Classics

L’été de Kikujiro de Takeshi Kitano

Par Amir Naroun

Envie d’un film léger ? Besoin de vous évader ? En attente de l’été ? "L’été de Kikujiro" est le film pour vous (actuellement disponible en replay sur Arte). Ce long-métrage raconte l’histoire de Masao, jeune garçon de 9 ans, qui, avec un ex-yakuza, part en voyage pour retrouver sa mère.

On ne présente plus Takeshi Kitano, artiste aux multiples facettes, de l’animateur TV fou au réalisateur très sérieux. En occident, c’est son "Sonatine", en 1993, qui marque le public occidental. L’audience de l’époque en retient un film classieux, poétique, original, mais surtout violent ; Kitano renouvelle l’imaginaire du yakuza. Ici, pas de conflits entre clans, d’armes ou de sang. Kitano livre un film d’été, un voyage, dans lequel il invite le spectateur à retourner en enfance. Le réalisateur dévoile sa facette naïve et joueuse. Certes, la séquence de la plage de "Sonatine" invite à un retour à nos jeunes années, mais cette fois-ci, c’est le film tout entier qui est construit sur cette idée. "L’été de Kikujiro" a même des allures d’autobiographie. Geste très personnel, Kitano projette une partie de son enfance. Il déclare avoir fréquenté un ex-yakuza de la même façon durant sa jeunesse.

Comment le film s’y prend-il, pour transformer un simple voyage en une série de souvenirs de vacances d’été ? En une réponse simple, c’est le style de Kitano, reconnaissable directement, qui fonctionne aussi bien. Cela passe d’abord par sa caméra. Les paysages d’été, entendez la campagne verte, la plage, les étangs d’eau sur lesquels on se pose pour une partie de pêche, sont sublimés par de longs plans. La caméra défile lentement, horizontalement, pour permettre au spectateur de profiter des jolis panoramas. Bien sûr, si cette façon de faire marche aussi bien, c’est en grande partie grâce à l’illustre Joe Hisaishi. Compositeur fétiche du réalisateur, Joe Hisaishi assiste au tournage et compose en même temps que les scènes sont filmées. Sa musique est donc synchronisée, avec le rythme de la caméra, les répliques et mouvements des acteurs. Le résultat ? Le son est indissociable de l’image, la musique n’est qu’une prolongation de ce qui est raconté à l’écran. On ressent pleinement la poésie que les deux artistes ont insufflé au film.

Le caractère très attachant du film vient aussi des personnages. Le couple Masao-Kikujiro (incarné par Kitano lui-même) est d’une naïveté touchante. Leur rencontre va combler le vide qui réside en chacun d’entre eux, que ça soit l’absence d’une figure parentale, ou retrouver le temps perdu. La complémentarité de ce duo crève à l’écran. Ils n’ont pas besoin de tout communiquer explicitement. Le talent de Kitano est de créer une relation complice, sans que les personnages ne parlent forcément. Un regard, un rire, un service, se substituent aux paroles. C’est là qu’on voit l’influence du cinéma muet. En bref, ce qui marque profondément est l’espièglerie des personnages.

"L’été de Kikujiro" est un film magnifique qui laisse à son spectateur un sourire tout le long de son visionnage. Kitano nous offre une parenthèse, pleine de poésie et d’enchantement. A la fin, il n’en reste qu’un agréable souvenir, évocateur de moments agréables.