16 octobre 2021
Classics

L’Exorciste : Le démon à ma porte

Par Yann Vichery

Dans les salles américaines, en 1973, on pouvait voir des gens s’évanouir en pleine séance ; d’autres aller vomir dans les toilettes ; d’autres enfin sortir en criant d’effroi : choqués qu’ils étaient d’avoir été confrontés aux obscénités d’une fillette de 12 ans, possédée par le démon. L’adaptation du roman de William Peter Blatty par William Friedkin allait durablement marquer le cinéma de genre. Pas seulement pour le choc des images, mais aussi parce qu’il reste un témoignage d’une pratique ancestrale, censée libérer celui qui est en pleine possession démoniaque. Retour sur un film qui aura marqué sa décennie et que l'on pourra revoir en octobre sur TCM.

Le côté « obscur » de la religion

"L’Exorciste" développe un aspect religieux qui fait qu’on ne regarde pas un simple film de possession. Les membres du clergé dépeints dans le film sont sérieusement travaillés dans leurs principales caractéristiques et apportent une dimension à la fois réaliste et mystique à l’intrigue.

Le père Merrin (immense Max Von Sydow) est présenté tel un prêtre archéologue qui marque de son empreinte le film dès la première séquence, assez irréelle, du désert d’Irak (durant laquelle il est mis en présence de la statuette du démon Pazuzu). Le père Karras (Jason Miller) est de même bien mis en scène. Une personnalité torturée, doutant de sa capacité à aider son prochain. De surcroît, la relation avec sa mère, et la tristesse qui l’entoure, en font un personnage abandonné par la foi.

Confrontés à cette possession démoniaque, l’exorcisme pratiqué par les 2 prêtres les met face à leurs propres doutes. William Friedkin, lui-même athée, semble ainsi mettre en relief une partie de l’échec de la religion dans sa vocation à assurer la paix intérieure chez l'être humain.

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Copyright : Warner Bros. France - Tous droits réservés.
Un choc visuel et psychologique

William Friedkin décide de filmer Regan MacNeil avec un parti pris réaliste. Toutefois, sans se donner de limites dans ses actes (grossièretés, attitudes obscène, mutilations, transformations physiques, etc.). Lui qui a été un cinéaste de l’extrême, tournant souvent dans les rues, en pleine jungle, avait décidé, pour "L’Exorciste", de s’enfermer dans une maison. Plus précisément dans une chambre. Et d'y enfermer le public pour le terroriser à jamais. Tout est fait pour, à la fois, dégouter le spectateur, mais, en même temps, le retenir, le fasciner. Finalement, lui donner envie d’aller malgré tout jusqu’au bout du film.

Pour arriver à ce degré de puissance, William Friedkin oppose la chaleur et la lumière de la scène d’ouverture (dans laquelle un plan met en opposition Merrin et la statue) au froid brumeux de la nuit. Le démon est déjà présent dès le début. Cependant, le noir est son domaine. Il montrera toute sa puissance dans la nuit.

Friedkin met tout son talent pour filmer les clairs-obscurs et la froideur de la chambre de Regan. Celle-ci, allongée sur son lit, parvient à terroriser le public rien qu’avec un regard, une posture, une voix, une expression. On peut, certes, regretter l’excès de bave verte qui inonde quelques scènes dans "L’Exorciste", mais quelle puissance visuelle dans les séquences où apparait Linda Blair (qui n’avait que 14 ans à l’époque du tournage et qui fût doublée pour certaines scènes trop osées).

Autre effet, utilisé et maitrisé par Friedkin pour l’efficacité de son film, l’univers sonore. Les sons utilisés ont une force de tension capable de mettre le spectateur dans l’attente et la peur : bruits dans le grenier, voix sourdes dans la chambre, bruits des appareils médicaux, etc.

Et, plus que tout, les différents tons vocaux de Regan, déformés de l’intérieur par le démon. Ils possèdent une puissance maléfique qui, presque 50 ans plus tard, ont toujours cette efficacité qui perdure. Ces derniers apparaissent bien plus efficaces que tout autre effet visuel censé choquer (la tête qui tourne à 360°, la descente des escaliers à l’envers, etc.).

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Copyright : Warner Bros. France - Tous droits réservés.
La malédiction du tournage

A l’instar de "Poltergeist" (de Tobe Hooper), il faut dire quelques mots du tournage de "L’Exorciste". Friedkin aura beaucoup dédramatisé celui-ci dans son autobiographie. Pourtant, la légende demeure qui concerne une mystérieuse malédiction. 9 personnes de l’équipe décèderont; un incendie « mystérieux » aura ralenti le tournage; Ellen Burstyn se blessera lors d’une chute; le fils de Jason Miller sera percuté par une moto.

Bref, on y croit ou non mais tout cela aura grandement participé à la légende de "L’Exorciste". Sans compter sur le côté tyrannique de Friedkin qui utilisait des armes à feux pour terrifier les acteurs ou distribuer des claques à certains pour obtenir ce qu’il voulait !

Réticente à laisser une enfant proférer des injures, la Warner décidera de confier la voix du démon à l'actrice Mercedes McCambridge (guérie d'un grave alcoolisme). Pour ce doublage, elle s'y sera beaucoup investie. Se remettant à boire et à fumer pour obtenir cette voix très grave. Afin de rentrer dans le personnage de Regan, elle ira même jusqu'à demander à être attachée à une chaise !

"L’Exorciste" aura marqué le cinéma. Il vieillit plutôt bien au fond. C'est un film-culte qui peut regarder de haut toutes les suites, remakes ou variations qui auront fleuri dans son sillage. Cependant, sans jamais réussir à égaler la terreur vécue par les spectateurs en 1973. N’est pas Friedkin qui veux…

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