25 janvier 2022
Classics

Les Désaxés : Une ode poignante pour des légendes

Par Yann Vichery


"Les Désaxés" se déroule dans une ville du Nevada des années 50. Roslyn (Marilyn Monroe) une jeune femme qui vient de divorcer se lie d’amitié avec un cow-boy vieillissant (Clark Gable) qui, pour gagner de l’argent, a pour projet de capturer des chevaux sauvages. Il s’entoure de deux spécialistes du rodéo : Guido (Eli Wallach) et Perce Howland (Montgomery Clift). Tous tombent sous le charme de Roslyn au fur et à mesure de leurs discussions et de leurs errances jusqu’à la chasse finale.

Le scénario de Arthur Miller, d’après son roman, est écrit pour Marilyn Monroe. Il décrit ainsi son propre mal être. L’échec de leur mariage et celui d’une partie du peuple américain. Le sujet était d’ailleurs tout trouvé pour John Huston. Ce dernier aura toujours porté l’étiquette du « cinéaste de l’échec » par le biais de ses films.

Une histoire devenue mythe

Qui de mieux pour camper un américain à la dérive que Clark Gable ? Bien loin de l’icône Rhett Butler, il est un vieil homme fatigué et malade. Fracassé par ses excès d’alcool. Marylin Monroe, de son côté, a 35 ans. Elle est divorcée, perdue dans ses rôles de bimbos, dopée aux antidépresseurs et au whisky. Le sex symbol est rongé par la peur de vieillir. Montgomery Clift (le jeune premier du cinéma défiguré lors d’un accident de voiture) est, lui aussi, addict à l’alcool. Au point d'en être devenu ingérable lors des tournages. Eli Wallach fait, lui, bonne figure pour terminer le casting du film.

Au final, Huston filme dans "Les Désaxés" autant la fin du mythe américain que celui de l’âge d’or Hollywood. Ainsi, le tournage est-il chaotique en tout points. Personne ne s’entend vraiment. Les producteurs surveillent les images tournées. Marilyn part en désintoxication. Clark Gable est suivi par ses médecins. Le film deviendra maudit du fait des décès successifs de Marilyn et de Gable dont ce fût le dernier film. Monty Clift les suivra quelques années plus tard.

Filmer le désespoir et la mort

Huston décrit une ville, Reno. La cité du divorce ou tout se termine, ou l’on s’abandonne aux joies de l’alcool, des rodéos. Une sorte de fin du monde ou on y vient mourir. Le metteur en scène suit des personnages perdus dans leurs propres histoires. Ils ont perdu une grande partie de ce qui les lie aux gens qu’ils aiment. Ils sont incapables d’aller de l’avant tant il leur semble être trop tard pour rattraper le temps et le bonheur familial perdus. L’un a perdu contact avec ses enfants. L'autre a perdu son père et ne parvient pas a parler avec sa mère. Le dernier vit dans le traumatisme de la guerre. Roslyn (merveilleuse Marilyn) débarque dans la vie de ces âmes errantes. Elle cristallisera tous leurs traumatismes et leurs espérances.

La tristesse de tout ces personnages rejaillit dans des décors épurés filmés par Huston (désert aride, ambiance nocturne, bars miteux, maison décrépie, etc.). Le tout dans leurs longs monologues au cours desquels le personnage de Marilyn ne cherche rien d’autre qu’une stabilité perdue. En effet, elle pense la trouver auprès de personnages autant meurtris qu’elle.

Huston s’attache à scruter le désir de ces 3 célibataires masculins auprès de Roslyn dont les sourires et la lueur d’espoir leur permet d’espérer un semblant de relation amoureuse pour l’un, de mère à fils ou d’épouse pour les 2 autres. Ces relations qui éclateront dans cette scène dans le désert ou Marilyn crie sa douleur, sa peur et sa rage face à la vie, à l’injustice et à la cruauté humaine. Une scène superbe de justesse et qui fixe, pour l’éternité, la légende de cette icône.

Il y a cette impression unique dans ce film. Celle que les acteurs savent leurs fins plus ou moins proches. Ils donnent tout ce qui leur reste de force pour aller au bout de leur carrière (Clark Gable a ainsi tourné ces scènes pendant lesquelles il s’accroche à un Mustang au risque de sa vie).

Filmer Marilyn

"Les Désaxés" apparait tel un chant du cygne de ces légendes de Hollywood où tous apparaissent filmées à nu et sans filtre par Huston. Monty Clift semble d'ailleurs presque improviser sa scène quand il parle de ses cicatrices, provoquées par son accident de voiture. Gable refusant sa vieillesse et tentant de maitriser le cheval sauvage.

Cependant, avec "Les Désaxés", John Huston déclare sa flamme à Marilyn. Une icône du cinéma déifiée à travers son physique de rêve, ses courbes avantageuses et ses moues qui ont rendu fou le monde entier. Elle est véritablement le centre de gravité du film, celle qui cristallisera toutes les émotions des autres personnages. Personne mieux qu’Arthur Miller ne pouvait mieux décrire cette femme et son caractère : forte et faible à la fois, déterminée et perdue, se sachant désirable mais tentant de résister aux assauts des mâles, elle restera bouleversante dans ce film, son rôle le plus marquant et le plus terre à terre.

Huston réussit à travers "Les Désaxés" à réaliser une oeuvre envoutante, définitive et sublime en filmant la mort au travail. Celle de stars inoubliables. Souvenirs d’un certain Hollywood disparu depuis lors...

ça peut vous interesser

La Tour Infernale : Piège de Cristal

Rédaction

Jean-Jacques Beineix : Cinéaste culte

Rédaction

Les Goonies : Pirates et nostalgie

Rédaction