Classics

Le village des damnés : Les coucous de Midwich

Par Pierre Delarra

Dans le film "Le village des damnés" (édité en Bluray par Elephant Films le 12 avril dernier), une ombre mystérieuse survole le village de Midwich. Cet évènement cause l'évanouissement de tous les êtres vivants dans un territoire aux contours nettement définis. Pendant six heures, Midwich est sans vie. Quelque temps plus tard, dix habitantes de la bourgade, dont une jeune femme vierge, se retrouvent simultanément enceintes. Certaines sont dévastées. D'autres, enchantées. Pourtant, grâce aux discours du docteur Suzanne Verner (Kristie Alley) toutes décident de garder leur progéniture. Les enfants naissent en même temps, à la même heure, et au même endroit. À première vue, ils ont l'air normaux.

Les nouveaux arrivants font l'objet d'observations durant leur développement. Leurs cheveux sont blancs platine, anormalement soyeux. Leurs ongles sont plus étroits que la normale. Ils ont des traits communs. Un peu comme s'ils étaient frères et sœurs ou des clones. Ils sont dépourvus de compassion. A l'exception de David, l'un des petits garçons. Le plus inquiétant reste leur regard hypnotisant et leurs pouvoirs télépathiques. Les morts suspectes se multiplient dans le village. Les enfants sont soupçonnés même s'ils n'ont jamais eu de contact physique direct avec les défunts…

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Copyright : Elephant Films

"Le Village des Damnés" est d’abord un petit film anglais réalisé en 1960 par Wolf Rilla, avec George Sanders et Barbara Shelley. Devenu un classique du cinéma d’épouvante, cité comme œuvre de référence par les amateurs du genre, il devait moins sa notoriété à la personnalité de son auteur qu’à la qualité de son interprétation. Mais surtout à l’originalité du scénario. Ce dernier étant inspiré d’un roman écrit par l'auteur John Wyndham, « les Coucous de Midwitch ».

John Carpenter aux commandes

Que fallait-il attendre du remake de 1995 de John Carpenter ? Ce dernier pouvant transformer l’épouvante en horreur. Vues d’hélicoptères sur les landes de la Nouvelle-Angleterre. Des terres vierges que l’on retrouve dans bon nombre de ses films et sans doute à commencer par "Fog". Un film qui serait peut-être le contre-type du "Village des Damnés". Dans les deux cas et dans ces deux films, deux nuages investissent deux communautés : celle des pécheurs pour "Fog" et celle de la petite bourgade accrochée à l’océan dans "Le Village des Damnés". Deux communautés bloquées dans leurs acquis et leurs perplexités. Ces nuages vont apporter durablement et immanquablement de nouveaux précipices.

Souvent chez John Carpenter il est question de la famille. Bien souvent cette cellule familiale est rompue ou brisée. C’est précisément dans l’une d’elle que surgit le fantastique. Dès le début du film, "Le Village des Damnés", tout est confus avec des couples dans l’échec et en mal de maternité. C’est bien le manque de natalité qui sera à l’origine des doutes, de l’incompréhension, mais aussi, et bien sûr, de l’arrivée in vitro ou ex nihilo de ces nouveaux enfants venus de nulle part. Faisons bonne figure, bon cœur. Ils seront tous acceptés comme le hasard qui guide la nécessité et les bons vœux naissent de l’origine du bien. Voilà le préambule et le prétexte du film de John Carpenter. Ce simple constat sera à l’origine des plus belles catastrophes.

Une histoire d'Amérique ?

Mais revenons à notre communauté. Elle est l’image de l’Amérique profonde, celle que John Carpenter apprécie au plus haut point dans tous ses films. L’Amérique du travail. La laborieuse. Celle de Roosevelt en somme. Est-il un hasard de retrouver John Carpenter dans les tous premiers plans du film en un simple figurant accroché à un téléphone public ? C’est cette Amérique qui va être mise à l’épreuve, aux troubles, à l’incompréhension et aux changements.

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Christopher Reeve - Copyright : Elephant Films

Des enfants monstres, nous les avions déjà évoqués dans cette communauté du village. Voici une deuxième communauté, nouvelle celle-ci, celle des monstres enfants. Paradoxalement c’est l’affrontement de ces deux communautés qui sera la base du climax du film. Deux communautés, l’une, celle des habitants du village, anarchique, désinvolte. L'autre, celle des monstres-enfants, ordonnés, hiérarchisés, totalitaire. Du désordre né l’ordre. Vieille considération fasciste. Ce nouvel ordre, c’est bien la WASP blanche contre le melting pot pluri-ethnique des grandes cités américaines. C’est bien là la signature de John Carpenter ! Un cinéaste libre en homme libre.

Les coucous de Midwich… Les parasites sont toujours les malaimés des corps accueillants et ils auront toujours la mauvaise idée de répliquer leur propre image…

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