28 septembre 2021
Classics

Le Ruffian : Quelle aventure !

Par Jérémy Joly

Après avoir vécu une jeunesse peu ordinaire, ayant échappé à une condamnation à mort, José Giovanni se lance dans une carrière de romancier. Ses romans noirs connaissent un véritable succès et sont adaptés au cinéma par des grands cinéastes comme Jacques Becker, Claude Sautet ou Jean Becker.

A chaque projet d'adaptation, José Giovanni collabore au scénario et aux dialogues. Très vite, il devient scénariste, mettant de côté l'écriture de romans, et travaille pour Alex Joffé, Robert Enrico, Henri Verneuil et Jacques Deray. Puis, il décide de passer derrière la caméra et réalise des films com « Le Rapace », « Dernier domicile connu », « La Scoumoune » ou encore « Deux hommes dans la ville ».

Lino Ventura, en baroudeur sexagénaire

En 1983, il réalise « Le Ruffian » (signifiant un homme de mauvaise vie), un film d'aventure passionnant. Le générique commence avec une musique qui entrera dans votre tête pour en sortir plusieurs heures après le visionnage. Il n'est pas impossible que vous sifflotiez inconsciemment cette superbe musique. Il n'y a rien d'étonnant, puisqu'elle est composée par le merveilleux Ennio Morricone, dont le style est immédiatement reconnaissable. Nous découvrons Lino Ventura, en baroudeur sexagénaire nommé Aldo, qui travaille dans une mine d'or, un univers entièrement masculin, au cœur des Rocheuses canadiennes. Le paysage magnifique, sublimé par la photographie de Jean-Paul Schwartz, avec des montagnes, des immenses forêts et des maisons en bois rappellent beaucoup les décors vosgiens du film « Les Grandes Gueules » de Robert Enrico, avec un scénario de... José Giovanni !

Mais voilà que le jour de la paie, des bandits viennent braquer la mine, n'hésitant pas à éliminer tout le monde. Aldo, armé d'un pistolet, réussit à tuer tous les gangsters. Il décide de disparaître avec deux Indiens, seuls survivants de ce massacre, en emportant les caisses de pépites d'or. Le film prend alors des aspects de western. D'ailleurs, la bande originale d'Ennio Morricone, par la présence de l'harmonica, se transforme en musique rappelant fortement « Il était une fois dans l'Ouest ». Voyant que les deux Indiens n'ont nullement l'intention de partager le butin, Aldo décide de les semer. Continuant son trajet en jeep, puis en canoë sur une rivière, il s'aperçoit in extremis qu'il arrive en haut d'une chute. Il s'en sort, mais les caisses remplies de pépites d'or tombent dans les rapides...

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Aldo décide alors d'aller retrouver d'anciens amis. Tout d'abord, il y a la « Baronne » jouée par la ravissante Claudia Cardinale, qui apporte, par sa beauté, un peu de douceur féminine dans ce film rempli d'hommes. Elle est une ancienne maîtresse d'Aldo. Ensuite, il y a le vieux John, interprété par l'excellent second rôle Pierre Frag, un petit bonhomme moustachu. Enfin, il y a Gérard, incarné par l'élégant Bernard Giraudeau, handicapé suite à un accident lors d'une course automobile. Aldo, se sentant responsable de ce drame, souhaite payer à son ami une opération afin qu'il retrouve l'usage de ses jambes. Toute cette joyeuse bande part à la recherche du trésor enfoui dans les eaux et s'engage dans une aventure palpitante. Mais cette expédition ne sera pas sans difficultés, puisque les deux Indiens sont à leurs trousses... Ce qui promet de nombreuses péripéties et de ce côté-là, le spectateur sera servi !

Le dernier grand film d'aventure de Lino Ventura

« Le Ruffian » n'est pas avare en cascades. Lino Ventura avance en équilibre sur un billard, debout sur des boules. Bernard Giraudeau joue les acrobates sur la Tour Eiffel. Le side-car roule à toute vitesse sur deux roues. Une voiture est propulsée dans un lac avec Lino Ventura qui s'extirpe juste avant le plongeon. Et bien sûr, quelques bagarres éclatent. Malgré la différence de générations, Lino Ventura et Bernard Giraudeau forment un duo épatant. Lino Ventura et Claudia Cardinale nous offrent une scène mythique remplie de tendresse, un dîner aux chandelles où Lino Ventura conclut par cette superbe réplique : « Tu sais Baronne, on a toute la vie pour s'amuser et toute la mort pour se reposer », le tout sur une musique douce du maestro Morricone.

A sa sortie dans les salles obscures, « Le Ruffian » attire plus de trois millions de spectateurs, devenant le onzième plus gros succès de l'année 1983. Dans les années 80, la carrière de Lino Ventura semble au ralenti et comporte peu de films. Dans plusieurs interviews, il déplore le manque de bonnes histoires de la part des scénaristes dans le cinéma français. Avec « Le Ruffian », José Giovanni réussit à offrir à Lino Ventura un dernier grand film d'aventure. Ce dernier tourne l'année suivante dans « La Septième Cible », un thriller de Claude Pinoteau, qui sera son dernier film en tête d'affiche et il décède le 22 octobre 1987, à l'âge de 68 ans.

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