22 septembre 2020
Classics En Une

Le Guignolo : Belmondo en caleçon à pois rouges

Par Jérémy Joly

En 1979, la comédie policière « Flic ou Voyou » attire près de quatre millions de spectateurs dans les salles obscures. Face à ce succès, Alain Poiré, producteur chez Gaumont, donne son feu vert pour un deuxième film avec la même équipe que le précédent. « Le Guignolo » sort au cinéma l'année suivante.

Dès la première scène, nous comprenons que nous sommes face à une comédie purement loufoque. Jean-Paul Belmondo joue le rôle d'un cambrioleur nommé Alexandre Dupré. Ce dernier entre par effraction dans une superbe maison. Alors qu'il est sur le point de dérober un tableau, il est surpris par la propriétaire qui ne semble pas être troublée par la situation. S'ensuit un dialogue farfelu autour des assurances qui rembourseront la perte du tableau. Le mari de la propriétaire étant absent et face au charme de Belmondo, tout cela se termine par une scène d'amour. Au petit matin, Alexandre Dupré rentre en prison, sa permission étant terminée.

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Michel Audiard, Bébel et Georges Lautner pendant le tournage

A peine libéré de prison, il se retrouve à bord d'un luxueux bateau, prêt à escroquer les riches passagers. Déguisé en maharaja, il tente de séduire une jeune veuve parée de diamants. Mais il se rend vite compte qu'elle fait le même métier que lui. Ils décident de s'associer, mais leur première arnaque échoue de façon burlesque. Cette histoire extravagante nous emmène ensuite en direction de Venise. Durant le voyage, Alexandre Dupré est abordé par un homme qui lui demande de passer la frontière italienne avec sa mallette. D'abord méfiant, il finit par accepter. Une fois arrivé en Italie, Dupré se dirige vers ce mystérieux inconnu qui se fait assassiner sous ses yeux. Il part à son hôtel, sans savoir qu'il est en possession d'un microfilm qui intéresse beaucoup de personnes...

« Le Guignolo » se tourne vers la comédie d'espionnage. Le personnage de Belmondo devient une parodie de James Bond, malgré lui. Il va devoir affronter les attaques d'ennemis et sur son chemin, il croise plusieurs femmes qui succombent à son charisme. La voix-off, bien qu'ayant un ton sérieux, n'a d'autre utilité que de décrire l'action qui se déroule sous nos yeux, donnant un effet décalé amusant. Parfois « Le Guignolo », avec les escroqueries mises en place par le personnage principal, devient un vaudeville.

Belmondo excelle dans ce registre comique et exécute lui-même les scènes d'action, sans doublure. Tandis que Rémy Julienne règlent les cascades mécaniques, Claude Carliez s'occupe des cascades physiques, deux experts dans leur domaine. Le film n'est pas avare d'action. Belmondo fait une fracassante entrée dans un hôtel à bord d'un bateau, simule une pendaison lors d'une escroquerie ratée, fonce dans les portes fermées, explose une cabane au volant d'une voiture, saute d'un balcon et enfin donne quelques coups de poing aux cascadeurs Michel Berreur et Daniel Breton.

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Mais c'est une autre cascade qui retient l'attention dans ce film, devenant une scène mythique. Jean-Paul Belmondo, avec son légendaire caleçon à pois rouges, pilote un bateau avant de se suspendre à un hélicoptère tel un acrobate et survole Venise. Cette scène, qui donne facilement le vertige, est spectaculaire et ne pourrait plus se faire dans le cinéma français actuel. Prendre le risque de blesser ou de tuer la vedette d'un film ne serait plus permis par les assurances. Même si Belmondo, par des astuces techniques, n'est pas réellement en danger, le risque zéro dans les cascades, n'existe pas. Cette liberté dans le cinéma impressionne encore plus avec les années qui ont passé.

Belmondo est aussi entouré par un casting composé d'acteurs talentueux, faisant partie de sa bande d'amis : Georges Géret, Michel Galabru, Pierre Vernier, Michel Beaune, Maurice Auzel, Henri Guybet, Philippe Castellli et Charles Gérard. Les dialogues sont signés par le grand Michel Audiard qui offre des répliques succulentes dont certaines sont des pépites pour les oreilles. Pour le plaisir, nous pouvons citer : « Un marchand de tableaux est un voleur inscrit au registre du commerce », « Tout le charme de l'Orient... Moitié loukoum, moitié ciguë... L'indolence et la cruauté... En somme, le Coran alternatif. » ou encore le dialogue final : « - Vous savez quelle différence il y a entre un con et un voleur ? - Non... - Un voleur de temps en temps ça se repose ». La musique composée par Philippe Sarde illumine Venise, avec du blues ou un peu de jazz. La superbe bande originale n'a rien de comique. Ce choix intéressant accentue la drôlerie des images.

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A sa sortie, « Le Guignolo » fait presque trois millions d'entrées au bof-office, un succès mais qui n'atteint pas le score de « Flic ou Voyou ». Cette différence peut s'expliquer par une critique féroce qui n'a pas compris le but du film. Georges Lautner et sa bande ont voulu réaliser un long-métrage dont l'humour est exagéré. Le titre et l'affiche l'indiquent clairement. Aujourd'hui, « Le Guignolo » mérite d'être revu pour retrouver la belle époque du cinéma français avec un Belmondo en plein succès. La sortie prévue en Bluray ce 01 Septembre (édité par StudioCanal) devrait largement le permettre.

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