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Le Gang Anderson : Sean le bandit

Par Pierre Delarra

Proposé en édition Bluray, avec un master haute définition, par Sidonis Calysta dès le 02 mars 2021, "Le Gang Anderson", adapté d'un roman de Lawrence Sanders ("Anderson tapes"), est un film précis, maitrisé, concis et froidement efficace, un thriller où la légèreté côtoie la précision chirurgicale d’un casse haletant...

Duke Anderson (Sean Connery), bandit et voleur notoire, sort de prison après dix longues années d’internement. Sa principale résolution une fois sa liberté conquise : cambrioler l’immeuble entier où habite son ancienne compagne Ingrid (Dyan Cannon). C’est l’objectif quelque peu borné de Duke. Il va donc réunir autour de lui un gang de braqueurs afin de perpétrer son méfait, pour cela il s’entoure de l’antiquaire Tommy Haskins (Martin Balsam), de l’électricien Kid (Christopher Walken), du mafioso Stock Parelli (Val Avery) et de l’ami de toujours Spencer (Dick Anthony Williams). L’aventure semble sans risque si ce n’est que l’immeuble est truffé de caméras de surveillance et de systèmes d’écoute. Duke, en chef cambrioleur, n’est pas au courant de ces petits détails, il n’en a cure et compte bien aller jusqu’à la réussite de son forfait.

Sidney Lumet (1924-2011) est un New-Yorkais pur jus. Il a grandi dans un Manhattan frappé par la grande dépression des années trente fils de comédiens, auteurs et acteurs désargentés. De cette jeunesse difficile, il éprouve une admiration et un amour envers les comédiens, les acteurs. Cette passion l’amènera tout au long de sa carrière à placer le jeu de l’acteur avant toute chose, jusqu’à, dit-il, l’effacement de son propre travail de réalisateur-metteur en scène. C’est grâce à son ami Yul Brynner qu’il entre sur les plateaux de télévision ralliant Arthur Penn dans les années cinquante, devenant au fil des directs de TV (plus de 400 !) l’un des réalisateurs les plus réputés de la télévision américaine.

Il sera jusqu’à la fin de sa carrière un des réalisateurs des « Trial Movies », films basés sur les axes police-justice (typique aux Etats-Unis) avec des oeuvres emblématiques telles que "12 Hommes en Colère" (1957), "Serpico" (1973), "Un Après Midi de Chien" (1975) et "Verdict (1982). Il se veut de même pourfendeur de l’ordre médiatique, des aberrations des médias et de son ancien employeur la télévision avec son film prophétique, "Network", en 1976. Avec trente films majeurs il est le réalisateur incontesté et incontestable durant les années soixante-dix, quatre-vingt et quatre-vingt-dix du cinéma quasi indépendant, délaissant la côte ouest d’Hollywood pour la côte est de New York-Boston-Philadelphie. Ses films deviennent pour lui l’occasion de dresser des portraits de personnages, des caractères psychologiques à la manière d’un peintre portraitiste devant une toile à l’instar de Duke Anderson, personnage buté, borné qui finit broyé par le système qu’il combat.

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Quelle mouche a donc piqué Duke Anderson ? Cet homme sortant de dix années d’incarcération s’est donc fixé comme objectif de dévaliser l’un des plus luxueux immeuble des quartiers upper de New-York… Récemment disparu le 30 novembre 2020, c’est l’immense acteur Sean Connery qui campe le rôle de Duke Anderson, qui mieux que l’acteur irlandais pouvait endosser cette partition haute en couleur. Duke Anderson est un personnage buté, borné tout aussi perspicace et travailleur obstinément vissé à son objectif. Sean Connery trouve dans ce personnage toute une palette de possibilités qui grâce à Sidney Lumet prend vie avec une rigueur hors norme, Sidney Lumet n’est-il pas le metteur en scène qui transcende ses acteurs, l’homme de Broadway, les yeux du grand ordonnateur.

Nous avions déjà évoqué la carrière de Sean Connery dans les colonnes du Quotidien du Cinéma, comédiens multi-facettes, avec plus de 50 ans de carrière Sean Connery aura tourné plus de 74 films. Auréolé du rôle marquant de James Bond, il aura réussi le tour de force d’échapper à 007 de Ian Fleming, de le dépasser pour d’autres rôles et s’ils n’ont pas cette aura populaire, ils auront force d’aller bien au-delà de ces possibilités d’acting et de proposer bien d’autres facettes plus énigmatiques, plus sombres à l’instar des personnages de "Zardoz" de John Boorman, d’endosser les habits de "L’Homme qui voulut être Roi" de John Huston ou du "Lion et le Vent" de John Millius entre autres. C’est bien cette caractéristique d’acteur protéiforme qui fait de Duke Anderson un personnage de premier plan. C’est bien là le travail de Connery : pouvoir tout jouer sans jamais être l’esclave d’un rôle ou d’une idée.

Comme nous l’avons précisé, Sidney Lumet est un metteur en scène qui privilégie ses acteurs et ce film, "Le Gang Anderson", en est bien l’exemple, quel acteur, quels acteurs ! L’équipe du casse du somptueux palais italien de la cinquième avenue surplombant Central Park est digne de la Comédia Del Arte, une bande d’ingénieux branquignoles idéalistes mais figés dans leurs jus. Que dire de Tommy Haskins, formidable et inoubliable Martin Balsam incarnant le personnage de l’antiquaire homosexuel transcendant à lui seul tous les codes vestimentaires des années 70. Et puis il y a le Kid, joué par Christopher Walken, qui, pour son deuxième rôle au cinéma, marque et prophétise la longue et merveilleuse carrière qui deviendra la sienne dans les décennies à venir. Certes, et pour conclure, "Le Gang Anderson" n’est sans doute pas le meilleur film de Sidney Lumet, mais il ouvre de nouvelles portes à l’écriture scénaristique, à la narration, cette idée de compresser l’intrigue, de la déstructurer pour mieux la restituer… A vos sodas, pop-corn et bonne projection !

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A PROPOS DU BLURAY

Nom original : The Anderson Tapes;
Format : 16/9 - 1: 85;
Audio : Français – Anglais – VOST;
Durée : 99 min;
Bonus : Présentation Patrick brion, François Guérif et Bertrand Tavernier.

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