Classics

Les Feux de la Rampe : Vive Chaplin !

Par Yann Vichery

Quand on aborde la filmographie de Charles Chaplin, et notamment "Les Feux de la Rampe" (que l'on peut revoir actuellement sur Netflix), on peut toujours être limité par la portée de son analyse. Chaplin, certainement l’un des plus grands artistes de l’histoire. C’est alors l’âge d’or du muet : le petit vagabond, la danse des petits pains, le discours humaniste du dictateur, etc. La liste pourrait être longue. Bref, le condensé d’une carrière extraordinairement dense et talentueuse.

Chaplin a abandonné Charlot après vingt-cinq années par un discours où il avait pris la place de Hinkel dans "Le Dictateur" (1940). Il a réalisé ensuite "Monsieur Verdoux" dans lequel il jouait le rôle d’un séducteur qui assassinait des riches veuves afin de les dépouiller. Ce dernier avait décontenancé le public qui n’était pas prêt à voir Chaplin jouer un tel rôle.  Avec "Les Feux de la Rampe", réalisé en 1952, Chaplin propose une mise en abime de ce à quoi il a voué sa vie : le spectacle et la scène.

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"Les Feux de la Rampe" raconte l’histoire d’un clown sur le déclin (Calvero) qui va sauver du suicide une jeune danseuse (Terry) afin lui redonner goût à la vie. L’histoire va bien au-delà de ce résumé tant ce film raconte aussi les peurs et de nombreux souvenirs autobiographiques de Chaplin (d’ailleurs certains membres de sa famille y ont un rôle dont son fils Sydney).

La première partie du film se déroule en décor unique (l’appartement de Calvero). On y assiste à de nombreux échanges entre les deux protagonistes et l'ensemble est somme toute assez théâtral. On y suit aussi les rêves de Calvero sur ses succès d’antan qui se sont étiolés et qui ne sont plus que les souvenirs d’une gloire passée. Dans ces scènes, il n’est plus Charlot, mais on y retrouve quand même la fibre Charlot avec ses gestes et ses mimiques notamment.

Chaplin se raconte aussi beaucoup face à Terry, ses divorces, sa solitude, sa peur de vieillir, l’échec après le succès. N’oublions pas que le film précédent de Chaplin, "Monsieur Verdoux", avait essuyé un gros échec public et critique en Amérique, empêtré qu’il était dans des scandales sexuels, mariages et autres opinions politiques sur le communisme. Ces épreuves transparaissent quelque peu malgré un optimisme qu’il tente de transmettre à Terry dans de nombreux échanges.

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Buster Keaton et Charlie Chaplin

La deuxième heure des "Feux de la Rampe" se déroule dans les salles londonienne qui voit l’ascension de Terry et les difficultés de Calvero à survivre en tant qu’artiste. L’histoire d’amour qu’envisage Terry avec Calvero est même secondaire tant on comprend bien qu’elle est impossible, car non partagée, et plutôt basée sur de la pitié. Beaucoup de très beaux plans s’arrêtent sur le visage de Calvero dans lesquels on y ressent la tristesse et la - presque - résignation de l’artiste face à la fin proche.

Calvero (et Chaplin dans le même temps) aura cependant sa glorieuse fin lors d’une ultime représentation publique au cours de laquelle il jette un dernier regard vers l’âge d’or du muet en convoquant son alter égo au panthéon des comiques : l’immense Buster Keaton, dans un numéro touchant, nous envoyant un plaisir inestimable, celui des souvenirs de leurs films. Il s’éteindra finalement de la meilleure mort possible pour un artiste, sur scène, par et pour son art. C’est cette image triste et réjouissante à la fois qui fait des "Feux de la Rampe" le champ du cygne de la carrière de Chaplin ("Un Roi à New York" et "La Comtesse de Hong Kong" sont deux films plutôt anecdotiques on pourra en convenir).

Finalement, "Les Feux de la Rampe" sera malgré tout un échec en Amérique. Chaplin quittera le pays (victime du Maccarthysme) pour l’Europe qui lui fera un triomphe. Etrange destinée de ce film d’ailleurs qui recevra l'Oscar de la meilleure musique, en 1973, soit vingt ans après son tournage...

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