Classics

Le Jour des Fous : Poison d’avril

Par Pierre Tognetti

Le 1er avril, La date anniversaire du jeune Marty le souffre-douleur du lycée. une bande d'étudiants qui n'aime pas Marty décide de lui jouer une blague. Mais la blague tourne mal et Marty est pris dans l'incendie du labo alors qu'il faisait une étude chimique. Le pauvre Marty sévèrement brûlé à l'acide et au flammes se retrouva traumatisé et enfermé en asile psychiatrique. Dix ans plus tard, les anciens élèves responsables du drame reçoivent une invitation dans leur ancien lycée à l'abandon depuis 5 ans ; mais le soir une fois arrivés sur les lieux, le cauchemar ne tarde pas à commencer. Ils se retrouvent enfermés et devront survivre à un mystérieux tueur caché sous un masque de joker qui se balade dans les couloirs sombres, armé d'un javelot. 

Depuis la fin des années 70, les serials killers ont toujours eu la côte. Ils auront font les choux gras des exploitants des salles obscures et des gérants de vidéoclubs. La vague des boogeymen est lancée à cette époque, emportant sur son passage tout un tas de jeunes spectateurs avides de tripotage de voisine de siège et de sensations fortes (tout dépendait de la voisine…). On ne compte plus les récusés surfant sur "Halloween" et "Vendredi 13", les pionniers de ce sous-genre, avec toujours la même recette : un scénario anorexique mettant en scène des ados pas vraiment fufutes, quasiment toujours interprétés par de jeunes acteurs débutants, adeptes du touche pipi dans un cadre unique et isolé, et bien sur un tueur revanchard et quasiment invincible lancé à leur trousse. L’ensemble, emballé en quelques jours, garantissait avec l’avènement du marché de la VHS, un juteux retour sur investissement. Evidemment ce pur étalage de meurtres perpétrés de manière plus ou moins originale, s’avérait à force très redondant, même si au fond « nous », jeunes spectateurs d’alors, on s’en foutait, car on était venu pour voir des blaireaux se faire déboîter par un tueur rancunier et accessoirement mater quelques jolies greluches dévoilant leurs formes, avant de se faire déboîter elles aussi.

Ce "Jour des Fous", sorti au milieu des années 80, ne fait pas exception à la règle. Sur une histoire d’un classicisme affligeant (même si au fond…) Georges Dugdale transporte son intrigue dans une réserve à ados pas très malins (un lycée donc) où une bande de potes va avoir la géniale idée de faire une blague le 1er avril (fallait quand même y penser !) à Marty (Simon Scudamore), le parfait prototype de la tête de turc. Piégé par la belle Carol (Caroline Munro), il sera humilié par une séance vidéo forcée, la biroute à l’air, suivi d’un trempage de tête dans la cuvette des WC, avant de se retrouver en salle de chimie complètement défiguré par une bouteille d’acide (quels farceurs ces mômes !).

On retrouve dans "Le Jour des Fous" notre bande de joyeux blagueurs cinq ans plus tard, invités à se rendre dans leur ancienne école pour une fête. Et c’est là qu’un mystérieux tueur, caché sous un masque de bouffon, semble décidé à décimer un par un les convives. Des indices laissés sur les casiers laissent rapidement présumer l’identité du meurtrier… (Roulement de tambour) le malheureux Marty ! Effectivement, malgré un suspense insoutenable et un grime parfait avec ce déguisement jokari (c’est un joker qui a ri…) Marty’s back, sans la Delorean, mais animé par une haine tenace envers ses anciens bourreaux. Ce personnage à la grossière caractérisation d’abruti de service, avec son statut de victime expiatoire et les mauvaises blagues dont il est la cible rappelle celui du "Toxic Avenger" sorti un an plus tôt (les hasards de l’époque…), le sérial killer Trauma-tique assumant totalement de son côté son statut de teen-movie/ horrifico-parodique, devenu d’ailleurs culte depuis.

