18 septembre 2021
Classics

L’aventure c’est l’aventure : Vous reprendrez bien un peu de Ventura ?

Par Kevin Corbel

Film culte des années 1970, "L’aventure c’est l’aventure" n’avait pas été épargné par la critique à sa sortie. Attisant l’amour comme la haine, la comédie de Claude Lelouch doit ce déchaînement des passions à l’un de ses thèmes principaux : la politique. Presque 50 ans après sa sortie, ce classique (que l'on pourra revoir ce soir sur C8) mérite-t-il encore le détour ?

C’est à la suite d’un dîner en compagnie d’intellectuels (issus des Cahiers du cinéma) que Claude Lelouch prend conscience qu’en 1971, le monde est traversé par beaucoup d’idées politiques contradictoires, que chacun revendique et défend. De là lui vient l’idée d’un film mettant en scène des voyous sans foi ni loi se servant de la politique et des paradoxes d’un monde en pleine transition pour s’enrichir, le tout sous couvert d’humour.

Un casting 5 étoiles

D’abord parti sur l’idée de Jean-Louis Trintignant pour le rôle titre, avec qui il avait déjà tourné Un homme et une femme cinq ans plus tôt, Lelouch est obligé d’aller voir ailleurs après le refus de ce dernier, qui ne croît pas au scénario. Jacques Brel prend alors le rôle et est vite rejoint par Lino Ventura Charles Denner, Charles Gérard et Aldo Maccione ("Mais où est donc passé la septième compagnie ?"). On notera surtout la performance de Ventura, dont la scène du cours de drague sur la plage est restée culte. Il rempilera avec Lelouch deux ans plus tard dans "La Bonne Année".
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Un film réac ?

"L’aventure c’est l’aventure" dépeint une société post-Mai 68 où chaque groupe social a ses revendications (communistes, féministes, etc) qu’il défend et promeut, ce qui a le don d’amuser la bande de gangsters que l’on suit, qui appartiennent à un monde déjà disparu. C’est en utilisant ces forces parfois contraires qu’ils vont faire fortune : les banques n’ont plus d’argent, ce qui rapporte en 1972, c’est le show-business, alors autant kidnapper Johnny Hallyday ! Les compères iront jusqu’à s’allier à un leader révolutionnaire d’une république bananière, pas par amour du socialisme mais uniquement pour l’appât du gain. Comme le dit le personnage de Brel : « De Marx, nous avons surtout retenu la notion de capital… »

Le caractère « politiquement incorrect » du film, qui met en scène des personnages parfois peu enclins aux changements des mœurs (cf l’assemblée générale des prostituées au début du film), est la cause du nombre de mauvaises critiques à sa sortie. Encore aujourd'hui on reproche au long-métrage un certain côté réactionnaire : "L’aventure c’est l’aventure" ne serait qu’une critique de l’épanouissement intellectuel et idéologique post-68 saupoudrée d’humour. Il ne faut toutefois pas oublier que l’objectif premier de l’œuvre est de se moquer du chaos politique et idéologique de la fin des Trente glorieuses sans pour autant rabâcher l’éternelle rengaine du « c’était mieux avant ». Il paraît donc complexe de déceler le moindre message politique concret, si ce n’est un œil moqueur sur le monde d’avant, d’aujourd’hui et de demain.

Et aujourd’hui ?

Film d’ouverture du Festival de Cannes de 1972, "L’aventure c’est l’aventure" est depuis devenu culte et occupe une place spéciale dans la filmographie de Claude Lelouch, à l’instar d’"Un homme et une femme". Malgré une adaptation en bande-dessinée par Bernard Swysen en 2010, l’œuvre semble toujours souffrir de critiques acerbes à son égard, qui ne l’ont pourtant jamais empêcher d’accéder à une grande popularité.

Peut-être qu’en renvoyant ce film d’un œil neuf et sans sur-analyse, ses détracteurs pourront y trouver matière à l’apprécier. Mais comme dit Simon, le personnage de Charles Denner : « Il faut bien que les gens meurent pour qu’on leur trouve des qualités. »

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