Classics

Les Evadés : Rita Hayworth en prison

Par Yann Vichery

Ils sont rares ces films qui rendent vraiment hommage au génie de Stephen King ("Carrie" de Brian De Palma, "Christine" de John Carpenter, "Shining" de Stanley Kubrick, "Misery" et "Stand By Me" de Rob Reiner). Il en est un qui, selon moi, les dépasse tous, "Les Evadés" (tiré du roman original Rita Hayworth or The Shawshank Redemption) et que l'on voir et/ou revoir actuellement à la télé sur TCM Cinéma (10 et 15 Mai) ainsi que sur Netflix.

"The Shawshank Redemption" a été réalisé en 1994 par Franck Darabont (réalisateur de "La Ligne Verte" et de "The Mist" déjà tirés d’oeuvres du maitre, aussi à l’origine de la série "The Walking Dead") sorti en France sous le mauvais titre "Les Evadés" qui ne reflète que peu l’histoire de ce chef d’oeuvre dont la vision est toujours teintée d’un plaisir immense et renouvelée. Bref, un film inusable.

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Ils sont d’ailleurs aussi rares ces films de prison qui marquent une vie : "Le Trou" de Jacques Becker, "Un Prophète" de Jacques Audiard,"Midnight Express" d'Alan Parker, "Papillon" de Franklin Schaeffner, la série "Oz" de Tom Fontana, parce qu’il faut savoir créer une tension, un but dans un unique décor confiné. On peut dire que Darabont y réussit haut la main.

"Les Evadés" suit la survie du détenu Andy Dufresne (excellent Tim Robbins) incarcéré au pénitencier de Shawshank, sa rencontre avec Red (Morgan Freeman lui aussi excellent) et tout un tas d’autres détenus dont il va changer le destin. La réalisation est simple, très soignée, aux couleurs grises et sombres du pénitencier, sombres. Une mise en scène qui nous plonge tout entier dans cette prison. Ses violences ordinaires, les trafics, les méthodes de survie. Mais aussi son confort relatif et les petites victoires. Cette histoire se déroule sur plusieurs décennies sans repères autres que les audiences décidant de la libération conditionnelle des détenus. Et "Les Evadés réussit à faire passer ce temps sans le voir défiler, preuve de son efficacité.

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Ce film traite bien plus de rédemption et de culpabilité que d’évasion au final. Tout passe par Andy Dufresne dans l’histoire, c’est lui qui amènera la rédemption, l’espoir, les sourires et obtiendra un certain respect par diverses actions : par exemple en sous-traitant avec les dirigeants de la prison pour améliorer le quotidien des détenus, en obtenant des subventions pour agrandir la bibliothèque, en diffusant de la musique classique dans la cour de la prison pour y apporter du miracle (séquence pleine de poésie et de légèreté). Il montrera ce qu’il y a de bon en chacun des détenus et, qu’au final, la prison ne peut enfermer l’espoir si on y croit. L’histoire est aussi celle d’une longue amitié entre Andy et Red et il fallait tout le talent de ces deux immenses acteurs pour la rendre prenante. Elle prend aussi le temps de s’attarder sur certains détenus qui font partis des murs et dont le destin est tout aussi terrible.

Si on en revient à la Rita Hayworth qui est le point d'accroche de cet article, oui, elle joue bien un rôle dans le plan longuement échafaudé par Andy et celui ci nous saute au yeux à la fin du film sans que, pendant plus de 2 heures, nous ne nous doutions de quoi que ce soit. Il est là le vrai talent de ce film : nous raconter un drame humain tout en nous faisant oublier le but ultime d’Andy.

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