le-jour-des-fous-film-critique-2
Avec "Le Jour des Fous", si Dugdale semble abattre lui aussi les cartes de la caricature, j’ai un peu de mal à croire à un choix volontaire. Car si le réalisateur a visiblement choisi l’angle d’un pur slasher, c’est avec une certaine tromperie sur la marchandise. Déjà le cadre qui se revendique comme un campus américain est en réalité une demeure anglaise, pays où fut effectivement tourné le film. Malgré la volonté évidente de nous faire croire à un produit étasunien, beaucoup plus facilement exportable (à une époque encore très loin des années Trump…), la nature environnante et les décors trahissent aisément le subterfuge. Côté interprète, Caroline Munro (qui épousera en 1990 Georges Dugdale, note de Closer) illumine l’écran de la belle trentenaire qu’elle est alors, 37 ans pour un rôle ou elle en aurait 25. Elle réussit l’autre tour de force (en plus de nous prendre pour des perdreaux) de garder son brushing nickel dans l'action, tout comme son ensemble d’un blanc virginal (ha !ha ! ha!).

Pour accompagner les meurtres une bande originale complètement barrée vient renforcer le coté ringard de l’ensemble, avec des airs qui passent de l’instrumental (piqué à "Vendredi 13" !) au disco. Cette « drôle » de réalisation est-elle pour autant à jeter à la poubelle …? Et bien non, loin s’en faut (jokari de plus belle) ! Car Dugdale fait preuve d’une incontestable volonté d’innover dans un genre pourtant alors parfaitement calibré. Déjà avec le 1e avril (date « originale » de la fameuse blague qui tourne mal et celle des retrouvailles cinq ans plus tard), qui nous change d’"Halloween" ou de "Vendredi 13". Ensuite il essaye de varier les plaisirs dans "Le Jour des Fous" avec des meurtres plutôt singuliers pour l’époque. Si les effets ne sont pas du niveau d’un Rob Bottin ou d’un Tom Savini, le bain de la fille réduit en squelette par l’acide, l’éventration avec expulsion de viscères, l’électrocution des deux amants au moment de l’orgasme, la crucifixion du gardien, la noyade dans la fosse septique (mais une vraie morte…), la pendaison, l’écrasement sous un moteur etc. sont du plus bel effet (n’oublions pas que nous sommes en 1986). On a même l’impression de voir, quatorze ans plus tôt, le préquel de "Destination finale", mais sans renfort de CGI. On appréciera également, malgré « la tromperie sur la chose vendue » (relire plus haut), le choix du décor qui change des habituelles ambiances forestières, le lycée désaffecté avec ses couloirs interminables s’avérant naturellement flippant. Les ricanements agaçants du tueur avec son masque de bouffon (d’un autre coté…) finissent par vous taper sur les nerfs, mais ils contribuent à une certaine iconisation du personnage, ce qui au final s’avèrera probablement la meilleure trouvaille scénaristique. Si on rajoute à cela que l’acteur s’est suicidé un an après la fin du tournage, ça renforce l’effet final !

L’épilogue est l’occasion d’une belle figure de style avec un double twist dont le premier, totalement décalé et aux frontières du psychédélisme, renforce la bonne note d’intention. Si l’on passe sur une phase introductive beaucoup trop longue et quelques saynètes qui s’attardent trop lourdement sur des personnages secondaires, le lot de toutes les productions Bis de l’époque en somme, "Le Jour des Fous" conserve un côté attachant, et les 90 minutes défilent assez vite. Derrière son aspect involontairement cheesy (plus j’y pense en rédigeant, plus j’en suis convaincu), on ne boude pas notre plaisir à la revoyure (ou à la découverte) de ce vestige très honorable du feu cinéma d’exploitation. Et puis, au pire, Caroline Munro quoi !

ça peut vous interesser

Réveil dans la terreur : Viril Bad Trip

Rédaction

Nobody Sleeps In The Woods Tonight : Les bouses brothers

Rédaction

The Blues Brothers : Et Dieu créa la flamme !

Rédaction