Classics

L’homme de la plaine avec James Stewart

Par Axel Cadieux

Dans le western, "L'homme de la plaine", nous sommes à Coronado. C'est une petite ville de l'ouest des Etats-Unis, Dave Waggoman est un jeune animal vénal, sanguin, et foncièrement idiot. Dave, lui, est imbu de pouvoir (thème récurrent dans l'oeuvre de Mann). Il est bien décidé à s'imposer comme digne successeur de son père, Alec, vieux chef local. Ce dernier est aveuglé (il perd d'ailleurs progressivement la vue) par l'impulsivité de son fils. Mais aussi par la sournoiserie de son contremaître Vic Hansbro.

Dans "L'homme de la plaine", ce petit microcosme se débat inlassablement, tant bien que mal, dans un univers abrupt, dominé par la cupidité et l'égoïsme exacerbé des uns et des autres. Puis, Will Lockhart entre en scène, tranquillement. Il est vulnérable et blessé. Son frère, un jeune lieutenant, a été massacré par une troupe d'indiens puissamment armée par un trafiquant. Will Lockhart est décidé à se venger, bien que sans aucune piste, aucune aide, aucun indice.

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D'emblée, Dave tue ses mules et brûle ses chariots. Will n'est pas dans son pays. Will est un intrus imprudent, aux motivations secrètes, et sa présence dérange. Sa simple présence, bien que discrète, se transforme vite en une petite révolution à Coronado, et déchaîne les pulsions. Pourtant, Will n'est pas un homme spécial. Will ressemble à tout ce qu'il y a de plus banal, Will est ordinaire. Sa seule originalité réside dans sa détermination à se venger de sombres trafiquants responsables de la mort de son frère.

Un western réaliste avant tout

Dans "L'homme de la plaine", Anthony Mann refuse les folklores, les clichés, et met en scène une histoire profondément humaine. Le héros n'est pas une entité salvatrice ou vengeresse, sûre d'elle, infaillible et puissante, qui se permet de s'arroger droit de vie et de mort, mais un homme physiquement et moralement vulnérable ( en témoigne cette intense scène où Dave lui tire une balle dans la main à bout portant ), motivé par des sentiments tout ce qu'il y a de plus humain ( la tristesse qui engendre la haine, puis la vengeance ).

"L'homme de la plaine" ("The Man From Laramie", titre original, peut-être un jeu de mots concernant le secret passé de Lockhart, lié à l'armée ?) est un homme comme les autres. Puis, la présence de Will devient trop intense pour rester sans conséquence. Dave et Vic, les revendeurs d'armes recherchés par Will, s'affrontent au nom d'une sombre affaire, liée à l'argent encore une fois. Vic abat Dave, puis laisse Alec penser que le coupable est Lockhart. Vic pourrait ici s'imposer comme le méchant de n'importe quel autre western, mais il en est autrement. Vic est un personnage nuancé et ambigu, certes vénal mais sachant parfois faire preuve de justice et de perspicacité. Vic représente plus qu'un simple méchant, il est la quintessence d'une humanité corrompue mais consciencieuse, dont les actes sont à déplorer, mais les motivations à analyser.

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Le refus du manichéisme

Dans "L'homme de la plaine", le Noir et le Blanc n'existent pas. Il n'y a que des mélanges, jamais définitifs. En témoigne Alec Waggoman, devenu aveugle. Il commence tout d'abord par chevaucher son cheval (bel et bien blanc, celui-ci), pour tirer faiblement sur Will. Ce dernier se contente d'abaisser son fusil et d'attendre l'inévitable chute d'Alec. Emouvant ! Le vieil homme, dévoré par le chagrin, tente de se battre contre un ennemi invisible, et finit par s'acharner dans un combat auto-destructeur. Tournant.

Ainsi, Alec a-t-il peut-être perdu la vue, mais cette cécité donne vie à un nouveau sens : la clairvoyance. Il se rend compte de la culpabilité de Vic, qui tente de le tuer, sans succès. Pour finir, Will force Vic à détruire la réserve d'armes. Les indiens, furieux, abattent Vic de trois coups de fusil et d'une flèche. La violence semble dans cette oeuvre naturelle. Elle s'accorde totalement avec la nature, au sens propre du terme, dangereuse, âpre et aride (comme souvent dans les westerns de Mann).

Ainsi se clôt avec "L'homme de la plaine" l'aventure d'Anthony Mann et de James Stewart au sein de l'ouest américain du XIXème siècle. Le tout au travers de cinq oeuvres parcourues de long en large par une sincérité émouvante et humaine, à l'image de tous les personnages mis en scène.

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