23 octobre 2020
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Le Sixième Sens : Le précurseur

Par Yann Vichery

Sorti il y a maintenant 33 ans, en Avril 1987, et repris au cinéma en ce 21 Octobre (un grand merci à Splendor Films), "Le Sixième Sens" de Michael Mann constitue la première adaptation des romans de Thomas Harris ayant pour personnage emblématique le fameux docteur Hannibal Lecter (apparu dans Dragon Rouge). La version longue est le montage final voulu par le réalisateur.

Il faut regarder cette adaptation sans penser au chef d’oeuvre de Jonathan Demme, "Le Silence des Agneaux" avec Anthony Hopkins dans le rôle du docteur Lecter. Le film de Michael Mann lui est antérieur de quelques années (au moment où Mann était totalement impliqué dans la série "Deux Flics à Miami"). Certes, "Le Sixième Sens" est peut-être moins connu que sa suite et peut éventuellement souffrir de la comparaison. Pourtant, il faut le voir avec un oeil neutre ce qui n’est pas facile à première vue tant "Le Sixième Sens" dénote de sa suite.

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En effet, les deux oeuvres sont très différentes sur le fond. Autant Jonathan Demme basait son film sur l’affrontement entre Lecter et l’enquêtrice du FBI Clarice Starling, autant Michael Mann ne propose pas vraiment d’affrontement direct : le docteur Lektor (et non Lecter comme dans ses suites) n’apparait que peu de fois. Bien sûr il est sollicité par l’agent Will Graham afin de l’aider à percer l’esprit d’un tueur, mais son rôle n’est pas central (l’interprétation de Brian Cox a donc moins d’impact sur le spectateur que celle, fabuleuse et plus fouillée, d’Anthony Hopkins).

"Le Sixième Sens" dont parle le titre est celui de Will Graham et de sa capacité à se mettre dans l’esprit du tueur afin de l’appréhender, au risque de se perdre, tant cette mise en abime présente des dangers pour lui. Il a cette obsession de déchiffrer le mode de pensée et d’action pour arrêter le tueur, le fameux dragon rouge du titre du roman. Le tueur, justement, est un personnage qui intéresse beaucoup le réalisateur notamment dans la seconde partie du film. Il est interprété avec beaucoup de talent par Tom Noonan (il reprendra un rôle semblable dans "Last Action Hero" de John Mac Tiernan). Ses apparitions impressionnent par son physique imposant et son visage qu’il cache derrière son bas. Sa première apparition face au journaliste qu’il séquestre apparait tel un choc. Une scène en particulier parvient à nous montrer le combat qu’il mène afin de mettre en évidence une part cachée, normalisée, de sa personnalité alors qu’il tombe sous le charme d’une jeune aveugle qu’il l’emmène chez un vétérinaire voir un tigre.

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William Petersen

"Le Sixième Sens" porte déjà la patte de Michael Mann à travers son obsession concernant l’utilisation des couleurs et des filtres colorés (une partie de l'équipe vient de la série "Deux Flics à Miami"). Le blanc d’abord qui place les lieux et personnages clés (hôpital psychiatrique, lieu de travail, tenue de Lektor et celle du tueur), le vert sombre qui montre la progression de l’intrigue, la peur, la tension et enfin la couleur maître de Mann, le bleu qui ici fait éclater la violence, le moment clé de l’enquête de Graham, le final, celui qui le délivre de l’esprit du dragon rouge. On l’a finalement compris, le film de Michael Mann se doit d’être considéré comme un film majeur de sa filmographie dont la vision hypnotique est toujours un plaisir et qui n’a rien a envier à la suite signée Jonathan Demme.

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