Classics

Les Yeux de Laura Mars : Le Giallo à la sauce américaine

Par Sylvain Jaufry


"Les Yeux de Laura Mars" vient d’être récemment édité en DVD et en Bluray par Sidonys Calista. Il est réalisé par Irvin Kershner, un cinéaste mondialement connu pour "Star Wars : L’Empire contre-attaque" en 1980. Scénarisé par John Carpenter, ce film ressemble pour beaucoup à un Giallo avec pas mal de références à ce genre particulier. Ce fut un succès à l’époque, même si le film a vieilli avec le temps. Malgré ces quelques défauts, il conserve un charme à la fois désuet et vintage. C‘est aussi l’occasion de retrouver la grande Faye Dunaway ainsi que Tommy Lee Jones dans ses jeunes années.

La période des années 70 aura été probante pour ce genre avec quelques triomphes, notamment avec les œuvres de Dario argento. John Carpenter n’a jamais caché son admiration pour ce cinéma d’horreur italien, lui qui fut un bon artisan du slasher. Ainsi a-t-il scénarisé "Les Yeux de Laura Mars" en hommage à ces productions italiennes. Ainsi, de nombreuses références jalonnent-elles le film particulièrement dans la mise en scène.

La tentation du Giallo

En effet, certains effets du Giallo y sont repris. Bien évidemment les meurtres sanglants, mais aussi les plans rapprochés sur le regard. La caméra qui se fixe sur les yeux est notamment l’une des marques de fabrique de Lucio Fulci. Il y a aussi l’adoption du point de vue du tueur (subjectif). John Carpenter utilisera cette façon de filmer dans son "Halloween". Citons aussi, l'arme des crimes, en l'occurrence le pic à glace. Un objet tranchant qui peut être comparé au modus operandi de Michael Myers.

A l'évidence, tout le film regorge d’allusions au Giallo. Il est clair que le scénariste s’est largement inspiré du style de Dario Argento, mais sans jamais parvenir à son niveau. La mise en scène n‘est pas typique du cinéma d’horreur américain de l'époque. C'est plutôt une imitation du Giallo qui reprend beaucoup de ses caractéristiques. De l’érotisme charnel à une vision de la violence non suggérée. Jusqu'à la musique des années 70 qui est omniprésente. Tout semble copié. Pourtant, cette copie est loin d’être parfaite.

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Copyright : Sidonis Calysta
Une histoire ambitieuse, mais avec des défauts

Le synopsis promettait un récit haletant et horrifique. Avec John Carpenter à l’écriture, on avait une base pour un film solide. Malheureusement, le réalisateur échoue dans sa tentative de susciter la peur ou l’angoisse. Irvin Kershner ne parvient pas à instaurer un véritable suspens. Le rythme est bien lent pour un film de ce genre. Les scènes de meurtres, même filmées avec un point de vue subjectif, sont peu percutantes et mémorables. Une sorte de brouillard entoure chaque vision du meurtre et cela rend le tout assez peu lisible.

Quant au dénouement final, il se devine bien avant la fin. L'écriture apparaît alors insuffisante car le récit manque vraiment de consistance et d’épaisseur. Les contours de cette histoire sont flous. Pourtant, l'idée initiale était-elle ambitieuse avec cette tentation du Giallo à la mode US. Mais, à trop vouloir copier, le film tombe dans un mimétisme qui lui est néfaste.

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Tommy Lee Jones / Copyright : Sidonis Calysta

Surtout, Irvin Kershner n’a pas la dimension d'un Dario Argento ou d’un Lucio Fulci en l'espèce. Ainsi ce long-métrage a-t-il indéniablement vieilli, avec des effets de mise en scène qui apparaissent démodés aujourd'hui. Cependant, on peut lui trouver un charme vintage nonobstant ces défauts. Faye Dunaway est convaincante en grande actrice qu’elle est même ce film ne lui permet pas d’exploiter pleinement son potentiel. On y retrouve aussi un Tommy Lee Jones alors à ses débuts. Néanmoins, son personnage est plutôt lisse. Sa psychopathie trop brièvement explicitée.

La fin des "Yeux de Laura Mars" demeure la meilleure partie du film quoique trop expéditive. La mise en scène ne se démarque pas, car souvent quelconque. On observera aussi que les personnages secondaires n’ont pas vraiment d’importance dans le récit. Bref, "Les Yeux de Laura Mars" débouche sur un résultat résultat moyen malgré ses bonnes intentions initiales. 

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