6 décembre 2019
Classics

Le crocodile de la mort de Tobe Hooper : L’autre Crawl

Le crocodile de la mort de Tobe Hooper

(Eaten Alive)

(1977)

Par Peter Hooper

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En 1974 Tobe Hooper nous jette à la gueule "Massacre à la tronçonneuse", véritable pierre philosophale du film d’horreur qui allait profondément en marquer son histoire.


Après son massacre texan le producteur Mardi Rustam commande à Hooper un monster movie aquatique pour surfer sur la « vague » triomphale des "Dents de la mer" de Steven Spielberg. Mais le père créateur de Leatherface ne va pas respecter le deal, "Le crocodile de la mort" se situant très loin du film de monstre que l’affiche, la bande annonce et le titre français pouvaient laisser supposer.

Exit l’atmosphère poisseuse et étouffante d’un été texan écrasé sous un soleil de plomb avec ses personnages dégoulinants de sueur. La première image du générique montrant une pleine lune donne le ton : le film sera nocturne.

Cet hôtel au milieu de cette région amphibie servira de décor principal à Hooper qui devra cette fois composer avec un huis clos plutôt contraignant pour un horror movie, une vaste propriété perdue en plein cœur des champs étant nettement plus propice pour installer une tension paroxysmique.

Toutefois, ce tournage intégral en studio va lui permettre de faire le film qu’il veut, de jouer à sa guise avec les plans, de s’approprier les reflets lisses d’un décor statique en jouant avec la lumière et les ombres et une mise en scène misant sur le jeu d’acteur.

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Neville Brand


Avec en tête Neville Brand, stupéfiant dans le rôle de Judd, ce tenancier tiraillé par ses névroses psychotiques. Un vétéran probable du Vietnam, auxquels ces bruits d’animaux omniprésents autour de son mystérieux Hôtel Zoo renvoient. Ses bras immenses et ballants lui confèrent une allure iconique quasi simiesque et renforce son animalité.

Ses motivations meurtrières sont étranges, comme ses monologues qui témoignent d’une rivalité intérieure le poussant à commettre ses méfaits. Ses crises de bipolarité étant annoncées par ses lunettes rapiécées qu’il range dans la poche de sa chemise avant de procéder à ses exactions. Le crocodile n’étant au mieux qu’une symbolique représentation de sa face obscure, au pire un alibi en plastique flottant dans la gadoue pour le coté « film de monstre »... qu’il n’est pas vraiment.

La scène du saurien poursuivant la petite fille sous la maison (sûrement la plus mauvaise du film) n’étant d’ailleurs là que pour assurer le minimum syndical, tout comme cette mâchoire grotesque dévorant les victimes jetées en pâture par Judd.

Cette position maladroite entre monster movie et film sur la violence rurale contribuera à un semi échec commercial. Cependant, si on fait fi de cette ambiguïté, "Le crocodile de la mort" est une œuvre foisonnante d’hommages aux films d’exploitations, mis en scène avec un savoir faire qui le démarque des nombreux films de drive-in auquel il était destiné. Ceux des nudies avec ses demoiselles s’effeuillant pour dévoiler leurs (superbes) attributs mammaires.

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Robert Englund


La scène d’intro avec Buck (formidable Robert-Freddy-Englund !), un serial pineur intimant une bestiale copulation à la pute de circonstance en prononçant, la main entre les cuisses, cette phrase « My name is Buck and i want to fuck » (reprise par Tarantino dans "Kill Bill") donne à celle-ci de très forts accents d’érotisme bestial à la Russ Meyer.

Le sang qui gicle abondamment rappelle, quant à lui, le spectacle grand guignol d’un Herschell Gordon Lewis, impression confirmée par la « théâtralisation » des scènes au Starling Hôtel. Les décors extérieurs très 50’s ont, quant à eux, des airs de revival.

Mais aussi de surprenantes références comme ce chaperon vert sortant de la forêt, telle Judy garland dans "Le Magicien d’Oz" (référence assumée par Hooper qui avoue être très fan de ce film). Pourtant, on pense surtout au "Psychose" de sir Alfred (une influence moins étonnante mais toute aussi assumée) du Bates hôtel (la scène d’arrivée de la prostituée est un hommage frontal) en passant par la salle de bains, et ce rideau noir (la mort qui l’enveloppe) entourant Faye (Marylin Burns).

Hooper n’hésite pas à s’auto-citer avec un art subtil de la dérision, comme avec la fille dans la forêt poursuivie par Judd avant de s’enfuir en voiture, la grande faux du tueur et son air stupéfait sont sans équivoque calqués sur Leatherface et sa tronçonneuse (la scène de la salle de bain ambiancé « psychose » est aussi celle du plan ou Leatherface attrape un des ados pour le porter à la cuisine).

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Stuart Whitman


Marylin Burns de retour en scream girl, enlevée et maltraitée mais qui survivra (encore) au dégénéré, complète un superbe casting dans lequel on retrouve un Mel Ferrer en père rédempteur, William Finley (avec ses faux airs de Steve Buscemi) dans le rôle du mari de Burns, complètement désaxé et aboyant comme un chien face à sa femme dominatrice, le charismatique Stuart Whitman, survivant de l’âge d’or, dans le rôle du shérif (on est bien loin de la série "Cimarron").

Une galerie de personnage à la caricaturale caractérisation, du rural bouseux au cowboy macho, de la prostituée pas fufute au shérif viril, en passant par le mari impuissant, le citadin hautain, la gamine stupide (elle joue avec le crocodile !). Une parfaite direction d’acteurs au service d’une mise en scène maîtrisée qui culmine dans la folie d’un final explosif, véritable traumatisme sonore et visuel, dans la crasse et le gore.

Enveloppé par une bande originale très oppressante composée par Wayne Bell et Tobe Hooper, des couleurs violentes entre rouge et vert, des cris, du sang, des seins, de la country… "Le Crocodile de la mort" atteint parfaitement l’objectif d’un vrai film d’horreur macabre et visuellement très jouissif.

Cette année-là un certain "Star Wars" ouvre la voie aux blockbusters et marque le déclin du film d’exploitation dont Hooper vient de réaliser un de ses derniers fleurons, avant de se lancer dans les fêtes foraines. Mais ça c’est encore une autre histoire…

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Lunch time...

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