Classics

L’Aventure Intérieure de Joe Dante : Zéro défaut !

Par Yann Vichery


Sorti en 1987, et diffusé en ce moment sur TCM, le bien nommé "L'Aventure Intérieure" de Joe Dante se présentait tel un remake du "Voyage Fantastique" de Richard Fleischer (1966) dans lequel une équipe de scientifiques était miniaturisée et injectée dans le corps d’un patient dans le coma afin de le guérir d’une tumeur au cerveau devenue inopérable. Pourtant, "L'Aventure Intérieure" mérite d’être enfin reconnu pour ce qu’il est : un objet-culte, parfait, qui n’aura jamais de rides, et qu'il est si agréable de découvrir et/ou de revoir en cette période bien tristounette.


Remake or not remake ?

Souvent, un remake est inférieur à l’original, mais certains petits malins arrivent parfois à inverser la tendance pour faire un film qui éventuellement surpasse et tente de faire oublier l’original. Pourtant, Joe Dante, qui avait hérité du projet, n’allait pas en faire un simple remake, car quelqu’un derrière lui allait y mettre sa griffe en tant que producteur, le roi du divertissement hollywoodien : Steven Spielberg.

Nous sommes dans les années 80, décennie au cours de laquelle ont été créées les meilleures franchises du divertissement aux USA : "Retour vers le futur", "Gremlins", "Ghostbusters", "Indiana Jones", etc.. D’un film à la base plutôt sérieux et contemplatif, Dante et Spielberg ont flairé l’occasion de le transformer en une comédie fantastique, totalement débridée et jouissive, où les univers respectifs des deux copains font carburer le film au turbo.


Comment faire de "L’Aventure Intérieure" un film culte ?

L’idée de départ : filmer une petite capsule qui se balade dans le corps humain et montrer au public des choses qu’il n’a jamais vues (des globules, un tympan, des vaisseaux sanguins, des organes, tout un tas de trucs dégueux qu’il faudra faire accepter à un public familial qui regardera le film en mangeant des pop corn).

Il faudra aussi et quand même y mettre un but à ce voyage : pourquoi pas une expérience qui tournerait mal. Deux équipes de scientifiques en concurrence dont une ambitionne de voler le concept à l’autre ? Et le scientifique qui se retrouve dans le corps d’un humain alors qu’il devait être injecté dans un lapin après une folle poursuite. Nous voila avec un public qui va se demander comment le malheureux va se sortir de son hôte.

Très important ! Le spectateur doit s’identifier aux personnages et les apprécier. Dennis Quaid sera le scientifique fonceur, sans peur, cool, extraverti et le personnage est écrit de façon à ce qu’on l’apprécie au bout de quelques minutes : pari gagné puisque Dennis Quaid trouve en Tuck Pendleton un des meilleurs rôles de toute sa carrière.

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Des héros inattendus

Il fallait que le personnage, qui reçoit par erreur l’injection, soit son opposé pour que le duo fonctionne. Peureux, introverti, vite dépassé, mais auquel on s’attache de par son caractère et sa maladresse. Et, là, le souvenir de Martin Short en Jack Putter est de ceux qui font que "L’Aventure Intérieure" est une réussite. Il trouve ici son meilleur rôle. Ses dialogues et les situations auxquelles il se confronte font le reste.

Les scènes au cours desquelles le duo est plongé dans cette "Aventure Intérieure", sans jamais se voir, fonctionnent toutes de par leur interaction. Si Tuck vit une aventure intérieure pour laquelle il était plus ou moins préparé, c’est surtout Jack qui va vivre une aventure « extérieure » et une révélation de ce qu’il peut faire et de ce qu’il peut être, guidé tout du long par la voix intérieure et la truculence de Tuck.

Meg Ryan apporte enfin une touche de charme indéniable à l’ensemble du film durant lequel elle formera un vrai couple avec Dennis Quaid (prémices de ce qui se produira dans leur vie privée). N’oublions pas les « méchants » du film tel le génial Vernon Wells et sa main électrique à tout faire (échappé lui aussi de tout un tas de films cultes tels que "Commando" et "Mad Max 2"). Mentions spéciales au « Cow Boy », Robert Picardo, et à Henry Gibson (PDG de supermarché), tordant de rire à chaque apparition. Je vous laisse aussi reconnaître Dick Miller pour les connaisseurs en effets spéciaux de maquillage…


L'emballage visuel est à la hauteur

Les effets spéciaux : ils forment l’emballage du film et doivent tenir la distance sur les années. Ah ! Les bons vieux trucages à l’ancienne de Dennis Muren et de son équipe (oscarisés très justement à l’époque), ils résistent plutôt bien au passage du temps et sont loin de rendre le film kitsch. C’était l'époque où les globules étaient créés en live et pas en numérique. Le charme demeure pour celles et ceux qui découvraient le cinéma dans les années 80.

Il faut de l’action, de l’incroyable, un certain suspense (même si on connait la fin bien avant) et des scènes menées tambour battant tout en gardant en tête que le spectateur doit se marrer. Et là, on a l’embarras du choix. Le combat entre Tuck et Mr Igoe dans le corps de Putter; la poursuite dans le camion frigorifique; la transformation physique de Putter, etc. Une scène unique aussi durant laquelle Tuck rencontre son futur enfant lors d’un transfert improbable de salive.

Bref, j’en ai dis assez sur la recette d’un film qui deviendra culte mais au fil du temps. En effet, en 1987, le succès n’est pas au rendez vous. Echec public assez incompréhensible, Joe Dante avait pourtant déjà une réputation de solide metteur en scène. "L’Aventure Intérieure" est surtout le vestige d’une époque où divertissement familial ne rimait pas avec produit formaté et attendu. D’autant que Joe Dante est un passionné de cinéma de genre, aimant rendre hommage à ses pères. Aussi, "L’Aventure Intérieure" est une excellente reformulation du film de Richard Fleischer avec tout le respect qui lui est dû.

Fort d’une jolie réputation auprès des fans, "L’Aventure Intérieure" s’est donc imposé tel un must du cinéma pop corn, intelligent et distrayant comme jamais. Une sorte de petit miracle comme les majors d’hollywood savaient si bien le faire dans les années 80. Recette qu’ils ont plus ou moins perdu de nos jours. Vous l'aurez compris : "L’Aventure Intérieure" est à l’image de la machine Tuck Pendleton : zéro défaut !

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