi atypique. Avec son œil de verre, il est à la solde d’un mafieux joué par Anthony Quinn et qu’il ne supporte pas du tout. C’est quelqu’un de très calme, propre sur lui, et qui va vous faire mourir de rire quand il pénètre dans le monde de Danny. Et que dire du chef de police, caricature de son propre rôle...

Les scènes d’action sont improbables, des bâtons de dynamite éteints avec les doigts, les voitures explosant et volant sans se soucier de la gravité, une bande-originale cool qui accompagne chaque séquence. Toutefois, le ridicule n’est jamais loin. Par exemple, la séquence de l’enterrement de Léo The Prout et son explosion. Tout est tellement loufoque que l’on ne se pose même plus la question de la crédibilité puisqu’on y prend un énorme plaisir. La mise en scène est tapageuse et tout est à prendre au troisième voire quatrième degré. Le tout bien intégré à l’histoire fait de "Last Action Hero" une jolie réussite dont le statut de film-culte est largement mérité !

ça peut vous interesser

L.627 de Bertrand Tavernier

Rédaction

Los Angeles 2013 : Call me Snake !

Rédaction

Hurlements : La modernité du loup garou

Rédaction